Des salariés de Pôle emploi privés d’une partie de leurs salaires à cause d’un imbroglio administratif

♦ Des salariés de Pôle emploi s’estiment victimes d’une mauvaise gestion de leurs arrêts-maladie.

♦ Ils expliquent que la direction reste sourde à leurs demandes.

♦ Pôle emploi se défend de toute mauvaise pratique et affirme mettre en place des échéanciers.


A l’autre bout du téléphone, la détresse d’Anne* est clairement perceptible. « On voudrait que ça cesse », souffle cette salariée de Pôle emploi en Ile-de-France. Comme pour d’autres employés dont 20 Minutes a recueilli le témoignage, Anne est victime d’un improbable imbroglio administratif qui la prive d’une grande partie de son salaire depuis plusieurs mois.

Tout commence lorsque Anne tombe malade en 2017. « On m’a prescrit un arrêt et j’ai envoyé le document aux ressources humaines de Pôle emploi ainsi qu’à l’Assurance-maladie », raconte-t-elle. Pendant son arrêt, elle perçoit l’intégralité de son salaire, comme le prévoit la convention collective de l’entreprise. Anne reprend ensuite son travail normalement. Mais en décembre 2018, c’est la douche froide : elle touche seulement un tiers de son salaire habituel. En janvier, même surprise : elle perçoit seulement la moitié de sa paie.

« Aucun contact aux ressources humaines »

Que s’est-il passé ? « Pendant mon arrêt de travail, Pôle emploi n’a pas transmis certains documents à la Sécurité sociale, alors qu’il en avait l’obligation », affirme-t-elle. Cet oubli a eu une conséquence très simple : faute de justificatifs, la Sécurité sociale n’a pas versé à Pôle emploi la somme correspondant aux indemnités journalières. L’employeur aurait alors compensé ce « manque à gagner » quelques mois plus tard, en se rattrapant sur le salaire d’Anne. Mère célibataire avec un enfant à charge, elle se retrouve aujourd’hui dans une situation très difficile. « J’ai des loyers impayés » confie-t-elle.

« Cela fait plusieurs années que cette situation dure, nous confirme un délégué du personnel de Pôle emploi. La direction et la Sécurité sociale se renvoient la balle en s’accusant mutuellement de ces erreurs, mais à la fin ce sont les salariés qui trinquent, car le règlement des sommes manquantes peut prendre des mois. »

Il reconnaît aussi que l’ampleur du phénomène est difficile à cerner : « il n’y a pas de centralisation des dossiers ». Selon Anne, au moins « une quinzaine » de salariés aurait connu cette galère dans son département. « Nous n’avons aucun contact ou référent au service ressources humaines, affirme Christelle, une autre salariée touchée par le même problème. Notre seul contact est un logiciel où l’on dépose notre réclamation, avec une réponse type non personnalisée. »

Pôle emploi s’explique

Contacté par 20 Minutes, Pôle emploi se défend de toute mauvaise gestion. « Pôle emploi est un des rares établissements à protéger ses agents et à pratiquer la subrogation du salaire, nous indique-t-on. Il récupère ensuite les sommes avancées auprès de l’Assurance-maladie. »

« Plusieurs hypothèses peuvent expliquer ces situations, poursuit l’établissement. Soit le courrier contenant l’arrêt maladie n’est pas arrivé à destination, soit l’agent n’a pas effectué les démarches administratives. Pole emploi ne peut pas être tenu pour responsable lorsque ses agents n’effectuent pas les démarches administratives légales. » L’établissement explique néanmoins « comprendre les difficultés des salariés concernés » et affirme « mettre en place des échéanciers pour que la régularisation soit la moins difficile possible » pour eux.


Nicolas Raffin


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