Pôle emploi dans les quartiers, c'est pas gagné

Depuis janvier, en application du plan Ayrault, Pôle Emploi a mis en place des permanences de ses agents dans certains centres sociaux de la ville. Entre grogne interne et difficultés de terrain, le dispositif a eu du mal à prouver sa pertinence en six mois d'existence. La direction attend l'automne pour en tirer un vrai bilan.

"C'est bien mal parti, cette histoire..." La sentence tombe de la bouche d'un délégué du personnel de Pôle emploi. Elle vient qualifier le dispositif expérimental mis en place par Pôle emploi dans 26 centres sociaux des zones urbaines sensibles de Marseille. Depuis janvier, des agents viennent y tenir des permanences, histoire de se rapprocher des "personnes les plus éloignées de l'emploi". Et, dans certains quartiers, la distance ne s'est pas vraiment réduite, bien au contraire. D'après nos informations, dans un des centres sociaux concernés, l'agent de Pôle emploi a carrément déserté les lieux, faute de rendez-vous avec personnes en recherche d'emploi.

"Elle a eu quelques rendez-vous au début mais les jeunes ne sont pas venus, nous glisse-t-on. Ensuite, elle n'en a plus eu du tout et comme elle n'a pas que cela à faire, elle n'est plus venue." Cet exemple anonyme illustre les quelques ratés du dispositif. Délégué Sud Solidaires implanté au Carré Gabriel dans le 14e arrondissement, Jean-François Robert acquiesce : "Je confirme l'absence ou le peu de rendez-vous. J'ai amené un journaliste de Zone interdite découvrir la permanence de la Maison pour tous de Félix-Pyat : il n'y avait personne. Le cahier des charges est trop restrictif. Aujourd'hui, l'immense majorité des personnes qui recherchent un emploi sont inscrits chez nous. Cela ne veut pas dire qu'ils n'en restent pas éloignés. Mais il ne suffit pas d'offrir une permanence pour les inciter à entamer des démarches d'insertion."

Informés mais pas connectés

Ces permanences sont censées permettre un premier contact aux personnes non inscrites. D'ailleurs, les agents n'ont pas accès au système intranet de l'agence qui pourrait leur permettre de délivrer des informations personnelles aux demandeurs d'emploi. "Moi, je trouve ça plutôt bien, modère Marion Dousse, directrice du centre social du grand Saint-Antoine qui accueille une permanence. Cela permet d'être sur le fond de la recherche d'emploi et non pas sur la forme et les questions d'indemnisation."

En interne, le dispositif a du mal à passer. Surtout que les collègues exilés ne sont pas là pour gérer le flux de chômeurs en souffrance. "Nous avons alerté la direction régionale dès avant le dispositif, raconte un salarié d'une agence des quartiers Nord. A quoi ça sert ? Si le gars ne vient pas au rendez-vous à Pôle Emploi, il fera pareil à une permanence dans un centre social. Et s'il s'agit d'un premier niveau d'information sur le dispositif de recherche d'emploi alors les animateurs Move sont tout à fait compétents pour le faire."

Move - pour mobilisation orientation vers l'emploi - est un surgeon des anciens Papej - pour point d'accueil de mobilisation et d'orientation des jeunes. Ce dernier dispositif a failli disparaître par pertes et profits avant de renaître sous cet acronyme. Ce sont ces animateurs, eux aussi présents dans les centres sociaux, qui sont censés orienter les personnes en recherche d'emploi vers les permanences. Or, leur mission d'information, d'orientation et de suivi individuels chevauche en grande partie celles de l'agent Pôle Emploi détaché un jour par semaine. "Ce n'est pas qu'une question de partenariat entre structures. C'est aussi une question de relations personnelles. Chez nous, cela se passe plutôt bien entre l'animateur Move et l'agent Pôle emploi. Ils fonctionnent comme un binôme, explique Marion Dousse. Maintenant je ne vais pas vous dire qu'ils croulent sous les rendez-vous." ​

Bilan d'étape à l'automne

Du côté de la direction régionale de Pôle Emploi, on ne sort pas le clairon de la victoire. On se précipite surtout pour dire que tout bilan est précipité. "C'est d'autant plus précoce que certaines permanences viennent tout juste d'être mises en place", précise Jérôme Marchand-Arvier, directeur régional adjoint. Nous avons convenu de faire un premier bilan à l'automne. Comme pour tout dispositif expérimental, il faut attendre qu'il monte en puissance. En tout cas, aujourd'hui, nous sommes au rendez-vous du déploiement avec 26 permanences installées." Le directeur a tout de même des chiffres à fournir à titre indicatif : "20 rendez-vous en deux mois au centre social du Grand Saint-Antoine. 20 en trois mois au Hauts de Mazargues et même 40 en deux mois à Kallisté." Ce dernier bon chiffre est à rapprocher du fait que cette permanence, située à Notre-Dame Limite, est très éloignée de l'agence de Bougainville dont elle dépend.

Ce que le directeur régional adjoint ne dira pas, c'est que la mesure est venue d'en haut sans être forcément souhaitée par les équipes de Pôle emploi. Ce qui, selon l'expression plus policée de Jérôme Marchand-Arvier peut se traduire par : "Nous nous inscrivons dans un dispositif préfectoral issu du plan Ayrault. Nous avons toujours dit qu'il faudrait lui laisser du temps." En coulisses, on murmure que l'idée d'un changement de méthode chemine jusque dans les hautes sphères avec l'idée que les rendez-vous individuels ne sont pas forcément la panacéen surtout quand il s'agit de présenter le site pole-emploi.fr à des personnes qui ne sont pas censées le connaître. Les permanences pourraient alors devenir des séances d'information collectives. Pour l'anniversaire du plan Ayrault à l'automne ?


Par Benoît Gilles



Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir