les projets du patron de Pôle emploi

Suivi des chômeurs, services web, recours au privé : les projets du patron de Pôle emploi

INTERVIEW - Alors que le chômage continue de battre des records, Jean Bassères, directeur général de Pôle emploi, présente aux « Echos » un premier bilan du suivi différencié des chômeurs en place depuis un an. « Nous allons dans la bonne direction », estime-t-il, avant de dévoiler ses nombreuses pistes de travail pour, faute de pouvoir recruter, optimiser le travail des conseillers.

Un an après sa généralisation, quel premier bilan tirez-vous du suivi différencié des chômeurs ?

Il nous reste des progrès à faire mais nous allons dans la bonne direction. Le suivi mensuel généralisé dispersait trop nos moyens et était trop uniforme. Désormais, on tient mieux compte des besoins réels des chômeurs. Nous montons en puissance et aujourd’hui 190.0000 personnes, soit 8 % des demandeurs d’emploi accompagnés par Pôle emploi, bénéficient d’un accompagnement « renforcé », avec des conseillers spécialisés suivant 70 personnes maximum.

Les demandeurs d’emploi les plus proches de l’emploi sont quant à eux en « suivi », moins intensif et plus adapté à leurs attentes : ils sont autonomes dans leur recherche, n’ont pas nécessairement besoin d’être formés et attendent surtout de nous, au-delà du versement de leurs allocations, d’avoir des informations sur le marché du travail, les secteurs qui recrutent, les offres d’emploi qui leur correspondent.

Enfin, tous les autres demandeurs d’emploi bénéficient de l’accompagnement intermédiaire, le « guidé », avec de 100 à 150 personnes par conseiller. Les retours des demandeurs d’emploi sont encourageants : pour la première fois depuis cinq ans, leur taux de satisfaction remonte dans nos enquêtes. L’autre grande nouveauté est que nous donnons beaucoup plus de latitude aux conseillers au quotidien, avec moins de rendez-vous ou de formalités obligatoires. Ils apprécient d’être responsabilisés et peuvent ainsi assurer un suivi plus personnalisé.

190.000 personnes en accompagnement renforcé, n’est-ce pas trop peu au vu des besoins ? Pôle emploi compte notamment plus de 2 millions de chômeurs de longue durée...

Nous avons bien conscience qu’un nombre plus important de demandeurs d’emploi devraient pouvoir bénéficier d’un accompagnement intensif. Nous devons augmenter le nombre de personnes concernées. Comme l’a annoncé le ministre du Travail, François Rebsamen, 80.000 chômeurs supplémentaires bénéficieront de cet accompagnement renforcé d’ici à la fin de l’année. Cela doit être une première étape.
Nous mettons également en place, dans trois départements, une quatrième modalité d’accompagnement pour les personnes rencontrant d’importantes difficultés, avec, en parallèle du travail de nos conseillers, un accompagnement social par les équipes du conseil général. Pour certains demandeurs d’emploi, cet accompagnement global est la clef d’une réinsertion dans l’emploi durable. Les premiers retours sont très bons. Des discussions sont en cours avec 40 autres départements.

Pôle emploi va-t-il recruter de nouveaux conseillers à cet effet ?
Tout le monde sait que dans le contexte budgétaire actuel, il n’est pas facile d’être dans un schéma de création de postes. Nous avons obtenu des renforts très significatifs depuis 2 ans avec la création de 4.000 postes de CDI. D’ici à la fin de l’année, nous aurons atteint les objectifs de redéploiement des fonctions supports fixés par l’Etat et l’Unedic et nous aurons réalisé d’importants efforts internes pour consacrer plus de temps au suivi et à l’accompagnement des demandeurs d’emploi. Il faut que nous les poursuivions.

Quelles sont vos pistes de travail pour les prochains mois ?

Une des priorités des prochains mois est d’améliorer le diagnostic lors du premier entretien avec les demandeurs d’emploi et leur proposer un accompagnement plus personnalisé encore. Pôle emploi doit également prendre le virage numérique. Nous voulons aller plus loin dans l’accompagnement totalement dématérialisé et 100 % Internet qui est testé avec succès dans sept régions. Cela correspond aux besoins et aux attentes d’un public de plus en nombreux.

Nous allons aussi développer de nouveaux services en ligne, comme des outils d’auto-diagnostic ou la possibilité de s’inscrire soi-même directement à un atelier de coaching, une séance de formation... Nous misons aussi sur des partenariats avec des sites de recrutement pour enrichir les offres accessibles via Pôle-emploi.fr. Aujourd’hui, sur 200.000 offres disponibles en ligne, un tiers provient de ces partenariats. C’est une évolution très importante que nous voulons amplifier.

Je souhaite aussi que la prochaine convention tripartite puisse nous permettre de faire un saut qualitatif en terme de services rendus aux entreprises. Nous expérimentons aujourd’hui des équipes dédiées aux services aux entreprises. C’est une piste que je trouve très intéressante qui doit nous permettre de renforcer la confiance des entreprises dans Pôle emploi.

Vous expérimentez également la création d’équipes dédiées au contrôle de la bonne recherche d’emploi par les chômeurs. Est-ce le prélude à une approche plus répressive ? Le système va-t-il être généralisé ?

Cette expérimentation, qui concerne quatre régions, vise à tester la séparation des fonctions de conseil et de contrôle. Son évaluation sera achevée à la rentrée et c’est sur cette base que les suites à donner seront examinées.

Allez-vous continuer à confier des chômeurs à des opérateurs privés de placement ? Les résultats sont jusqu’ici mitigés...

Nous allons continuer mais en changeant profondément les conditions dans lesquelles nous faisons appel à eux. On leur confiait des chômeurs très éloignés de l’emploi, alors que j’estime que leur accompagnement est au cœur de notre mission. On va en conséquence leur confier des personnes plus autonomes dans leur recherche, et ainsi augmenter nos forces dédiées en interne à l’accompagnement renforcé.

De nombreux dispositifs d’aides au retour à l’emploi s’accumulent, en particulier pour les jeunes, et nombre d’employeurs et de chômeurs disent s’y perdre. Faut-il simplifier les politiques de l’emploi ?

Les difficultés à mettre en oeuvre les emplois francs pour les jeunes de banlieues montrent que l’accumulation de dispositifs peut être contre-productif. Installer et promouvoir de nouveaux dispositifs est toujours long. Il est plus facile et plus rapide de s’appuyer sur des dispositifs ayant déjà fait leurs preuves, comme nous allons le faire dans le cadre du plan pour l’emploi des seniors, avec les contrats aidés marchands et le contrat de professionnalisation.

Le gouvernement veut développer les « mises en situation professionnelles » de chômeurs. En quoi cela va-t-il consister concrètement ?

Cela devrait concerner en priorité les jeunes et les chômeurs de longue durée. L’idée est de les faire accueillir par des entreprises pour une ou plusieurs courtes périodes pour qu’ils découvrent un métier, reprennent contact avec le monde du travail, se forment avec un tuteur... L’objectif est là aussi de lancer une dynamique en faisant appel à la responsabilité sociale des entreprises pour accueillir des demandeurs d’emploi. Nous sommes en discussion avec la Fondation agir contre l’exclusion (FACE), présidée par Gérard Mestrallet, à l’origine de cette proposition, pour mobiliser les acteurs. On espère dégager très rapidement 5.000 places au sein de quelque 1.500 entreprises de toute taille.

Les sept syndicats de Pôle emploi ont appelé à une grève jeudi dernier (suivie par 16 % des agents) dans le cadre de la refonte de la classification des métiers à Pôle emploi. Que répondez-vous à leurs craintes ?

Il y a sur le sujet une attente forte, et légitime, du corps social. La classification actuelle est issue des ex-Assedic : elle date de 1995 et ne correspond plus aux métiers de Pôle emploi aujourd’hui. C’est une négociation complexe, qui avait échoué, il faut le rappeler, en 2011, et que nous avons relancée en janvier. Nous avons eu de nombreuses séances de négociations et avons communiqué notre premier projet, mercredi, aux syndicats. Il constitue un vrai progrès en redonnant de la visibilité et de la lisibilité sur les métiers et les carrières au sein de Pôle emploi. Il me paraît adapté à l’allongement des carrières lié au recul de l’âge de la retraite. Trente millions d’euros seront consacrés à cette refonte des grilles salariales, c’est un effort important dans le contexte budgétaire actuel. Je suis confiant dans notre capacité à parvenir à un accord qui pourrait entrer en vigueur dès le 1er janvier 2015.

Derek Perrotte

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