C3 Consultants : le fiasco d’un opérateur de placement

En 2007, au début du quinquennat de Nicolas Sarkozy, pour faire face à la crise de l’emploi, le gouvernement avait engagé le processus de fusion de L’ANPE et de L’UNEDIC. Parallèlement ces 2 organismes, qui allaient donner naissance au fameux Pôle emploi, se voyaient obligés d’avoir recours à des opérateurs de placement ( OPP). Ces entreprises privées devaient prendre en charge le reclassement de certaines catégories de chômeurs. Selon certaines organisations syndicales, il s’agissait plutôt de les faire disparaître des fichiers de demandeurs d’emploi.

Cette mesure phare du plan « Espoirs banlieues », lancé en février 2008 par Nicolas Sarkozy, devait principalement s’appliquer à 60 000 « jeunes ». Issus des zones urbaines sensibles, principalement de Seine-Saint- Denis, le but était de les « accompagner vers l’emploi »durant une période de 6 a 12 mois.

Ce marché des OPP a explosé depuis, les socialistes continuant la même politique. Ainsi, en 2012, 240 000 chômeurs sont passés par ces organismes. Ceci a coûté plus de 300 millions d’euros à Pôle emploi, sans que les résultats en matière de reclassement soient améliorés.

Attirés par ces financements publics de nombreux OPP se sont créés, sans contrôle, comme cela s’était passé en matière de formation professionnelle.

Avec 600 salariés, le groupe C3 Consultants se prétend le leader français des opérateurs privés avec 255 sites regroupés en 4 sociétés. Son siège national est à Saint-Herblain où est aussi implanté le navire amiral du groupe C3 Atlantique. Spécialisé dans le suivi des chômeurs, C3 Atlantique aurait obtenu le plus de contrats avec Pôle emploi. Ces 2 dernières années, C 3 a racheté nombre de ses concurrents en faillite, qui avaient été sanctionnées par Pôle emploi, suite à des dossiers qui comportaient de fausses dates d’entretien, de fausses signatures de chômeurs…

Mais ces méthodes douteuses de reclassement étaient aussi pratiquées par C3 Consultants, particulièrement en Seine Saint-Denis. Après enquête de l’inspection du travail, il est apparu que, dès fin 2012, près de 40 % des dossiers « jeunes » étaient falsifiés ou tout simplement faux ! 70 % des embauches déclarées n’avaient pas eu lieu . Coût pour l’Etat 13 millions d’euros sur un marché de 22.

Toutefois C3, qui avait des relations au ministère du Travail, gardait son juteux marché, ses « fautes » étant minorées à 1,9 million d’euros. « Sur un marché de 22 millions, ça ne fait que 10% , c’est un taux très acceptable » devait déclarer Thierry Frère le patron de C3. Quant au Préfet à l’égalité des chances en Seine-Saint-Denis, il lâchait de son côté : « Cet accord est surprenant ça nous dépasse ». (Le Monde 3 février 2014).

Pendant plus d’un an, Pôle emploi allait continuer à financer des actions de reclassement à une société qui ne payait plus à l’URSSAF ses cotisations sociales et de chômage. Etonnante mansuétude.

Il y a moins d’un an, C3 obtenait un nouveau et important marché avec le conseil général de Loire Atlantique à l’initiative de Gérard Allard (élu PS du canton de Rezé Bouaye et candidat à la mairie de Rezé). L’assemblée débloquait 190 000 € pour réaliser 75 CV vidéos (de 45 secondes !) visibles sur son nouveau site internet dédié au recrutement. Les jeunes retenus pour cette expérience devaient bénéficier d’un « coaching intensif ». L’opération enthousiasmait alors Alain Robert, adjoint au maire de Nantes et vice-président ‘délégué aux solidarités et à l’insertion’ du conseil général. Il déclarait : « Avec le site et le coaching nous allons redonner confiance aux jeunes » (Ouest France 19 avril 2013). Las, ce fût un fiasco.

Aujourd’hui, le marché des cabinets de placement fait naufrage. C3 consultants qui se voulait « un spécialiste aux méthodes éprouvées » est en grande difficulté. Sa filiale nantaise vient de déposer le bilan, risquant ainsi de voir ses 150 salariés aller grossir les fichiers de Pôle emploi.





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