Quand le pompier de l'emploi recrute

Pôle Emploi boucle son plan d'embauche de 4.000 conseillers. Parmi eux, Yannick et Dominique ont rejoint le front de la crise.

Elles se surnomment, entre elles, la "promotion Ayrault". Un nom prononcé avec un franc sourire, tranchant, en ces temps mouvementés, avec l'impopularité record de l'exécutif… Yannick Polycarpe et Dominique Vacherie font partie des 4.000 nouveaux conseillers Pôle emploi recrutés à la demande du gouvernement. Toutes deux ont signé leur CDI en août, à l'agence Saint-Michel de Toulouse, classée en zone urbaine sensible (ZUS). "Une bouffée d'air frais!" reconnaît le directeur, Anouar Krouk, qui embauche 36 agents – dont 6 nouveaux – pour traiter les dossiers de 4.700 demandeurs d'emploi, toutes catégories confondues.

La première, 33 ans, master de psychologie et de sociologie en poche, a officié comme assistante ressources humaines dans une entreprise privée. La seconde, 34 ans, titulaire d'un diplôme d'État de conseillère en économie sociale et familiale, a fréquenté le public des travailleurs handicapés, des détenus et celui sensible aux addictions. Toutes deux ont connu le chômage, les contrats à la chaîne, les rendez-vous en agence… avant de passer de l'autre côté. Sur le front d'une crise qui s'éternise.

L'idée de postuler a germé dans la tête de Yannick grâce à sa conseillère Pôle emploi. "Je voulais apporter ma pierre à l'édifice, me sentir utile." Dominique, elle, a quitté un CDI pour rejoindre l'organisme public, avec lequel elle travaillait déjà en partenariat. Comme la plupart des nouveaux arrivants, leur aventure a commencé par un CDD de quelques mois, encadré par un tuteur et une formation de six semaines en alternance, dont un module "gestion des conflits", pour adapter leur posture et leur voix face aux incivilités. Garantie de sang neuf, elles ont entre 30 et 35 ans. "La moyenne d'âge des recrutés, contre 43 ans pour Pôle emploi au global, avec un salaire net débutant à 1.200 € sur 14,5 mois, souligne Bernie Billey, déléguée centrale CFDT. Mais nous avons aussi insisté pour que des seniors soient embauchés."

"On nous prend pour des planqués"

Dynamiques et pimpantes, Yannick et Dominique expérimentent depuis le début de l'année un Pôle emploi "new look", réorganisé pour gérer l'afflux des demandes (lire ci-dessous). Classeur sous le bras et mug Starbucks à la main, la première se déplace toute la semaine sur différents postes : l'accueil physique et téléphonique, l'enregistrement des dossiers, en plus de son portefeuille de 140 demandeurs d'emploi en "suivi guidé". La seconde pratique le "suivi renforcé", avec 40 jeunes de moins de 26 ans issus de ZUS. Toutes deux démarchent aussi les entreprises et les collectivités locales. "Sans elles, il n'y a pas de travail, souligne Dominique. Parfois, elles cherchent le mouton à cinq pattes. On négocie en expliquant les mesures dont elles peuvent bénéficier, les formations que nous finançons…"

L'usure? Elles n'y pensent pas encore. "Pôle emploi offre de toute façon la mobilité", avancent-elles. Ces nouvelles recrues ont toutefois été surprises par la masse de travail à abattre. Par la colère, les insultes et les tentatives d'agression, aussi. Certains jours, l'agence revêt des airs de cour des miracles : un SDF qui vient se réchauffer quelques heures, des chômeurs qui menacent de s'immoler ou de revenir avec une arme… "Certaines personnes parlent mal le français, d'autres sont désorientées, il faut beaucoup de patience et savoir s'adapter, témoigne Yannick. On touche à l'emploi, à l'angoisse des fins de mois. Il faut un bon équilibre de vie à côté!"

Le duo souffre aussi – déjà? – du manque de popularité de l'organisme public. "On nous prend pour des planqués, on dit qu'on ne sert à rien, mais j'occupe un vrai emploi », se défend Yannick. Dominique, elle, a parfois honte de révéler le nom de son employeur. Même à ses proches. "Les caricatures m'affectent car je ne suis pas là par hasard… Nous servons d'exutoire." Parfois, quand tombent les chiffres du chômage, le franc sourire de la "promotion Ayrault" se crispe. En attendant les "petites victoires", un demandeur d'emploi les gratifiant d'un "merci", un autre avouant : "Vous m'avez redonné confiance." Elles pensent alors, d'une toute petite voix, se rebaptiser la "promotion héros"…

Camille Neveux, envoyée spéciale à Toulouse (Haute-Garonne)



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