Moins d'agences Pôle emploi pour toujours plus de chômeurs

Cure de minceur en cours pour les agences Pôle emploi ! Depuis la fusion des Assédic et de l'ANPE fin 2008, un vaste plan de restructuration immobilière a été entamé. Résultat : il ne subsiste actuellement que 896 agences ou points relais Pôle emploi contre les 630 antennes Assédic et 830 pour l'ANPE qui existaient auparavant. "Ce réaménagement du parc immobilier qui va s'étaler jusqu'en 2020 devrait coûter au total quelques 700 millions d'euros", estime Jean-Charle Steyger, représentant FSU Pôle Emploi.

Il y a 5 ans, l'ANPE a abandonné ses bureaux le plus souvent en location, tandis que les Assédic ont vendu les locaux dont elles disposaient pour créer des agences Pôle emploi où les personnels issus des deux institutions ont été regroupés. "Le hic, c'est qu'il sont désormais plus souvent situés en périphérie des grandes villes dans des zones commerciales ou industrielles plus difficilement accessibles, déplore le syndicaliste. Du coup, de nombreux chômeurs se retrouvent entre 40 et 60 km de la première agence".

"Après la dématérialisation des courriers qui arrivent discrètement sur un espace personnel, sans crier gare, au lieu d'être envoyés par la poste, puis la disparition du service téléphonique en agence permettant de s'inscrire gratuitement à Pôle Emploi, ce sont maintenant des agences entières qui sont "dématérialisées" ou délocalisées à leur tour", dénonce Rose-Marie Péchallat de Recours-Radiation.fr. D'après la carte ci-dessous, en Rhône-Alpes par exemple, ce sont une dizaine d'agences qui s'apprêtent à être rayées de la carte (cliquer sur l'image pour l'agrandir).




Cette concentration des agences inquiète les associations de chômeurs. Le collectif des Matermittentes regroupant des femmes occupant des emplois de façon discontinue, Sud Culture et Recours Radiation demandent par exemple "l'annulation de tout projet immobilier visant à supprimer les agences de proximité et l'arrêt de la centralisation des services sur des sites de production démesurés où l'humain n'a plus sa place". Une distance avec les usagers et une perte de productivité des agents que dénonçait l'Ifrap, un think-tank d'obédience libérale, dès 2012.

Pour ne pas allonger la journée des conseillers avec des trajets à rallonge et gagner en productivité, Pôle emploi expérimente le télétravail et les services 100% web, par chat par exemple. D'abord expérimenté dans 8 régions (Alsace, Auvergne, Bretagne, Guadeloupe, Haute-Normandie, Lorraine, Midi-Pyrénées, Ile-de-France), le télétravail a été étendu à toute la France pour les activités exclusivement administratives, depuis juillet 2014. Au total, 2.000 agents seraient concernés. "Ce n'est pas une solution, même pour les usagers les plus autonomes", s'emporte Rose-Marie Péchallat. "Pôle emploi fait le choix de la dématérialisation à tout crin avec pour ambition de permettre aux conseillers de mieux cibler les chômeurs qu'ils accompagnent. Mais c'est un miroir aux alouettes", renchérit le syndicaliste Jean-Charles Steyger, lui-même conseiller. "Notre rôle ne doit pas se résumer au contrôle informatique de la situation des chômeurs, martèle-t-il. Seuls 30% des demandeurs d'emploi en moyenne sont autonomes, les autres ont besoin d'un accompagnement personnalisé qui nécessite une relation humaine, et non une réponse standardisée."

Une chose est sûre : les conseillers ne chôment pas. Chaque jour, les 35.000 agents de Pôle emploi enregistrent 850 inscriptions, se chargent des relations avec les entreprises, de l'indemnisation des chômeurs et de leur accompagnement. Au total, ce sont ainsi 65 millions de contacts par an entre les suivis dits "renforcés" à raison d'une rencontre tous les 15 jours pour les chômeurs les plus en difficulté et les suivis ordinaires nécessitant un contact tous les deux mois (par mail, de visu ou par téléphone) et une rencontre au 4ème et au 9ème mois. "A lui seul, un conseiller gère entre 90 chômeurs en suivi renforcé et jusqu'à 300 pour le suivi ordinaire", estime Jean-Charles Steyger. Depuis l'arrivée de François Hollande en 2012, 4.000 postes ont été créées. Visiblement insuffisant pour pallier l'augmentation du chômage !


Sandrine Chauvin



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