Le CCE de Pôle Emploi stoppé net après que le DG se soit estimé « qualifié de personne d’extrême droite »



Chronique d'un dialogue social de sourd. Les mots ont pesé lors du CCE ordinaire du 18 décembre. Suite à la lecture d’une déclaration de la CGT « qui a quitté la séance dans la foulée », Jean Bassère, le directeur général (depuis 2011) qui présidait la séance, a déploré « qu’on se déplace sur les deniers publics pour lire une déclaration et partir aussitôt ».

« Le SNU a alors pris la parole pour lui demander si, pour tenir de tels propos envers un agent des DOM, il faisait partie de l’IFRAP ou de l’association des Contribuables Associés (…) qualifiée d’association d’extrême droite (1) », rapporte FO.

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Vous travaillez à Pôle emploi, racontez-nous l’évolution de votre métier

Un décret, paru dimanche 30 décembre au Journal officiel, annonce un contrôle accru des inscrits à Pôle emploi – créé il y a tout juste dix ans – qui contreviennent à leurs devoirs, et un rôle plus important de l’établissement public dans les sanctions prononcées, notamment la suppression de l’allocation.

Vous travaillez à Pôle emploi, racontez-nous l’évolution de votre métier : quelles sont vos conditions de travail ? Comment ont-elles évolué dans le temps ? Que pensez-vous de ces nouvelles mesures à appliquer ? Votre relation avec les inscrits a-t-elle changé ?

Votre témoignage pourra être utilisé en vue d’un article qui sera publié sur Le Monde.fr. Merci de laisser une adresse e-mail que vous consultez régulièrement, ou un numéro de téléphone, afin que nous puissions, si besoin, vous poser une question complémentaire. N’hésitez pas à préciser si vous souhaitez que votre anonymat soit préservé.


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Pôle emploi appelé à mener la chasse aux fraudeurs



Selon un décret publié dimanche dernier, les nouvelles sanctions prévues à l'encontre des chômeurs en cas de manquement à leurs obligations seront plus sévères.

Si en prononçant ses vœux debout face caméras, lundi soir, Emmanuel Macron espérait probablement donné de lui l'image d'un président déterminé, bien décidé à reprendre la main, il semble que le chef de l'Etat devra, toutefois, encore patienter avant d'espérer un retour en grâce. Dès hier, une première enquête enquête d'opinion attestait de ce que 60% des sondés n'avaient pas été convaincus par la prestation du président. Et si l'on ajoute à cela le blocage, ce matin, d'un dépôt pétrolier près de Rouen par des "gilets jaunes", on se dit que les appels d'Emmanuel Macron à "l'unité retrouvée" des Français peinent, décidément, à être entendus. Et pour ne rien arranger, voilà qu'on apprend à présent qu'un décret, publié discrètement dimanche dernier au Journal Officiel, vient renforcer les sanctions contre les chômeurs, plus durement que ce qui avait été annoncé initialement par le gouvernement.

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31 décembre 1958, création de l'assurance chômage

Le 31 décembre 1958, l'Etat français se dotait d'un nouvel outil économique : l'assurance chômage. Une réforme innovante au cœur des 30 glorieuses, dans un pays qui, à l'époque, ne comptait que 25 000 chômeurs.

C'est sous le général De Gaulle que l'on commence à évoquer la notion de chômage. La France est encore en plein essor économique porté par la reconstruction de l'Après-Guerre. On parlera plus tard de cette période qui s'achèvera en 1974, avec le premier choc pétrolier notamment, des "trente glorieuses". Pourtant dès la fin des années 50, le gouvernement crée les Assedic et l'Unedic. Le premier cadre des allocutions chômage.

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Pôle emploi a rempli ses objectifs


Pôle emploi a largement rempli les objectifs qui lui étaient assignés pour 2015-2018, et a su faire évoluer son offre de services, selon un rapport publié vendredi par l'Igas et l'IGF qui accorde un large satisfecit à l'opérateur.

Il s'agit du rapport final de l'Inspection générale des finances et celle des affaires sociales sur la convention tripartite signée entre Pôle emploi, l'Etat et l'Unédic sur cette période, caractérisée par un chômage durablement élevé malgré la reprise du marché du travail.

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Pouvoir d’achat, chômage : la défiscalisation des heures supplémentaires est-elle la solution ?

Face au mouvement des Gilets Jaunes, Emmanuel Macron a annoncé que les heures supplémentaires ne seront plus soumises, à partir de janvier 2019, à l’impôt sur le revenu. Mais cette mesure permettra-t-elle réellement de booster la productivité, tout en augmentant le pouvoir d’achat ? Les économistes Eric Heyer, de l’Observatoire français des conjonctures économiques et Jean-Marc Daniel, professeur à l’ESCP Europe sont loin d’approuver cette mesure – mais pas pour les mêmes raisons.


Pensez-vous que la défiscalisation des heures supplémentaires permettra d’augmenter le pouvoir d’achat et la productivité des entreprises ?


Jean-Marc Daniel : Ce n’est pas une mesure bien neuve : elle a déjà été mise en place sous Nicolas Sarkozy. Entre 2007 et 2012, plus de 9 millions de salariés en ont profité, pour un gain estimé à 500 euros par an et bénéficiaire. Mais à l’époque, sous le slogan « travailler plus pour gagner plus », c’était avant tout un moyen pour le gouvernement de permettre aux entreprises de contourner les 35 heures. Sur le principe, leur remise en cause devrait être beaucoup plus affichée, assumée et clairement mise en œuvre. Au niveau d’un pays, si nous voulons du pouvoir d’achat, il nous faut surtout de la production, et pour cela les gens doivent pouvoir travailler. Il faut davantage mobiliser le facteur travail, et cette astuce de la défiscalisation des heures supplémentaires risque d’être contreproductive.

À l’époque de Nicolas Sarkozy, on a beaucoup accusé l’opération d’être soumise à des effets d’aubaine, en favorisant surtout des entreprises qui dépassaient déjà les 35 heures, et en mettant ainsi à la charge des finances publiques quelque chose qui aurait eu lieu de toute façon. On ne peut pas éviter ce genre de situation. Mais si on était beaucoup plus simple dans la réalisation et plus direct dans la façon d’assumer le problème des 35 heures, nous n’en serions pas là.

Certes, la défiscalisation est une façon de permettre l’augmentation du temps de travail, avec un appui de l’État, mais s’il y avait une mesure à prendre bien plus efficace, ce serait de supprimer les 35 heures. C’est un pis-aller, un objectif de second rang, qui permet de donner un peu de pouvoir d’achat et d’inciter les gens à faire des heures supplémentaires… dans un contexte où l’on s’aperçoit qu’ils sont en fait de plus en plus réticents à cela.

Éric Heyer : La défiscalisation des heures supplémentaires n’avantage que les actifs qui ont la chance d’en faire, n’affecte pas les autres… et défavorise ceux qui sont au chômage. Il faudra mettre en place, à terme, des mesures pour financer la défiscalisation, ce qui pèsera sur certains (sous forme de taxes), et ralentira la distribution du pouvoir d’achat – puisque vous en donnerez à certains, et en reprendrez à d’autres.

Cette mesure risquerait-elle de nuire à la création d’emploi ?

E.H : Selon une étude que j’ai réalisée et publiée dans l’Oxford Review of Economic Policy en 2011, la défiscalisation peut avoir des résultats intéressants lorsque le marché du travail est proche du plein emploi : cela permet de continuer à créer des emplois, et donc à donner du pouvoir d’achat en règle générale. Mais si vous prenez cette mesure dans un contexte de fort taux de chômage, comme actuellement, elle risque de l’accroître. Car si le pouvoir d’achat de ceux déjà en place sera favorisé, les « insiders », cela se fera au détriment des personnes au chômage, les « outsiders ». Il s’agit donc d’un système qui ne crée pas d’emploi, mais qui au contraire augmente le chômage.

En effet, en situation de plein emploi et de difficultés à recruter, les heures supplémentaires défiscalisées peuvent permettre d’augmenter la durée du travail de ceux en place, de répondre à la demande supplémentaire, et de donner plus de pouvoir d’achat aux salariés, et qui consommeront d’autres services, contribuant ainsi à créer de l’emploi. Mais quand le taux de chômage est élevé, le fait d’augmenter la durée du travail limite les créations d’emploi et n’arrange pas les choses, puisque les entreprises privilégient les heures supplémentaires aux embauches. Dans le contexte conjoncturel actuel, cette mesure pourrait donc avoir un effet négatif sur les créations d’emploi.

Quand Nicolas Sarkozy réfléchissait en 2007 à cette mesure, le taux de chômage était en dessous de 7 %, et cela pouvait avoir un sens, en permettant de stimuler l’économie. Mais actuellement, avec 9 % de taux de chômage, il faudrait au contraire baisser le temps légal de travail. La meilleure solution pour donner réellement plus de pouvoir d’achat à tous les ménages, c’est de faire baisser le chômage.

J-M.D : Effectivement, cela incite les entreprises à mobiliser plutôt les personnes qu’elles ont à portée de main, plutôt que d’aller en embaucher d’autres. C’est pourquoi le gouvernement de Jean-Marc Ayrault était revenu sur cette mesure : pour réduire le temps de travail et donc le chômage. Mais en pratique, l’on s’aperçoit que les salariés ne sont pas interchangeables : le travail mené par un travailleur lors d’heures supplémentaires disparaît dans le cas contraire, et personne d’autre ne peut le réaliser à sa place. C’est pourquoi la disparition de la défiscalisation en 2012 ne s’est pas traduite par une amélioration de la situation de l’emploi.

Il faut bien voir que, dans une économie cyclique, nous avons plutôt intérêt à avoir des règles du jeu assez souples dans la définition du temps de travail. Les entreprises, de plus en plus, s’ajustent sur la durée du temps de travail face aux cycles, et de moins en moins sur les stocks matériels. Donner un statut particulier aux heures supplémentaires serait à mon avis un choix judicieux.

La défiscalisation des heures supplémentaires peut inciter des entreprises à limiter le recours au travail extérieur, et à s’enfermer sur la masse de salariés déjà à disposition. Mais ceci est de moins en moins déterminant : ce qui l’est, c’est la capacité à adapter la durée du temps de travail à l’évolution de la demande et au cycle économique. En Allemagne, par exemple, la notion d’heures supplémentaires varie en fonction de la situation cyclique de l’économie : à certaines périodes, on va considérer que le temps de travail le plus adapté est 28 heures hebdomadaires, et d’autres où au contraire, on va considérer qu’elles devraient être de 39 heures. Les heures supplémentaires deviennent dans cette optique quelque chose d’artificiel.

En revanche, les heures supplémentaires défiscalisées devraient permettre aux PME de ne pas alourdir leur budget en se lançant dans un recrutement complexe et coûteux. Actuellement, des organisations font également face à une pénurie de candidats pour certaines fonctions : pour elles, cette mesure est aussi un bon moyen d’inciter leurs salariés à travailler un peu plus. Les entreprises devraient donc très largement adhérer à cette mesure. Mais le plus compliqué, ce sera bel et bien de trouver des salariés qui accepteront de faire des heures supplémentaires.

Pourquoi les salariés seraient-ils réticents ?

J-M.D : Le véritable enjeu, ce sera de voir combien cela représentera de capacités de travail supplémentaire mobilisées, de production en plus, et également de revenus supplémentaires, sur des gens qui paradoxalement réclament une augmentation de leur pouvoir d’achat. Car ce qu’il y a de singulier lorsque l’on analyse l’expérience menée sous Nicolas Sarkozy, c’est que l’obsession du pouvoir d’achat est en fait moins forte dans la pratique que dans le discours : quand vous dites aux salariés qu’ils peuvent gagner plus en travaillant plus, ils sont nombreux à ne pas considérer cela comme pouvant apporter du bien-être supplémentaire, comparé aux contraintes affectant leurs vies.

Si les entreprises n’ont pas utilisé autant que l’on pouvait s’y attendre ce dispositif entre 2007 et 2012, c’est parce que beaucoup de travailleurs préfèrent rester dans le cadre actuel, sans chercher à améliorer considérablement leurs revenus, en pratiquant des heures supplémentaires qui échappent à l’impôt sur le revenu. Il y a certes des problèmes de pouvoir d’achat, mais les salariés privilégient ainsi de plus en plus leurs loisirs et leur bien-être à l’argent.

Les entreprises ne risquent-elles pas d’être poussées à privilégier les heures sup aux réelles augmentations de salaires ?

E.H : Avec la défiscalisation, il y a beaucoup d’effets d’aubaine. Les entreprises et les salariés ont plutôt intérêt à déclarer beaucoup d’heures sup – et donc, plutôt que d’augmenter les salaires, les deux parties déclarent davantage d’heures supplémentaires… au détriment dans ce cas de figure, des finances publiques. Selon une étude des économistes Pierre Cahuc et Stéphane Carcillo, entre 2007 et 2012, les salariés concernés par la défiscalisation ont bénéficié d’un surcroît de rémunération, mais pas en travaillant plus. Ainsi, expliquent-ils, « la réforme n’a eu aucun impact significatif sur le nombre d’heures travaillées », mais a en revanche « suscité une optimisation fiscale des salariés qualifiés », qui ont déclaré plus d’heures supplémentaires, afin de bénéficier de la défiscalisation, sans travailler plus.


Fabien Soyez - Journaliste Web et Community Manager