Bug SFR sur les demandeurs d'emploi : le patron de Pôle emploi reconnaît implicitement sa responsabilité en virant sa directrice des Statistiques

Jean Bassères, le directeur général de Pôle emploi, aurait fait porter la responsabilité des dysfonctionnements du site à Hélène Paris, sa directrice des statistiques.

Le fameux "bug à SFR", comme l'appelle pudiquement la Presse, continue de faire de grosses vagues à... Pôle Emploi. Dernière victime en date, selon nos informations, Hélène Paris, la responsables des Statistiques, des Études et de l’Évaluation, un des services les plus sensibles et les plus puissants de Pôle Emploi (PE), vient de se faire éjecter par Jean Bassères, le directeur général de PE.

Comme Atlantico le révèle aujourd'hui, le limogeage a eu lieu dans la première quinzaine d'octobre et à l'intérieur de Pôle Emploi, et personne  n'a moufté tant le coup porté à la patronne des "stats" a été considéré comme violent et susceptible d'être suivis par d'autres.

Preuve s'il en est que le fameux bug du mois d'août a aussi concerné le service public de l'emploi, Jean Bassères n'a pas hésité une seconde à "couper la tête" d'Hélène Paris, sa petite protégée. Il faut savoir que Bassères venait tout juste de la recruter en lui déroulant le tapis rouge.

Petit retour en arrière. Nommé fin 2011 par Nicolas Sarkozy à la tête de Pôle Emploi, Jean Bassères, haut fonctionnaire classé à gauche (il a même dirigé durant quelques jours le cabinet de Laurent Fabius à Bercy avant de se faire remercier pour cause d'incompatibilité d'humeur)  fait venir autour de lui une poignée de fidèles de l'Inspection des Finances pour diriger la maison.

Conforté à son poste après l'élection de François Hollande, il décide alors de se séparer de son directeur des Statistiques afin de se mettre en capacité de "mieux répondre" aux exigences présidentielles en matière de baisse du chômage.

Il faut savoir, en effet, que cette direction ultra sensible comme on l'a déjà vu, a la haute main (avec la DARES, une direction du ministère du Travail) sur les chiffres du chômage. Et en matière de chiffres, Bernard Ernst, un Alsacien qui occupe le poste depuis de longues années, a la réputation, selon un de ses proches, d'être "particulièrement strict et rigoureux".  Et, ajoutent des mauvaises langues, "d'être un peu trop à droite aux yeux de Jean Bassères".

Résultat : Ernst se voit aiguillé vers  l'Inspection générale de Pôle Emploi, corps de contrôle également baptisé le "cimetière des éléphants", et il est remplacé par Hélène Paris, qui occupait le poste très exposé de directrice de cabinet du patron de l'Insee.

Réputée plus proche de la gauche, Hélène Paris est donc présentée en février dernier aux cadres de la Direction générale comme "la meilleure spécialiste ès statistiques de Paris". Sauf que rapidement, cette forte en calcul va, selon des indiscrétions internes, se voir dépasser par la complexité du système maison. Informatique, interface avec les agences, mode de prise en compte des données... tout est, paraît-il, ultra complexe à Pôle Emploi. Et privée de l'expérience de son prédécesseur, l'inspectrice générale de l'Insee a , semble-t-il, tôt fait de perdre son latin.

Comme le révèle le Le Parisien, une première panne géante paralyse l'informatique de Pôle Emploi le 14 mai 2013. Tout est fait pour étouffer l'affaire, rapporte le journal. Rebelote les 25, 26 et 27 août derniers avec une mise en rideau du site informatique au moment précis où s'inscrivent et s'actualisent les chômeurs. Le site est totalement inaccessible  et la direction générale se voit contrainte de poster un tweet "suite à un dysfonctionnement du site de Pôle Emploi.fr nous mettons tout en œuvre pour résoudre le problème". Mais bizarrement la presse passe à côté de ce nouveau loupé. Excepté le quotidien Sud Ouest, qui donne la parole à un syndicaliste confirmant que  "la panne peut avoir eu une incidence sur les radiations et les inscriptions".

Et quand Jean Bassères accusera (tout en prenant habilement une partie de la responsabilité) SFR d'être à l'origine du bug ayant entraîné la baisse de 50 000 chômeurs en août, aucune rédaction ne fera le lien avec le grave incident survenu quelques jours plus tôt à Pôle Emploi. En termes de communication, c'est plutôt bien joué. Sauf pour Hélène Paris, qui paye aujourd'hui seule les pots cassés... "C'est incontestable, confie un cadre de PE à Atlantico, Hélène Paris ne maîtrisait pas la machine. Pour sauver sa propre tête, Jean Bassères n'a pas hésité à trancher celle de sa directrice".

De fait, courant octobre, Stéphane Ducatez, un ancien collaborateur de Bernard Ernst, se voit confier l’intérim de la Direction des Statistiques. Hélène Paris, elle, est rétrogradée au rang de "chargée de mission" en attendant de trouver une autre affection, y compris et surtout à l'extérieur de Pôle Emploi.






 


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