Jean Bassères, l'homme qui bouscule Pôle Emploi

A la tête de l'opérateur public depuis deux ans, ce haut fonctionnaire impose sa ligne musclée : partenariats avec les privés, réduction des coûts, etc...

Devant l'association des journalistes sociaux, vendredi, l’homme a été fidèle à sa réputation : incisif, direct, contre-attaquant sur les sujets sensibles. Tout sauf langue de bois, alors qu’il est à mi-chemin de son plan stratégique 2012-2015, en phase « de consolidation » précise-t-il. C’est sans doute cette capacité à trancher dans le vif qui l’a propulsé fin 2011 à la tête de Pôle Emploi. Un poste stratégique pour cet ex-chef de l’inspection des finances de 53 ans, qui a passé l’essentiel de sa carrière à Bercy, aux ministères des Finances et du Budget.

La mission de ce proche de Michel Sapin est lourde : moderniser la lourde machine de l’opérateur public, alors que la conjoncture dégradée voit affluer des milliers de chômeurs supplémentaires. Pour sa deuxième convention Unedic, Jean Bassères est servi. Suite à l’accord interprofessionnel du 22 mars sur l’assurance chômage, Pôle Emploi va devoir intégrer deux modalités majeures : les droits rechargeables et la transformation de l’activité réduite. Autant de données que les 30.000 conseillers vont devoir maîtriser. Un lourd chantier, même si l’accord prévoit un délai supplémentaire pour la mise en œuvre, décalée du 1er juillet au 1er octobre. « Au moins deux à trois jours de formation initiale seront nécessaires » pronostique Jean Bassères, qui souligne que les formations internes ont augmenté de 13% en 2013.

Face aux critiques sur le manque d’efficacité de Pole Emploi, le directeur général met en avant les changements opérés : « Aujourd’hui, nos indicateurs montrent que 80% des demandeurs d’emploi sont satisfaits, certes il en reste 20%, nous avons des marges de progrès ». L’homme défend avec vigueur son bilan : « Il y a deux ans, nous n’avions qu’une seule offre de services, les choses ont changé ». Quatre modalités d’accompagnement existent désormais en fonction du profil du chômeur : guidée, suivie, renforcée et, depuis peu, globale. « Notre enjeu est de faire plus sur l’accompagnement renforcé, avec 3400 conseillers dédiés » indique Jean Bassères. Pour l’accompagnement global, qui vise les demandeurs en difficulté sociale, une convention a été signée il y a quelques jours avec l’Association des départements de France (ADF). L’idée : créer des binômes avec les conseils généraux. Trois départements l’expérimentent (Doubs, Indre & Loire, Corse du Sud). Dix-sept autres devraient suivre.

Autre révolution pour Pôle Emploi : les partenariats avec les moteurs de recherche privés d’offres d’emploi. « D’ici la fin de l’année, on aura sur notre site 50% d’offres Pôle Emploi et 50% de partenaires » assure Jean Bassères. Un sujet – parmi d’autres - le fait sortir de ses gonds : la mise en cause des service informatique de Pôle Emploi, étrillés lors du « bug SFR »d'août 2013. Il n’a portant pas hésité à couper fin décembre la tête de sa directrice des statistiques, Hélène Paris (nommée depuis secrétaire générale du Conseil d’analyse économique). « La Direction des systèmes informatiques (DSI), un Etat dans l’Etat ? C’est complètement faux » s’est-il emporté. Sur la polémique des indus (les trop perçus que les chômeurs doivent rembourser à Pôle Emploi), Jean Bassères refuse d’être marqué au fer rouge : « Oui, il y a mécaniquement des indus sur les activités réduites, s’est-il défendu, mais les indus représentent 800 millions d’euros sur 35 milliards d’indemnités ». Il promet néanmoins des améliorations. Jean Bassères veut aussi être l’homme des économies. « En deux ans, on a crée 400 CDI mais on a fait 15% de baisse de coût de fonctionnement » assure-t-il.

 Par Marion Kindermans - 11 avril 2014



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