Radiation pour absence à convocation: et si on arrêtait de dire n'importe quoi ?

Le "projet de note de Pôle emploi" sur les radiations pour absence à convocation a été largement évoqué cette semaine dans les médias. Avec des formulations parfois... maladroites, pour ne pas dire erronées. La plupart des articles sur le sujet ont parlé d'un projet visant à "durcir les règles contre l'absentéisme". Pire, sous le titre "Pôle emploi fait la chasse aux absentéistes", le Figaro écrivait

"pour rater une convocation de Pôle emploi, il faudra bientôt avoir une très bonne raison".

Sauf que...il faut DEJA avoir une "très bonne raison" pour ne pas être radié en cas d'absence à une convocation. A lire certains articles, on a l'impression qu'à l'heure actuelle, les demandeurs d'emploi peuvent manquer leurs rendez-vous à leur guise sans être inquiétés. Il suffit de lire les commentaires (non, en fait il ne faudrait pas) sous les articles pour s'apercevoir que bon nombre d'internautes l'ont en tout en cas interprété de la sorte.

C'est faux, archi-faux.

Les directeurs d'agence seuls habilités à prononcer une radiation demandent déjà des justificatifs aux demandeurs d'emploi qui ne se sont pas présentés à une convocation. Ils ne se contentent pas d'un gentil mot d'excuse ! Et parfois même, ils abusent, comme le raconte ce conseiller Pôle emploi en Languedoc-Roussillon :

" Une mère de famille n'avait pas pu honorer son rendez-vous parce que son enfant avait été hospitalisé. Elle a fourni un certificat médical et un certificat d'hospitalisation. Mais la directrice d'agence lui a demandé de lui montrer en plus le livret de famille pour prouver que cet enfant était bien le sien !"

Bien entendu, tous les directeurs d'agence ne font pas preuve d'autant de zèle mais ce qui est certain, c'est que la majorité attend des demandeurs d'emploi des justificatifs concrets pour expliquer une absence. Et si le motif n'est pas jugé "légitime", la radiation est prononcée. Le demandeur d'emploi se retrouve alors sanctionné pendant deux mois. Deux mois, sans allocations. Deux mois, sans rien.

Une sanction jugée disproportionnée par le médiateur de Pôle emploi, Jean-Louis Walter. Dans un rapport remis à Michel Sapin au printemps dernier, il préconisait d'ailleurs de "mettre fin aux radiations systématiques pour absence aux rendez-vous" et proposait un système de sanction gradué, avec possibilité de sursis. En clair, un peu plus d'indulgence. Que Pôle emploi ne radie pas un demandeur d'emploi dès la première absence, même quand son motif n'est pas jugé "légitime". Jean-Louis Walter demandait aussi un système plus "uniforme". D'où (on imagine) cette fameuse note de Pôle emploi qui liste les motifs et justificatifs qui pourraient être jugés recevables. Sauf que cette note, ce n'est pas vraiment la réponse qu'attendaient les associations de chômeurs. Ils ont adressé une lettre au Directeur Général de Pôle emploi pour notifier leur désaccord. Certes, une harmonisation serait nécessaire (pour éviter les excès de zèle, pour que toutes les directions d'agence agissent de la même manière) mais les termes de cette proposition ne leur conviennent pas car ils font peser le soupçon sur les chômeurs :

"apparentés à des coupables dont il faudrait prévenir et punir la récidive (...) nous rejetons la vision qu’elle véhicule du chômeur, supposé heureux de sa situation, cherchant par nature à frauder le système d’indemnisation et, in fine, délinquant en puissance face aux devoirs que lui impose la loi."

Effectivement, le demandeur d'emploi a des devoirs. Mais vous savez-quoi ? Il a aussi des droits.

Effectivement, il y a des abus. Mais vous savez-quoi ? Il y en a des deux côtés du guichet.

90% des radiations administratives prononcées chaque mois le sont pour "absence à convocation". Dans la dernière publication des chiffres du chômage (chiffres de septembre 2013), 41.800 demandeurs d'emplois avaient ainsi été radiés. Ils sortent des statistiques mais restent des demandeurs d'emploi.

Source des liens PDF : AC ! Agir ensemble contre le chômage et la précarité





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