A Pôle emploi, le pilotage par la communication tend à remplacer la maîtrise des nécessaires évolutions

Quand il a pris la responsabilité de Pôle emploi, Jean Bassères a très vite compris la nécessité de prendre grand soin de la communication d’une institution qui avait une image très négative qu’une fusion non maîtrisée avait considérablement détériorée

Il apparait aujourd’hui en danger parce que la communication a pour une très large part précédé les résultats comme l’a montré la mauvaise gestion de la modeste expérimentation de contrôle de l’effectivité de la recherche d’emploi (voir Le rapport sur l’expérimentation de l’effectivité de la recherche d’emploi ne permet aucunement de conclure sur la fraude). Celle-ci, parce que son impact médiatique n’a pas été anticipé est devenue une mise en cause des demandeurs d’emploi avant de revenir en boomerang en direction de Pôle emploi, accusé de ne pas accompagner suffisament ceux qui sont le plus en difficulté. Le ministre, François Rebsamen, n’a d’ailleurs pas été le dernier à se saisir de cette mauvais appréciation par la direction de Pôle emploi de la grande sensibilté du sujet pour mettre en cause l’institution dont il a la tutelle

Un nouveau sujet illustre cette tendance. Pôle emploi a lancé avec force communication une action, présentée comme innovante, visant à mettre en place en lien avec les conseils généraux un accompagnement global, dépassant l’habituelle séparation entre accompagnement social et accompagnement professionnel. De nombreux médias avaient consacré des articles au lancement de cette opéartion, avec même la signature solennelle d’une convention avec le président de l’Association des Départements de France.

Pour notre part, nous n’avions pas consacré d’article à ce sujet, qui au fond n’était que l’adoption tardive d’une pratique habituelle des Missions locales qui, depuis qu’elles existent, se refusent à séparer la dimension sociale et la dimension professionnelle dans la pratique d’accompagnement d’une personne. Mais comment ne pas partager la surprise du Ministre quand celui constate que ce suivi global, qui a fait l’objet d’une communication intense n’a concerné selon les derniers chiffres parus que 904 demandeurs d’emploi dans sept départements avec un suivi effectué par 31 conseillers dédiés ?

Ces épisodes donnent l’impression que Pôle emploi fait plus l’objet d’un pilotage par la communication, avec le relais de médias si friands de nouveautés qu’ils en oublient de vérifier la réalité au delà de ce qui est écrit dans les très beaux dossiers de presse, que d’une réelle volonté de transformer les pratiques professionnelles pour améliorer le service rendu aux demandeurs d’emploi et aux entreprises

C’est dans ce contexte que François Rebsamen semble réagir en demandant publiquement à la direction de Pôle emploi d’attacher plus d’importance à l’évolution de l’ensemble des pratiques qu’à quelques innovations ne concernant qu’un petit nombre de personnes et qui sont valorisées alors même qu’elles n’ont pas (pas encore ?) fait la preuve de leur pertinence et/ou de leur transférabilité

La communication est nécessaire si elle est au service d’évolutions utiles, et valorise ceux qui les conduisent. Ici nous craignons qu’elle ne soit largement devenue une façon de valoriser une institution à travers d’activités intéressantes, mais somme toutesmarginales, tout en laissant très profondément dans l’ombre le traitement des grands volumes où des conseillers font ce qu’ils peuvent, entre des demandeurs d’emploi de plus en plus nombreux et des injonctions souvent paradoxales de leur hiérarchie

Pôle emploi est loin d’être la seule institution pour qui la communication devient plus importante que l’action, et l’exemple vient de haut. Mais la sensibilté de l’opinion au sujet rend en ce cas ces partqiues intolérables et expose ceux qui s’y risquent à de schocs en retour. Il n’est que temps de revenir à une pratique où la communication est au service de l’action, et non l’inverse !

@ Michel Abhervé pour Alternatives Economiques

Michel Abhervé

Professeur associé à l'université de Paris Est Marne la Vallée, il y enseigne l'économie sociale et les politiques publiques dans une licence professionnelle « Management des organisations de l'économie sociale ». Il a mis en place la possibilité de suivre cette formation en apprentissage. Il intervient également dans le Master rénové «Management de l'insertion dans l'économie sociale et solidaire » et contribue à l'animation du site ressources pour l'économie sociale www.univ-mlv.fr/ecosoc.

Michel Abhervé a exercé des responsabilités politiques en étant pendant plus de 20 ans élu à Evry et au conseil régional d'Île-de-France. Il a en particulier suivi des dossiers concernant l'insertion, la formation professionnelle, assuré la présidence de l'Union nationale des missions locales, et vient de suivre pour les employeurs de l'économie sociale le Grenelle de l'insertion, à travers un blog

>> Le blog de Michel Abhervé (Alternatives Economiques)





Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir