Comment Pôle emploi tente de détecter les fraudes à l'allocation chômage

Pôle emploi a détecté 100 millions euros de fraudes en 2013. Comment l'opérateur fait-il pour repérer et prévenir ces escroqueries ? Quelles pistes sont envisagées pour améliorer ces contrôles ? Explications.

Emploi fictif, fausses fiches de salaires, non-déclaration des périodes d'activité, les fraudeurs aux allocations chômage ont recours à de nombreuses techniques pour escroquer Pôle emploi (la Cour des comptes en a recencé 45 dans son dernier rapport). En 2013, le montant de ces préjudices subis s'élève à 58 millions d'euros, rapporte ce lundi le Parisien-Aujourd'hui-en-France . Bien que ce chiffre paraisse très faible par rapport au montant total des allocations versées (33 milliards d'euros en 2012), Pôle emploi ne parvient pas à inverser la tendance.

En effet, le montant de ces fraudes n'a cessé d'augmenter ces dernières années: la somme des allocations versées à tort a été multipliée par six depuis 2009 quand celle des escroqueries évitées a été multipliée par quatre. «Mais c'est une augmentation à relativiser, justifie un porte-parole de Pôle emploi. Il faut prendre en compte l'augmentation du nombre de demandeurs d'emploi de ces dernières années et le fait que nous détectons de mieux en mieux ces fraudes». Reste que 58 millions d'euros ont atterri dans de mauvaises poches en 2013, un montant plus élevé que celui des préjudices évités (42 millions d'euros). Pôle emploi est donc loin de repérer tous les escrocs.

Des auditeurs chargés de traquer les fraudeurs

Il est pourtant demandé aux conseillers d'être très vigilants sur les documents fournis par les demandeurs d'emploi lors de leur inscription ou lors de tout changement de situation. Attestation d'employeur, carte vitale, pièce d'identité, Pôle emploi demande systématiquement les documents originaux. Et dès que le conseiller a un doute, il en fait part à des agents spécifiquement chargés de lutter contre la fraude: les auditeurs. Leur travail consiste à faire des vérifications auprès des Urssaf (qui peut transmettre la déclaration préalable à l'embauche), de la Caf ou encore de l'Assurance maladie. «Par exemple, on peut vérifier qu'un demandeur d'emploi ne touche pas à la fois des indemnités chômage et la retraite auprès de l'assurance vieillesse», détaille le porte parole.

Depuis la fin de l'année 2013, les auditeurs peuvent également accéder au fichier national des comptes bancaires et assimilés (Ficoba) qui sert à recenser les comptes de toute nature (bancaires, postaux, d'épargne…) sur le territoire français. Par exemple, «si une personne se déclare insolvable pour rembourser le montant du préjudice, nous pouvons vérifier si elle n'a pas d'autres comptes en banque», explique-t-on à Pôle emploi.

Pister les demandeurs d'emploi à l'étranger

Peut mieux faire, dit toutefois la Cour des comptes dans son rapport annuel publié début février. Pôle emploi étudie donc de nouvelles pistes anti-fraude. Un dispositif de pistage des internautes via leur adresse IP est actuellement testé dans plusieurs régions de l'Hexagone. Cet outil permet entre autres d'identifier des demandeurs d'emploi qui auraient durablement quitter le pays tout en continuant à percevoir leurs allocations. Selon le réglement de Pôle emploi, toute absence de plus de sept jours doit être déclarée et un demandeur d'emploi ne peut déposer plus de 35 jours de congés par an.

Autre piste envisagée, le «dataming» (Comprendre «exploration des données»). Déjà utilisé par la Caf, ce procédé qui permet de détecter automatiquement des profils de chômeurs les plus susceptibles de frauder grâce à des modèles statistiques. Alors que les contrôles s'appuient actuellement sur des dossiers choisis de façon aléatoire, cette technique permettrait de scanner ceux qui présentent le plus de risque.

Collaborer avec des opérateurs téléphoniques

Enfin, l'opérateur réfléchit aussi à l'une des recommandations de la Cour des comptes: avoir accès aux données personnelles des abonnés EDF et des opérateurs téléphoniques. «Ça serait un bon moyen de vérifier une adresse postale», laisse-t-on entendre au siège.


Caroline Piquet


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>> Hausse de la fraude au chômage en 2013 | Le Figaro.fr | 24/02/2014

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