Pôle emploi: la "souffrance" des cadres émerge, cinq ans après la fusion

Trois suicides en quelques mois, des syndicats qui tirent le signal d'alarme, un audit externe lancé: cinq ans après la douloureuse fusion ANPE-Assedic, le directeur général de Pôle emploi nie tout "malaise social généralisé" mais certains cadres confient être "à bout".

Depuis le suicide, le 9 septembre, de l'ancien directeur territorial du Rhône - le troisième d'un cadre en sept mois -, mort sous le TGV qui devait l'amener à Paris où il avait été muté, la "souffrance" de l'encadrement, pointée du doigt par les syndicats, émerge.

Une première: la direction de Pôle emploi a saisi des experts indépendants de l'Agence nationale pour l'amélioration des conditions de travail (Anact). Ils rencontreront les syndicats "dans les prochains jours" afin d'engager un diagnostic sur les conditions de travail de l'encadrement (6.500 personnes, sur 52.000 salariés), a assuré cette semaine Jean Bassères, le directeur général.

Il admet des "difficultés particulières" mais "pense" qu'il n'y a pas de "situation de malaise social généralisé".

Cinq ans après la fusion entre l'ANPE (offres d'emploi) et les Assedic (allocations chômage), imposée fin 2008 par Nicolas Sarkozy dans l'objectif de simplifier les démarches des chômeurs, les syndicats décrivent pourtant un "malaise" propre aux cadres qui ont été les moteurs de cette gigantesque réorganisation, objet de grèves massives en 2009 et 2010.

Ils dénoncent notamment un "déclassement" dû à des "doublons dans les organigrammes", des mutations vers des "placards" ou encore la "pression des résultats".

Marc (prénom modifié), 46 ans, ex-Assedic, dans la maison depuis près de 20 ans, confie avoir "pensé au suicide". Je me suis dit "au moins si je fais ça, il y aura une enquête interne", lâche-t-il.

Avant 2009, ce quadragénaire était directeur de site. "Après, il n'y a pas eu de place pour tout le monde. On m'a proposé une prime pour un poste inintéressant, à 1h30 de transport de chez moi et maintenant je suis bloqué", raconte-t-il.

"Rongé par le stress", ce salarié a été victime d'un accident cardiaque.

Arrêts maladie et ruptures conventionnelles

Marie, la soixantaine, est sous anti-dépresseurs depuis un an. Adjointe au directeur d'une agence ANPE avant la fusion, elle a "rétrogradé" pour une mission de gestion administrative.

"Mais mon poste a été supprimé et on me propose un placard. Je continue mais on m'a retirée de l'annuaire et on m'incite fortement à prendre ma retraite, alors qu'il y a sept ou huit ans on me disait que je serais directrice", explique cette salariée qui dit n'avoir "pas été loin du suicide".

Catherine, la cinquantaine, estime que "le problème chez les cadres est le manque de soutien des pairs, à la différence des agents qui se serrent les coudes et font remonter les problèmes". Les cadres sont "mis en concurrence par les résultats et quand on vous tape dessus, personne ne pipe mot. En plus, c'est compliqué d'être cadre et de dénigrer sa boutique", dit-elle.

Ex-directrice départementale de l'ANPE, elle a opté pour un poste subalterne après avoir mené cette réorganisation à laquelle elle croyait, mais "menée en dépit du bon sens". Bilan: un burn out et près d'un an d'arrêt maladie.

Si "certains managers ont trouvé des solutions", elle évoque "les nombreux collègues toujours pas revenus d'arrêt maladie" et "ceux partis par rupture conventionnelle". "Et avec le nouveau plan stratégique Pôle emploi 2015 (refonte du suivi des chômeurs et mise en place d'un "pilotage par les résultats", ndlr), dont les objectifs sont intenables, il va y avoir des dégâts considérables", prédit-elle.

Entre 2010 et 2012, le nombre des journées d'absence pour maladie des agents ont augmenté de 28%. Selon un sondage commandé par la direction en 2012, 63% des salariés jugeaient que la situation allait "plutôt en se dégradant".

"Nous demandons à l'ensemble de nos personnels un effort, et l'encadrement est particulièrement sollicité", reconnaît le DRH, Jean-Yves Cribier.

Par AFP

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