Stains, site sensible de Seine-Saint-Denis

C’EST UN MATIN de juin ensoleillé, qui semble apporter une touche de bonne humeur au sein de l’agence Pôle emploi de Stains (Seine-Saint-Denis). Un jeune homme en claquettes et short quitte les lieux pouce levé et large sourire à l’égard du conseiller qui l’a reçu. Une dizaine de personnes patientent calmement à l’accueil… sous l’œil vigilant d’un agent de sécurité. Derrière ce calme apparent, un chiffre, cependant : 32 incidents ont été signalés l’an dernier par le personnel de l’agence, ce qui en fait l’un des sites les plus sensibles du département. Dans le même temps, le nombre de chômeurs inscrits a progressé de 9,4 % en un an (3 801 demandeurs de catégorie A, B et C recensés fin 2013).



Beaucoup de fatalisme

Il suffit de discuter avec ce chômeur de 56 ans, visage émacié et sourire douloureux, pour mesurer la détresse qui règne ici : « J’ai perdu mon emploi de tapissier, j’ai quatre gosses, l’un de mes enfants vient de mourir, je suis endetté, résume-t-il d’une voix douce. On me reçoit bien à Pôle emploi, mais les vieux, ça ne les intéresse pas. Je suis prêt à tout faire pourtant : la peinture, la pelle… Mais regardez-moi : à mon âge, qui veut me donner une pelle ? »

Toumani, 27 ans, est escorté par une amie de sa mère, Fatima : « Je vais discuter avec son conseiller. Lui, il est impulsif, confie la quinquagénaire. Si on lui parle mal, il peut partir, et ne plus revenir. » Le jeune homme fixe le bout de ses chaussures d’un air fataliste. Jusqu’à présent, il n’a connu que les petits boulots dans la restauration. « J’avais un contrat de six mois, mais le patron m’a dit du jour au lendemain : Tu ne reviens pas… Les patrons agissent mal, mais qu’est-ce qu’ils peuvent y faire ici ? »

Kartoun, jeune diplômée de 21 ans, titulaire d’un BTS emploi commercial, est inscrite depuis six mois : « L’accueil est très moyen. J’ai dû attendre un mois pour avoir mon premier rendez-vous. Le prochain est le 2 août, ça fait long. Malgré ça, je viens deux fois par semaine. J’ai des amis qui ont les mêmes qualifications mais qui commencent à désespérer. Du coup, je ne compte pas tellement sur eux et je cherche ailleurs, toute seule. »

G.B. et Maxime François


Le Parisien - Aujourd'hui en France édition du 29 juillet 2014


 


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