Emploi : le contrôle renforcé des chômeurs devrait être généralisé

Interrogé par "Sud Ouest", le directeur de Pôle emploi parle d'une expérimentation "positive" à propos du contrôle renforcé des chômeurs. La mesure devrait être généralisée en début d'année prochaine

Jean Bassères, 54 ans, dirige Pôle emploi depuis décembre 2011. De passage à Bordeaux, il a signé lundi un protocole de partenariat avec "Sud Ouest "afin d'améliorer la visibilité et la diffusion des offres d'emplois, et répondu aux questions de la rédaction.

L'Elysée a annoncé mardi qu'il allait être reconduit à son poste pour un nouveau mandat de trois ans.

 Quelle est la part du numérique dans la recherche d'emploi ?

Une part de plus en plus importante. Chaque jour sur les différents sites de l'emploi en France, 400 000 offres sont proposées. On estime qu'il existe 700 sites d'emplois. Cela va de sites publics comme l'Apec qui est l'un de nos partenaires, à des entreprises, ou des sites comme celui de Sud Ouest avec lequel nous venons de signer un protocole de partenariat. Ainsi, 100 000 offres sur 236 000 sur le site de Pôle emploi proviennent de partenaires. Ils sont aujourd'hui une quarantaine et nous publions leurs offres sur notre site.


Le directeur de Pôle emploi Jean Bassères
© PHOTO THEILLET LAURENT

Le numérique est-il efficace pour la recherche d'emploi, et permet-il de rendre public ces très nombreuses offres qui n'apparaissent nulle part ?

On estime en France que le marché caché de l'emploi, celui des offres qui ne donnent lieu à aucune publication, est le plus important. L'un des intérêts du numérique est effectivement d'agréger le maximum d'offres. Il s'agit bien d'un axe fort pour améliorer le service que l'on rend aux demandeurs d'emplois et aux entreprises, ainsi qu'à nos partenaires dont les offres bénéficient d' une plus grande visibilité grâce à pole-emploi.fr, le premier site de l'emploi en France.

Nous avons aussi innové récemment avec le 100% web. Il s'agit de l'accompagnement d'un demandeur d'emploi par son conseiller dans une relation dématérialisée, grâce à une webcam. Contrairement à ce que l'on imagine, la relation est finalement plus interactive. Cette expérimentation dans plusieurs régions va être déployée, et notamment à Bordeaux en 2015. Notre ambition est aussi de développer le plus de services en ligne possible pour éviter aux demandeurs d'emplois de se déplacer.

Avec le chômage, le nombre de demandeurs d'emplois par conseiller augmente. Est-ce que cela ne devient pas impossible de faire ce métier ?

Conseiller Pôle emploi est incontestablement un métier difficile. Je constate que les difficultés existent sur le terrain, que ces conseillers sont confrontés à des difficultés sociales croissantes. Mais je constate aussi une forte mobilisation des personnels. Beaucoup de demandeurs d'emploi retrouvent un travail grâce à l'action des conseillers de Pôle emploi. Le grand public a malheureusement une image trop négative de leur action, alors qu'ils sont utiles et efficaces dans l'accompagnement des demandeurs d'emploi. Je veux leur rendre hommage.

Pour faire face, vous avez inventé l'accompagnement différencié, en place depuis deux ans. Cela marche ?

Avec l'accompagnement différencié, notre ambition est de concentrer nos moyens vers ceux qui en ont le plus besoin. C'est un accompagnement renforcé avec un conseiller qui ne suit pas plus de 70 demandeurs d'emplois. Ce sont les directeurs de Pôle emploi par bassins d'emplois qui décident quels sont les chômeurs qui vont bénéficier de ce dispositif, puisque nous n'avons pas fixé de critères nationaux. Nous avons 3600 conseillers pour l'accompagnement différencié. L'enjeu pour nous est d'augmenter encore le nombre de ces conseillers lors des négociations avec l'Unedic et avec l'Etat. Ils étaient 500 il y a deux ans.

Il y a beaucoup d'acteurs qui interviennent dans la recherche d'emploi, et l'accompagnement des chômeurs, notamment les conseils généraux et régionaux. Ne faudrait-il pas simplifier avec un guichet unique aux régions ?

L'emploi est la préoccupation majeure des français. Plus il y a de forces et d'acteurs, plus il y a de chances de gagner le combat contre le chômage. Le véritable enjeu est que les acteurs soient lisibles et complémentaires. Lorsque l'on est confronté à un demandeur d'emploi qui a des difficultés sociales, on se tourne vers le département qui a cette compétence sociale. C'est le sens de la convention signée le 17 novembre avec le Conseil Général de la Gironde. Avec les régions, nous avons un cadre de collaboration extrêmement clair puisque ces collectivités pilotent la formation professionnelle. Par exemple, Pôle emploi n'achètera à l'avenir de la formation à des organismes de formation qu'avec l'accord du Conseil régional.

Une étude montre qu'environ 20% de chômeurs ne cherchent pas vraiment un travail. Le contrôle doit-il être renforcé ?

Je conteste ces chiffres. Nous menons une expérimentation dans trois régions sur le contrôle de la recherche d'emploi, avec l'idée de créer des équipes orientées sur le contrôle. Dans la région PACA qui a mis en place un contrôle aléatoire le taux de radiation est de 8%. Mais on ne peut statistiquement extrapoler ce résultat.

Même si ce n'est pas 20%, votre expérimentation montre que les radiations augmentent en renforçant les contrôles.

La loi prévoit que tout demandeur d'emploi doit rechercher un emploi par des actes. Mais il nous faut faire la distinction entre des chômeurs qui se trouvent en situation de découragement, de lassitude et puis ceux qui ne cherchent vraiment pas et qui doivent être sanctionnés. Le contrôle est utile car il crédibilise la situation des demandeurs d'emploi. La très grande majorité d'entre eux cherchent réellement, et c'est ce que montre le contrôle.

Quand allez-vous décider de la généralisation ou non de l'expérimentation du contrôle ? Avec les déclarations de plusieurs ministres, on imagine qu'il sera généralisé.

Cette décision a vocation à être prise au premier trimestre 2015. Il faut attendre la délibération du conseil d'administration de Pôle emploi pour le savoir. Je peux simplement dire que l'expérimentation est positive.

Augmenter le contrôle c'est faire baisser artificiellement le nombre de chômeurs ?

Non. Je peux vous assurer qu'il n'existe aucun objectif chiffré à Pôle emploi. Un médiateur indépendant a d'ailleurs fait un rapport en se rendant dans les agences, et il est arrivé à la même conclusion. Je rappelle aussi qu'aujourd'hui sur 50 000 radiations par mois, 90% ont pour origine une absence à une convocation.

Et qu'en est-il de la grande mesure de 2008 qui prévoyait une radiation en cas de refus d'une offre raisonnable d'emploi ?

Ce dispositif ne marche pas. Sa mise ne œuvre pratique s'avère très complexe. Il est difficile d'obtenir des informations précises sur les distances entre l'emploi proposé et le domicile du demandeur ou le salaire proposé. Il s'agit d'un motif de radiation peu pratiqué, quelques dizaines par an.


Propos recueillis par Bruno Beziat





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