Je suis conseillère Pôle Emploi : pour retrouver du travail, ne restez surtout pas isolé

Laurence Boulieu travaille à Pôle Emploi. 70, c'est le nombre de personnes qu'elle aide dans leurs recherches. Elle s'occupe de l'accompagnement "renforcé". Des rendez-vous (au moins) tous les mois, des ateliers, des simulations d'entretien d'embauche, autant de dispositifs – souvent efficaces – mis en œuvre pour soutenir les chômeurs les moins autonomes. Témoignage.

J’ai vécu un licenciement économique en 2012. À l’époque, je travaillais comme conseillère en insertion professionnelle pour un des prestataires de Pôle Emploi.

Quand je me suis retrouvée au chômage, j’ai eu envie de connaître l’institution de l’intérieur alors j’ai postulé et j’ai été embauchée. Je n’avais qu’une crainte : ne pas pouvoir poursuivre cette approche humaniste et valorisante que j’employais avec les demandeurs d’emploi que j’accompagnais déjà.

Elle s’est vite dissipée, ma hiérarchie était même plutôt bienveillante vis-à-vis de cette démarche.

L’accompagnement renforcé, pour qui ?

Je travaille à l’agence Pôle Emploi de Cergy, et je fais ce que l’on appelle de l’accompagnement "renforcé". Ce suivi est mis en place pour les demandeurs d’emploi qui en ont le plus besoin et qui ne sont pas autonomes dans leurs recherches : qui ne maîtrisent pas l’informatique, qui n’ont pas d’adresse e-mail ou qui sont au chômage depuis longtemps, par exemple (la liste n’est pas exhaustive).

Quand un demandeur d’emploi arrive dans une agence, il est orienté vers nous dès l’inscription si le conseiller l’estime nécessaire. Mais cela n’empêche pas les collègues de nous transférer d’autres personnes plus tard.

Se présenter de manière positive

Accompagnement "renforcé" veut dire que nous rencontrons nos demandeurs d’emploi au minimum une fois par mois, cela peut être plus. Nous définissons la récurrence en fonction des besoins. Chacun des conseillers affectés à l’accompagnement renforcé gère un maximum de 70 dossiers (d’autres en ont jusqu’à 350, en accompagnement suivi).

À Cergy, nous avons organisé des ateliers réseaux, pendant lesquels nous expliquons dans un premier temps aux demandeurs d’emploi que le réseau, ce n’est pas qu’un carnet d’adresses prestigieux ou virtuel. Le réseau, c’est faire appel à sa famille, ses voisins, ses amis, les commerçants du quartier, les associations, etc. Pour retrouver du travail, le principal est de ne pas rester isolé. Ce qui peut être difficile quand la personne est confrontée au chômage depuis longtemps et qu’elle a perdu la force et la motivation.

Dans un deuxième temps, nous travaillons aussi beaucoup sur le "pitch" : être capable de se présenter de manière positive en 30 secondes. Souvent, quand les demandeurs d’emploi parlent d’eux auprès d’un employeur potentiel, ils insistent sur la durée de leur période de chômage, leur situation familiale, mais rarement sur leurs compétences ou leurs précédentes expériences. L’idée, c’est de pouvoir accentuer le positif, d’avoir une présentation qui soit valorisante avec des réalisations chiffrées qui parlent aux recruteurs.

Ces ateliers fonctionnent, nous avons eu pour certains un taux de retour à l’emploi de 70% au bout de 3 mois.

Retrouver la motivation

En tant que conseillère Pôle Emploi, je travaille très souvent avec des gens qui sont démotivés. Démotivés parce qu’au chômage depuis longtemps, ou parce qu’aucune de leurs multiples démarches n’a abouti.

Mon travail, c’est de les redynamiser. Quand je rencontre un nouveau demandeur d’emploi, je n’ai aucun a priori. Peu importe la durée du chômage, je pense que tout le monde a les mêmes chances. Je travaille alors beaucoup sur la confiance en soi et le savoir être en parallèle des démarches de retour à l’emploi.

Pour cela, j’insiste à chaque fois sur le fait qu’il ne faut pas oublier la personne que l’on était avant de perdre son emploi. Cette personne-là n’a pas disparu, elle est toujours là, ce sont simplement ses compétences qui ne sont pas sollicitées.

Un métier humain qu’il faut faire sincèrement

Je me rappelle d’une femme que j’ai reçue il y a quelques temps. Elle avait 56 ans et était au chômage depuis 3 ans. La première fois que je l’ai vue, elle était un peu agressive, convaincue que je ne pouvais pas l’aider puisque personne n’avait pu le faire jusqu’à présent. Pendant tout l’entretien, elle est restée fermée, le visage grave.

Je lui ai dit qu’on allait repartir de zéro, qu’elle n’avait rien oublié de ses compétences en trois ans, qu’elle était la même personne qu’à l’époque lorsqu’elle était en emploi. Elle s’est mise à pleurer. À la fin de l’entretien, son visage avait changé, elle est partie avec un grand sourire. Deux mois plus tard, elle avait retrouvé un emploi.

La confiance en soi est très importante, la présentation aussi, mais je suis certaine qu’au fond, il n’y a pas de règles. Il faut simplement garder l’espoir.

Je pense aussi qu’il faut que le conseiller y croie. Qu’il y croie sincèrement.

Ce métier est un métier d’engagement, il est passionnant grâce à cette relation humaine que nous entretenons avec ceux que l’on accompagne. Alors quand ça aboutit, c’est encore mieux.


Propos recueillis par Henri Rouillier.

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