Pôle emploi va continuer de recourir aux cabinets de placement privés

Malgré les polémiques, Pôle emploi a décidé de continuer à recourir aux cabinets privés de placement pour suivre certains chômeurs. Dans une délibération adoptée mercredi 12 février en conseil d'administration, et que Le Monde s'est procuré, l'organisme a choisi de maintenir pour les prochaines années à 130 millions de euros son budget annuel de dépenses en opérateurs privés de placement (OPP).

En 2012, 240 000 chômeurs sont passés par ces organismes privés pour un ou plusieurs mois. Les OPP se chargent de suivre les chômeurs de façon renforcée, et sont souvent rémunérés aux résultats, en fonction du nombre de chômeurs placés.

Depuis le début du recours au privé, en 2007, la démarche est critiquée par certains syndicats. Les OPP affichent en effet des résultats moins bons que ceux des agents de Pôle emploi pour placer les chômeurs, selon les études de l'organisme. Par ailleurs, plusieurs OPP ont fait faillite ces dernières années après avoir rapidement grossi. Dernier exemple en date : le placement en redressement judiciaire d'une des sociétés de C3 consultants, un des plus gros acteurs du marché.

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Selon les informations du Monde, Pôle emploi a ainsi accepté mercredi 5 février de verser 3,5 millions d'euros d'avance sur marchés à son prestataire pour lui éviter la liquidation. "On ne pouvait pas laisser les chômeurs sans suivi", plaide une source au sein de la direction. C3 Consultants a pourtant fait l'objet de sanctions de la part de l'Etat en raison de soupçons de fraude sur plusieurs marchés en Seine-Saint-Denis.

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Auparavant, deux autres entreprises, Claf et Initiative, avaient eux aussi mis la clef sous la porte après avoir été sanctionnés par Pôle emploi pour non respect du cahier des charges. Malgré ces critiques, les défenseurs du recours au privé estiment que Pôle emploi a besoin de ces organismes, notamment pour digérer la forte hausse du nombre de demandeurs d'emplois ces dernières années.

"Le privé est plus flexible que Pôle emploi pour faire face à la variation du nombre de chômeurs", défend un membre du conseil d'administration. Les prestations privées sont bien souvent une soupape pour les conseillers qui peuvent orienter les chômeurs vers ces OPP à défaut d'offres d'emploi suffisantes.

Pour éviter que se reproduisent les ratés de ces dernières années, Pôle emploi a toutefois décidé mercredi de rendre ses prochains appels d'offres moins contraignants administrativement pour les OPP. "Les cahiers des charges seront allégés et moins prescriptifs. En contrepartie, le contrôle qualité des prestations sera renforcé", assure ainsi la délibération. Les OPP critiquent régulièrement la forte variation du nombre de chômeurs envoyés par Pôle emploi. Ils justifiaient ainsi leur recours massif aux CDD pour recruter leurs conseillers. "On va leur donner de la visibilité en s'engageant sur des flux minimum de chômeurs", assure un membre de la direction.

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Par ailleurs, Pôle emploi devrait dorénavant envoyer vers les OPP les chômeurs les moins en difficultés, contrairement aux pratiques actuelles. "L'accompagnement renforcé des chômeurs les plus éloignés de l'emploi est notre cœur de métier", explique un membre de la direction. Les prestataires privés seront surtout utilisés pour suivre les "chômeurs les plus autonomes" ou ceux ayant "des besoins spécifiques", précise la note. Les cadres devraient ainsi devenir les principaux bénéficiaires de ces prestations privées.

Côté financier, la rémunération des OPP sera moins liée aux résultats, ce qui poussait certains opérateurs à tricher. La délibération parle ainsi "d'une rémunération forfaitaire", y compris en cas d'"abandons" des chômeurs pendant la prestation et surtout d'un "allongement" des appels d'offres. Les OPP étaient en effet souvent contraints à de coûteux investissements immobiliers pour accueillir les chômeurs, et n'avaient pas le temps de les rentabiliser avant la fin du marché.

@ Jean-Baptiste Chastand pour Le Monde

PI ChastandJean-Baptiste Chastand

Journaliste au Monde depuis 2009, je m'occupe des questions d'emploi et de social au sein du service politique depuis septembre 2011. Auparavant, je travaillais sur les desks du site Internet. Passé du "web" au "bimédia", du HTML au PLFSS, je n'en garde pas moins un attachement pour tout ce qui se rapproche de près ou de loin du journalisme en ligne.

>> Le blog de Jean-Baptiste Chastand (Le Monde) | En quête d'emploi





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