Le naufrage du marché des cabinets de placement

Les soupçons d'irrégularités ne sont pas les seules difficultés que rencontre C3 Consultants, qui prétend être le leader français des opérateurs privé de placements (OPP), avec près de 600 salariés. Selon les informations du Monde, son président, Thierry Frère, a annoncé vendredi 31 janvier en comité d'entreprise, qu'il allait mettre lundi 3 février en cessation de paiement C3 Atlantique, le navire amiral du groupe – constitué en tout de quatre sociétés.

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En procédure de conciliation depuis septembre, l'entreprise devrait être placée sous redressement judiciaire le 5 février par le tribunal de commerce de Nantes. M. Frère refuse de s'exprimer sur le sujet, mais selon un cadre du groupe, l'entreprise afficherait un endettement proche des 9 millions d'euros. Spécialisée dans le suivi des chômeurs, notamment pour Pôle emploi, C3 Consultants a grossi rapidement en rachetant successivement plusieurs de ses concurrents en faillite, comme CLAF ou le cabinet Initiative.

Deux entreprises qui ont fait l'objet de sanctions de la part de Pôle emploi pour leur non-respect du cahier des charges. Pour payer les OPP, Pôle emploi réclame des preuves que les entretiens ont bien eu lieu. « Nous avions 200 chômeurs à suivre, alors que cela ne doit normalement pas être plus de 60. Les dossiers faisaient l'objet de truandages avec des fausses dates d'entretiens ou des fausses signatures de chômeurs », raconte une ancienne conseillère d'Initiative, dont le patron, Franz Rubichon, a été embauché par C3 après le rachat.

COÛT TOTAL DE 300 MILLIONS D'EUROS POUR PÔLE EMPLOI

Le Monde s'est procuré plusieurs courriers de consultants de C3 envoyés à l'inspection du travail pour dénoncer des pratiques similaires. « Faire signer les chômeurs pour des rendez-vous qu'ils n'ont pas eu en les menaçant de radiation est courant, défend une déléguée syndicale de C3, sous couvert d'anonymat. Mais je dois avouer que les salariés collaborent dans leur majorité, soit parce qu'ils tiennent à leur poste, soit parce qu'ils se disent que c'est le juste retour des choses parce que les cahiers de charges ne permettent pas de vivre décemment. »

Un conseiller raconte notamment que les dossiers d'Initiative récupérés pas C3 font actuellement l'objet de traitement pour être facturés à Pôle emploi : « Beaucoup ont des anomalies de date et ne sont pas facturables. Nous réécrivons les comptes-rendus des autres pour les rendre présentables. »

Le marché des OPP a explosé depuis 2007 et le début du recours aux entreprises privées par l'ANPE et l'Unedic. En 2012, 240 000 chômeurs sont passés par un organisme privé, pour un coût total de 300 millions d'euros pour Pôle emploi. L'organisme a ouvert une grande consultation cet hiver avant de lancer ses nouveaux appels d'offres pour remplacer ceux attribués en 2011 qui arrivent à terme d'ici la fin de l'année.

La logique de la direction est de réduire le recours à ces OPP, dont les résultats en termes de retour vers l'emploi ne sont pas meilleurs que Pôle emploi, selon les études de l'organisme. Le naufrage économique de plusieurs gros acteurs du secteur plaide également en ce sens.


@ Jean-Baptiste Chastand pour Le Monde

PI ChastandJean-Baptiste Chastand

Journaliste au Monde depuis 2009, je m'occupe des questions d'emploi et de social au sein du service politique depuis septembre 2011. Auparavant, je travaillais sur les desks du site Internet. Passé du "web" au "bimédia", du HTML au PLFSS, je n'en garde pas moins un attachement pour tout ce qui se rapproche de près ou de loin du journalisme en ligne.

>> Le blog de Jean-Baptiste Chastand (Le Monde) | En quête d'emploi





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