Faut-il réformer l’assurance chômage ?

Notre système d’assurance chômage est le plus généreux d’Europe. Cette année, sa dette caracolera à 21,4 milliards d’euros et son déficit à 4 milliards. Faut-il le réformer avant qu’il implose ? Oui, dit Manuel Valls. Non, rétorque François Hollande. Le dilemme est complexe : d’un côté, cinq millions de chômeurs, catégories A, B et C confondues. De l’autre, des offres d’emploi souvent précaires (des CDD de plus en plus courts et 14 % de CDI), dont seules 400.000 non pourvues. Difficile d’expliquer aux chômeurs, qui perçoivent une allocation chômage moyenne de 1.055 euros par mois et qui n’arrivent pas à retrouver un travail, qu’on va leur infliger une double peine en baissant la durée ou le montant de leur indemnisation.

Le bon sens voudrait déjà que l’on s’attaque à certains abus bien connus. En tête, l’emblématique régime des intermittents du spectacle, auquel nos politiques de droite comme de gauche n’osent toucher, de peur de déclencher l’ire du microcosme bobo-culturo-intello parisien. L’équation est simple : il suffit de travailler 507 heures sur dix mois pour avoir droit à huit mois de chômage. Coût total pour l’UNEDIC : environ un milliard d’euros par an. Un statut qui reste très avantageux malgré les mesurettes entrées en vigueur cette année, qui ont davantage lésé les intérimaires, un autre régime privilégié. Dans la foulée, pourquoi pas revoir à la baisse le plafonnement des allocs du régime général, actuellement fixé à 7.184 euros brut par mois ? La question se pose, même si les principaux concernés sont aussi ceux qui cotisent le plus…

En 2008, Nicolas Sarkozy avait eu la lumineuse idée de fusionner l’ANPE et les ASSEDIC pour créer à la va-vite Pôle emploi, une nouvelle usine à gaz censée rétablir le plein-emploi en 2012. Sans rire. Résultat : des agents débordés et à bout de nerfs, des radiations arbitraires, un amateurisme dénoncé dans plusieurs ouvrages, y compris par son ancien directeur général adjoint Hervé Chapron (Pôle emploi, autopsie d’un naufrage, Éditions de L’Opportun).

À des années-lumière de cette ambiance morbide, la très cosy agence Pôle emploi dédiée aux journalistes applique ses petites règles internes : on n’y accepte que les inscrits dont la carte de presse est en cours de validité, « sinon on aurait trop de dossiers à traiter » (alors que celle-ci n’est légalement pas obligatoire) et on vous met à l’aise d’emblée : « Ne vous inquiétez pas, si vous refusez une offre, personne ici ne vous sanctionnera. » On serait curieux de connaître le budget qui lui est alloué.

Il est illusoire d’espérer réformer en profondeur l’assurance chômage sans doper le marché de l’embauche au préalable, entre autres en instaurant la flexisécurité ou en simplifiant le Code du travail. Et peut-être faudrait-il enfin utiliser à bon escient les 32 milliards annuels que la France consacre à la formation professionnelle et qui, comme le révélait le rapport Perruchot en 2011, sont en partie détournés par le patronat et les syndicats.



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