L’insolente réussite du Pôle emploi transfrontalier de Kehl

«Je passais par hasard, on m’a reçu tout de suite, et le lendemain j’avais un entretien d’embauche": comme près de 220 chômeurs alsaciens depuis un an, Christian Schmitt vient de trouver un travail en Allemagne grâce à un service transfrontalier de Pôle Emploi, installé à Kehl, à quelques mètres de la France.

Demandeur d’emploi depuis l’automne dernier, ce couvreur-zingueur de 38 ans, qui réside à Strasbourg, doit prendre début mai ses fonctions chez son nouvel employeur à Kehl, dans la banlieue allemande de la capitale alsacienne. «Ca s’est fait très rapidement», raconte M. Schmitt, qui se dit lui-même étonné. Il était passé «par hasard» au Pôle Emploi de Kehl un jour où il faisait ses courses en Allemagne. «Ils m’ont dit que mon profil était très recherché, ils ont appelé tout de suite l’employeur, et voilà. J’ai un CDI avec deux mois d’essai», résume-t-il.

Inauguré en février 2013 au bord du Rhin, avec vue sur la rive française du fleuve, le service de placement transfrontalier réunit dans un même local conseillers de Pôle Emploi et de l’Arbeitsamt, son homologue allemand. «L’idée est de proposer aux employeurs une réponse intégrée et un interlocuteur unique», explique Marlyce Breun, chargée des questions internationales à Pôle emploi Strasbourg. «Le but du service n’est pas de placer à tout prix des demandeurs d’emploi français en Allemagne. Mais de s’ouvrir à toutes les possibilités pour satisfaire au mieux les offres», résume-t-elle.

Avec un taux de chômage de seulement 3,6% dans la région allemande de l’Ortenau, contre 10,6% à Strasbourg et ses environs, «il y a très clairement des opportunités d’embauches en Allemagne», selon Mme Breun, en tout cas pour les 31% de chômeurs alsaciens qui déclarent maîtriser correctement la langue allemande.

"Quatre offres, c’est extraordinaire"

Les secteurs qui recrutent sont avant tout «l’industrie, le bâtiment, le transport et la logistique», énumère Anne François, une des conseillères de Pôle Emploi basées à Kehl. Pour autant, le marché allemand de l’emploi ne doit pas susciter trop d’"illusions», prévient la conseillère, dont le bureau est équipé de deux ordinateurs - l’un relié à la base de données de Pôle Emploi, l’autre à celle de l’Arbeitsamt. «Par exemple, au-delà de 50 ans, c’est difficile de trouver un travail, en France comme en Allemagne. Mais j’ai quand même placé un monteur de cuisine âgé de 60 ans».

Lors d’un premier rendez-vous, Jean-Claude Machnik, un Strasbourgeois de 56 ans qui cumule «trois ans de chômage et de petits boulots», est reparti avec quatre offres d’emploi de magasinier ou d’ouvrier. «Quatre offres, c’est énorme, extraordinaire», s’émerveille-t-il, sans savoir encore toutefois si sa recherche aboutira.

Depuis un an, la structure a pris en charge quelque 600 demandeurs d’emploi, majoritairement résidant en Alsace, dont 220 environ ont trouvé un emploi en Allemagne. Un taux de placement très élevé, mais à relativiser. Car ne sont gérés à Kehl que les dossiers issus d’un premier tri: il s’agit uniquement de chômeurs maîtrisant l’allemand, et qui se sont déclarés intéressés par la perspective d’un emploi frontalier.

Si leur profil semble correspondre à des emplois recherchés en Allemagne, les chômeurs sont immédiatement orientés vers le bureau d’un conseiller allemand, chargé des relations avec les employeurs. Le cas échéant, celui-ci contacte immédiatement les entreprises pour leur proposer une candidature. «Les employeurs ici apprécient les Français, mais ils sont souvent déroutés par leur formation, plus théorique et moins pratique que celle des salariés allemands», explique Richard Nückles, en charge à l’"Arbeitsamt» des offres émanant de l’industrie métallurgique.

«La formation est différente, mais les Français ont un vrai potentiel. Surtout dans les domaines où le recrutement est difficile !», conclut M. Nückles.


AFP

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