Pôle emploi va étendre le suivi de chômeurs par Internet

L’offre «100 % web» de Pôle emploi sera étendue dès 2015. Elle permettra aux chômeurs d’effectuer leur rendez-vous par webcam. L’expérimentation a été concluante et des garde-fous sont prévus. Mais des syndicats craignent un service au rabais visant à compenser le manque de moyens humains de Pôle emploi.

Bienvenue au Pôle emploi 2.0 ! Dans le cadre de sa refonte du suivi des chômeurs, lancée l’an passé, l’opérateur mise de plus en plus sur le numérique et s’apprête à franchir un nouveau pas à forte portée symbolique : dès l’an prochain, des chômeurs pourront, sur la base du volontariat, être suivis uniquement via Internet, sans jamais se rendre dans leur agence. Le dispositif, baptisé « 100 % web » et testé depuis février dans onze agences, sera lancé dans cinq régions en janvier puis déployé dans tout le pays d’ici à fin mars. Sa généralisation a été annoncée la semaine dernière, dans le cadre de la présentation par le gouvernement d’une batterie de mesures de simplification administrative pour les particuliers .

Une batterie de services accessibles en ligne

Le dispositif sera ouvert aux chômeurs jugés assez autonomes dans leurs recherches. A ce titre, il ne concernera pas les demandeurs d’emploi en accompagnement dit « renforcé ». Concrètement, les mails remplaceront les courriers, les rendez-vous se feront par webcams interposées et une batterie de services seront accessibles en ligne : chat avec son conseiller pour des questions immédiates, possibilité de demander à être rappelé, modules d’aides à la recherche (faire un CV, etc.), alertes sur les offres d’emploi... Charge au chômeur d’être équipé d’un ordinateur adéquat - une connexion haut débit sera nécessaire et le service ne sera pas accessible depuis un téléphone portable ou une tablette.

La forme de la relation changera, mais pas le fond : les droits et devoirs des chômeurs resteront les mêmes. Rater un rendez-vous par webcam ou ne pas répondre à un mail pourront par exemple entraîner une radiation temporaire. Le chômeur suivi par Internet pourra à tout moment demander à bénéficier d’un rendez-vous en agence ou à revenir à un suivi classique, non dématérialisé. Ces garde-fous, et le point clef du volontariat, ont rassuré certains syndicats, comme la CFDT et la CFTC, qui ont donné leur aval au dispositif. Le bilan d’étape de l’expérimentation se veut aussi encourageant : plus de 9.000 chômeurs se sont portés volontaires et très peu ont ensuite demandé à sortir du dispositif. « Ils apprécient de gagner du temps et de s’épargner des trajets », indique Bernie Billey, déléguée centrale CFDT Pôle emploi. La quasi totalité des 91 conseillers qui ont assuré le suivi par Internet ont aussi jugé l’expérimentation encourageante. Dans sa logique actuelle de spécialisation des tâches, Pôle emploi va développer, là aussi sur la base du volontariat, des équipes spécialisées sur le suivi web.

La crainte d’un « accompagnement virtuel »

Reste que la mesure fait aussi grincer des dents. « Sous couvert de simplifier et de moderniser, le suivi 100 % web est avant tout un moyen de gérer le manque de moyens humains à Pôle emploi », dénonce ainsi Jean-Charles Steyger, du SNU Pôle emploi (FSU), opposé, comme la CGT, à la généralisation. Il craint qu’on force la main à certains chômeurs et que le suivi dématérialisé ne « se transforme en accompagnement virtuel » et « démonétise le travail des conseillers ». « C’est le risque si on confie aux conseillers web des portefeuilles trop gros. Il faudra y être très vigilant », insiste aussi la CFDT.

A ce stade, Pôle emploi n’avance pas d’estimation du nombre de chômeurs qui pourraient être concernés et évoque un objectif cible d’une centaine de demandeurs d’emplois par conseiller, comme lors de l’expérimentation.


Derek Perrotte

De quoi s’agit-il ? :

>> Accompagnement "100% Web" - Pôle Emploi

 


Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir