Quatre mois ferme requis contre le preneur d'otages d'une agence de Pôle emploi

Le ministère public a requis trois ans d'emprisonnement dont quatre mois ferme à l'encontre d'un homme qui avait pris en otage, en octobre 2011, deux dirigeants d'une agence du Pôle emploi, l'agresseur évoquant un accueil indélicat mais aussi une série de revendications décousues.
L'homme ayant déjà passé quatre mois en détention provisoire ne retournera pas en prison si le tribunal correctionnel de Paris suit les réquisitions du procureur, Patrick Gendre, qui a réclamé une obligation de soins. La décision a été mise en délibéré au 13 février. « Aujourd'hui, je pense que c'était disproportionné, malvenu », a dit l'homme à l'audience, estimant que le geste pouvait « passer pour l'acte d'un déséquilibré ».

En possession d'une arme factice, il s'était enfermé dans le bureau de la directrice de l'agence du Pôle emploi de la rue Pelée, dans le 11e arrondissement de Paris, en compagnie de celle-ci et du sous-directeur. Il était resté près de cinq heures sur place, avant de se rendre en douceur aux forces de l'ordre.

Entre-temps, il avait contacté le site Rue89 par téléphone et envoyé un long courrier électronique reprenant ses revendications, décousues et sans lien les unes avec les autres. Il était notamment question de « la machine à broyer Pôle emploi », de l'inaccessibilité aux soins de santé pour un tiers des Français, des fermetures d'écoles ou des activités « ultra-sionistes » et du sort des Palestiniens.

« POUR ÊTRE SÛR DE SE RETROUVER DANS LES MÉDIAS »

A l'audience, cet homme de 47 ans de corpulence imposante a justifié son geste par les conditions d'une précédente visite à l'agence, qui l'avaient vivement contrarié. Lors de ce premier passage, après un malentendu, il avait pris à partie la directrice. Elle l'avait confié à un conseiller pour un entretien avant d'appeler la police, qui l'avait accompagné à l'extérieur de l'agence.

« Je me suis dit : vous pouvez vous retrouver comme un criminel simplement en essayant de faire avancer les choses », a expliqué l'homme à l'audience. Quant aux autres motivations qu'il avait exposées lors de la prise d'otages, le prévenu s'est montré confus. Pour lui, il s'agissait « d'un argumentaire pour être sûr de [se] retrouver dans les médias ».

Présents à l'audience, les deux dirigeants de l'agence ont fait part de leur traumatisme lié à ces faits. « Je ne savais pas du tout comment ça allait finir », a décrit la directrice de l'agence qui, affectée, est passée à mi-temps. Le psychiatre qui a examiné le preneur d'otages lors de la procédure a évoqué une « personnalité complexe, où le narcissisme égocentrique côtoie l'altruisme autodestructeur ».

« Je n'ai pas ressenti [à l'audience] le sentiment d'avoir causé un traumatisme durable. Et ça c'est inquiétant », a observé le procureur. Pour lui, « il n'y a pas de lien entre cette difficulté qu'il y a eu à Pôle emploi et ces faits. Ça vient d'autres éléments qui ont structuré sa personnalité », a-t-il ajouté, évoquant notamment le suicide de sa mère alors qu'il était adolescent.

Dès lors, « il a un travail à faire [sur lui-même]. Sans cela, il reste un risque », a fait valoir le représentant du ministère public. « C'était un homme fragile, c'était un homme fragilisé par la vie. C'était une boule de détresse », a plaidé Nathalie Senyk, conseil du preneur d'otages, pour expliquer son geste.

 avec AFP



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