Quand Pôle emploi forme les chômeurs au savoir-être

Arnaud, Béatrice et Julien ont été parmi les premiers à suivre la nouvelle prestation "Valoriser son image pro" en Occitanie.

Elle s'appelle "Valoriser son image pro". C'est la dernière-née des prestations proposées par Pôle emploi. Son objectif : développer ou renforcer les savoir-être professionnels des chômeurs, ces fameux soft skills, ou compétences comportementales, comme l'autonomie, le travail en équipe, l'adaptabilité, la fiabilité, mais aussi l'assiduité, la ponctualité, le respect des consignes...

60% des employeurs jugent ces qualités bien plus importantes que les compétences techniques des candidats, selon l'enquête complémentaire aux besoins en main d'oeuvre (BMO) 2017 de Pôle emploi. C'est particulièrement vrai dans les secteurs en contact avec le public, comme la restauration, l'hôtellerie et le commerce.

Place aux compétences

Il y a un an, convaincu par l'enjeu, le patron de Pôle emploi, Jean Bassères, en a fait l'un de ses arguments de reconduction à la tête de l'établissement. Un référentiel de 14 savoir-être professionnels a depuis vu le jour, bâti sur l'analyse de 4 millions d'offres d'emploi. Cette liste est notamment utile pour valoriser le "profil de compétences" des candidats, un tout nouveau CV en ligne disponible depuis l'été sur Pole-emploi.fr, destiné à élargir les débouchés professionnels de chaque inscrit.

Fini la seule logique métier, place à l'approche compétences ! Lancée en septembre dernier, la formation "Valoriser son image pro" est le point d'orgue de ce virage stratégique qui s'inscrit plus largement dans le déploiement du Plan d'Investissement dans les Compétences lancé en 2018 par le gouvernement.

"Cette prestation est préconisée par le conseiller référent dès lors qu'il a détecté un problème particulier, précise Sophie Pain, responsable de l'offre de services aux demandeurs d'emploi chez Pôle emploi Occitanie. Par exemple, une succession d'entretiens qui ne débouchent sur aucune embauche, des périodes d'essai qui s'interrompent, une rupture d'emploi qui s'éternise, des difficultés relationnelles avec d'anciens employeurs ou collègues, une méconnaissance des codes et des exigences des recruteurs..."

Se tenir correctement sur une chaise

Sous-traités à des organismes de formation et de coaching externes à Pôle emploi, les cours durent 21 jours maximum. Ils rassemblent d'abord une poignée de chômeurs de tous âges et secteurs professionnels, pendant cinq jours d'affilée, de 9h à 16h30. "La dimension collective est importante pour susciter les regards croisés et les retours des pairs. Même les déjeuners sont pris en commun dans une logique pédagogique", indique Sophie Pain.

Au programme : identifier les attitudes professionnelles existantes, problématiques ou manquantes (comme la ponctualité), sensibiliser aux codes attendus par les employeurs, s'entraîner à l'argumentation en entretien d'embauche, décoder la communication verbale et non verbale...

Des ateliers plus personnalisés sont ensuite proposés aux participants pour approfondir un aspect particulier: le travail en équipe, l'assiduité, l'image et l'estime de soi, le respect des consignes et règles d'une entreprise... "Prendre soin de son apparence avant de se rendre à un entretien, arriver à l'heure et même se tenir correctement sur une chaise sont des codes qui ont pu s'estomper avec le temps, à moins qu'ils n'aient jamais été maîtrisés. J'avoue que j'ai en portefeuille des demandeurs d'emploi qui pourraient tirer profit de cette formation", confie une conseillère qui souhaite garder l'anonymat.

"J'ai gagné en assurance"

En Occitanie, plus de 2000 demandeurs d'emploi ont déjà bénéficié de cette prestation. La conseillère Catherine Jeanjean de l'agence Pôle emploi de Pérols (34) l'a recommandée à une quinzaine de jeunes entre 16 et 25 ans. "Ils manquaient cruellement de confiance en eux, n'arrivaient pas à se projeter dans un secteur ou un métier. Ce dispositif les a recadrés. Il leur a permis de mieux se connaître, d'oser s'affirmer devant un groupe, de savoir comment se présenter. Bref, il les a redynamisés".

Julien confirme. Ce Montpellierain de 29 ans a abandonné ses études après avoir fait une dépression pendant sa deuxième année de licence en mathématiques. "J'ai mis cinq ans pour me reconstruire et envisager un avenir professionnel. J'avais envie de travailler dans l'informatique, mais comme je n'avais pas de diplôme et juste quelques bases, je ne me sentais pas légitime. Cette prestation m'a aidé à surmonter mon sentiment d'infériorité".

Jeux de rôle, simulations d'entretiens d'embauche filmés, travaux sur la gestuelle et la gestion du stress ont relancé le jeune homme timide. "J'ai gagné en assurance. Dans la foulée, j'ai retravaillé mon CV et répondu à des offres d'emploi." Depuis, sa candidature a convaincu une SSII prête à le former au métier de développeur web, avec à la clé un CDD de six mois "qui pourrait déboucher à terme sur un CDI".

Comme lui, Françoise se sent plus sûre d'elle. Au chômage depuis un an et en fin de droits, cette ex-secrétaire quinquagénaire, devenue auxiliaire de vie scolaire puis aide à domicile, recherche un poste d'assistante administrative. "J'ai pris conscience que j'avais tendance à me dénigrer pendant les entretiens. J'ai appris à mieux me mettre en valeur", reconnaît-elle.

Ne pas généraliser la démarche

Béatrice, 45 ans, en quête d'un poste de commerciale, insiste sur la cohésion dégagée par le groupe grâce à des jeux collaboratifs et de stratégie destinés à révéler les savoir-être de chacun. "J'ai aussi compris l'importance des codes comportementaux et verbaux, et même l'impact du langage corporel sur le mental !"

La dynamique de groupe, c'est également ce que retient Arnaud, jeune diplômé en game design: "Plus que le savoir-être, j'ai surtout apprécié les échanges d'expérience avec les autres participants. Je me suis senti moins seul dans ma recherche d'emploi."

Briser l'isolement, renforcer la confiance en soi, mettre en avant ses atouts, être plus à l'aise, convaincre et rassurer les employeurs, cette nouvelle prestation fait l'unanimité. "Travailler sur l'image et l'estime de soi est une étape incontournable dans une recherche d'emploi", approuve Alexandra Nougarede, déléguée syndicale SNU FSU de Pôle emploi Occitanie. Même si, selon elle, il ne serait pas opportun de la généraliser à tous les chômeurs et encore moins de la leur imposer. Et de rappeler la polémique engendrée par une infographie, "La journée type d'un demandeur d'emploi efficace", publiée en mai 2017 sur les réseaux sociaux par une agence des Hauts-de-France.

100 000 bénéficiaires d'ici fin 2019

"Par ailleurs, il ne suffit pas d'être motivé, de bien présenter et d'avoir du bagout pour trouver un emploi, comme le prétend le message simpliste de Macron, poursuit la syndicaliste. La sensibilisation aux savoir-être doit s'intégrer dans un parcours professionnel qui tient compte des qualifications et expériences de chacun".



L 'Entreprise - Corinne Dillenseger


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>> Le patron de Pôle emploi veut apprendre le "savoir-être" aux chômeurs | L'Express - Tiphaine Thuillier | 06/12/2017



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