Cadre placardisée: Pôle emploi condamné

albi - «J’ai toujours eu confiance dans le conseil des prud’hommes, émanation des salariés et des entreprises, dont le rôle est extrêmement important. Dans le même temps, je n’étais pas sûre du tout. Il n’était pas simple de condamner Pôle emploi.» Pour la plaignante, c’est à sa connaissance «une première, en tout cas en Midi-Pyrénées». Patricia Apicella, 48 ans, se dit «soulagée» en apprenant que le conseil des prud’hommes d’Albi a condamné Pôle emploi à lui verser 10 000 € de dommages et intérêts, ainsi qu’aux dépens, pour «rupture des obligations conventuelles» à son égard.

Ex-directrice de l’ANPE à Millau habitant Saint-Sernin-sur-Rance, après la fusion Assedic/ANPE, Patricia Apicella a été nommée chargée de mission à la direction territoriale de Pôle emploi à Albi en 2008.

En fait de missions, elles se sont réduites en peau de chagrin. «À la fin, Pôle emploi ne me faisait plus rien faire. Exclue des listes de diffusion, des réunions, on m’enlevait mes compétences une après l’autre», se souvient cette Aveyronnaise. Par ailleurs ancienne porte-parole du syndicat Sud en Midi-Pyrénées, cette cadre poursuivait son employeur pour l’avoir ainsi «placardisée» entre 2009 et 2012; mise au placard elle-même constitutive «de harcèlement» à son encontre. Doléance prise en compte par la justice, en l’espèce les prud’hommes. «C’est une bonne nouvelle. On a accordé foi en ma parole et j’ai été reconnue comme victime et pour ce que j’ai vécu», dit la plaignante, pour qui cette décision est «symboliquement extrêmement importante».

«Servir d'exemple»

Patricia Apicella ne pense pas avoir été une victime collatérale de la fusion entraînant des doublons à certains postes de Pôle emploi, mais plutôt d’un supérieur «qui n’a pas supporté» son rôle de syndicaliste: «Je n’ai jamais été une béni-oui-oui.»

Le délibéré rendu mardi après-midi fait suite à l’audience du 15 octobre, la troisième. Les prud’hommes n’ayant pas réussi à se mettre d’accord, un nouvel examen du dossier a eu lieu avec un juge départiteur, qui a fini par donner raison à Mme Apicella.

Depuis, elle a pris d’autres fonctions toujours à Pôle emploi à Gap (Hautes-Alpes), où «ça se passe bien». Patricia Apicella espère que son exemple servira à d’autres victimes potentielles du harcèlement : «Il y a d’autres moyens pour faire valoir ses droits que de se faire du mal», dit-elle, allusion à «un autre cadre de Pôle emploi en Rhône-Alpes, qui s’est jeté en septembre sous les roues du TGV qui l’emmenait à son poste à Paris. Le chômage, c’est important. Le gouvernement, la société, mettent la pression sur Pôle emploi, pression qui redescend sur les salariés, jusqu’aux conseillers surbookés. Moi, j’ai eu la chance d’être très entourée, par ma famille, le syndicat et de ne pas me laisser faire. Pas évident non plus d’avoir la force morale d’endurer une procédure qui a duré deux ans depuis novembre 2011.»

Pôle emploi a un mois pour faire appel. Son avocate, Me Marie Monroziès-Moreau, contactée par «La Dépêche du Midi», «ne souhaite pas faire de commentaires sur cette affaire».

Alain-Marc Delbouys



Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir