Quand Pôle emploi travaille main dans la main avec ses concurrents privés

Pour rendre un meilleur service aux chômeurs, l'agence diffuse sur son site Internet des offres d'emploi issues de moteur se recherche privés. Un partenariat gagnant-gagnant.

Parce que la France compte plus de 3,3 millions de chômeurs - et même près de 5 millions en incluant les demandeurs d'emploi en activité réduite -, Pôle emploi propose depuis l'été 2013 sur son site Internet des offres d'emploi venant d'annonceurs privés, comme Keljob ­(propriété du Groupe Figaro), Meteojob, Regionsjob, Viad.o, Multi­posting-Work4, etc. En tout, l'opérateur a signé à ce jour quinze partenariats. Une vraie révolution. L'agence a pris acte il y a deux ans du développement des sites privés - ces derniers captaient, avant l'opération, plus de 70% des offres publiées -, et a choisi d'en tirer le meilleur parti dans l'intérêt des chômeurs. «Ces partenariats permettent aux demandeurs d'emploi de disposer de davantage d'offres, le tout sur un site unique», explique Quentin Duvivier, responsable du département développement de la relation avec les entreprises chez Pôle emploi.

180.000 offres par jour

Désormais, 25% des offres ­figurant sur pole-emploi.fr viennent des partenaires privés. Résultat, le site diffuse aujourd'hui 180.000 offres par jour, contre 130.000 il y a un an. «Nous avons accru le stock en général et proposons davantage d'annonces dans des domaines où nous étions plus faibles, comme les métiers de l'industrie, ou sur certaines zones ­géographiques, grâce par exemple au site ciblé sur le Languedoc-Roussillon emploilr.com», ajoute Quentin Duvivier. L'agence ne compte pas s'arrêter là: «Nous visons les cinquante partenaires. L'ambition est d'avoir, fin 2014, au moins 250.000 offres chaque jour, dont la moitié venant de nos partenaires», précise Quentin Duvivier.

Partenariat non payant

Quel est l'intérêt pour les sites privés? Accéder à l'audience du site pole-emploi.fr, qui attire 5,5 millions de visiteurs uniques par mois. Le tout gratuitement: l'échange de données est un partenariat non payant. Les sites privés décident quelles annonces ils reroutent vers pole-emploi.fr. Un filtre indispensable car certaines offres ne sont pas destinées à un public large. Mais qui ne suffit pas toujours. «Keljob, qui est une plateforme généraliste, a noué le partenariat avec Pôle emploi. Mais pas cadremploi.fr car il s'agit d'un site pour les cadres et les dirigeants. Dans ce cas, les recruteurs ne veulent pas recevoir des candidatures peu adaptées», rapporte Thibaut Gemignani, directeur général de Keljob et Cadremploi.

Service complet

En miroir, Pôle emploi commence à diffuser ses propres offres chez ses partenaires. «Nous pourrons alors proposer le service le plus complet à nos visiteurs», se réjouit Thomas Allaire, le PDG de Jobijoba, un site agrégeant des offres et qui fournit la solution technique au partenariat.
Mais, dans ce sens, l'exercice trouve une limite: les offres estampillées Pôle emploi et destinées en priorité aux chômeurs peuvent être saisies par des personnes en poste qui fréquentent beaucoup plus les sites privés. Néanmoins, l'heure reste à l'échange: Pôle emploi travaille à un projet consistant à diffuser les CV présents sur son site à ses partenaires. L'époque où l'ANPE, l'ancêtre de Pôle emploi, campait sur son monopole est bel et bien révolue.

Cécile Crouzel



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