Le « fiasco » de Pôle emploi raconté par un ex dirigeant

« Fiasco »,« naufrage » , « échec », Hervé Chapron, dans un ouvrage paru la semaine dernière, n’a pas de mots assez durs pour décrire la faillite de Pôle emploi issu de la fusion de l’ANPE et des Assedic en 2008.

Chapron connait bien ce dont il parle. Après avoir commencé sa carrière à la Banque de France il rejoint le régime d’assurance chômage : directeur dans l’Est puis à Nantes de 2001 à 2004, ensuite à Paris pour terminer directeur national adjoint de Pôle emploi en charge de l’audit.

La fusion d’un organisme privé – l’Unedic – avec l’ANPE appartenant à la fonction publique était un projet de Nicolas Sarkozy dès son élection de 2007. Elle fut menée à la hussarde dans une totale impréparation pour créer, selon l’ancien président de la République, « le plus grand opérateur européen de l’emploi ». Dans la foulée, le même promettait aussi la disparition du chômage en 2012…

Pour Hervé Chapron ce sont les politiques qui sont responsables de cet échec et il dénonce leur «amateurisme… leur absence totale de vision, de connaissance du dossier… ». Sarkozy qui citait en exemple les « guichets unique » allemand et britannique n’a fait qu’une réforme administrative en à continuant pratiquer « structurellement et culturellement un traitement social du chômage » ce qui est le plus grave pour l’ex Directeur..

La crise de la fin 2008 et la forte augmentation du chômage ont totalement noyé le nouvel organisme. Les conseillers qui devaient être en charge d’un « portefeuille » de 60 demandeurs d’emploi se sont retrouvés avec plus du double. Pourtant les effectifs des agents ne cessent de croître passant de 34 000 avant la fusion à 40000 en 2014 ; les embauches continuant au rythme de 2000 par an. Ce qui fait exploser le budget de fonctionnement qui dépasse désormais 5 milliards tandis que le déficit de l’assurance chômage atteint 17 milliards.

Pour Hervé Chapron des « mesures draconiennes » quant à la durée et dégressivité des allocations sont nécessaires sinon « le système est condamné ».

Selon lui il y a eu absorption des Assedic ( 14 000 agents) par l’ANPE (30 000),alors que seuls les premiers avaient la culture du résultat.

Les petits arrangements de Pôle emploi

Alors que le gouvernement s’apprête à mettre en place un contrôle renforcé des chômeurs, certains semblent exonérés de cette surveillance : ce sont sont les cadres âgés de Pôle emploi licenciés grâce au dispositif de la « rupture conventionnelle ». Il s’agit là de fausses pré-retraites dont les bénéficiaires touchent en outre de confortables indemnités de rupture et d’une absence quasi-totale de contrôle des recherches d’emploi pourtant obligatoires. Cette discrète façon d’agir a été révélée récemment par Le Monde, mais elle était en œuvre depuis plus de 10 dans les Assedic, en particulier à Nantes.

Un organisme pernicieux ?

Pôle emploi prétend lutter contre toutes les formes de discrimination et pour la « diversité » : cela figure même dans ses statuts. Dès sa création en 2008 il a signé avec toutes les branches professionnelles du MEDEF, alors présidé par Laurence Parisot, la grande distribution, les banques… des accords où celles-ci s’engageaient à recruter prioritairement des jeunes issus des « quartiers sensibles ». Cette « discrimination positive » était en réalité une discrimination à l’encontre des Français d’origine européenne. C’était l’époque où Anne Lauvergeon, la patronne d’AREVA, pouvait déclarer préférer embaucher tout « plutôt que le mâle blanc pour être claire». Des propos soumis à l’appréciation de la justice qui n’y verra là aucune trace de discrimination…

Jean Bassères, homme de gauche placé à la tête de Pôle emploi en décembre 2011, renforcera encore tout l’arsenal « antidiscrimination » de son organisme. Maintenu en place par le pouvoir socialiste il sera reconduit dans ses fonctions le mois prochain. « Pour le remercier de ses bons résultats? », remarque, ironique, un cadre de la maison.

Le discrédit

Dénoncé par la Cour des comptes comme « le plus mauvais élève de la lutte contre la fraude sociale », totalement débordé, Pôle emploi confie de plus en plus le suivi et le reclassement des chômeurs à des opérateurs privés de placement. La faillite récente du groupe C3 consultant qui se prétendait le leader français du marché des OPP(*) et dont les services étaient utilisés par Pôle emploi à Nantes montre bien l’impasse d’une telle politique. Qu’à cela ne tienne on va continuer à utiliser ces organismes onéreux alors que leur taux de placement s’avère inférieur à celui des agents de Pôle emploi.

Pôle emploi – qui n’a pas peur du ridicule – annonçait en 2010 un accord avec la fédération de la vente à domicile prévoyant la création de 100 000 nouveaux emplois en 3 ans. Il parait que l’ objectif a été dépassé. Alors le « homecare » ou le « naturecare » pour résoudre la crise de l’emploi ? Non décidément l’avenir de Pôle emploi n’apparaît pas rose.

(*) voir l’article de Breizh info du 8 février.






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