Il y a dix ans, la naissance douloureuse de Pôle emploi

Adieu les Assedic et l’ANPE, bonjour « Pôle emploi ». Il y a dix ans, les deux premiers organismes fusionnent en un « service public de l’emploi », une naissance douloureuse et au pas de charge, en pleine crise économique.

Alors secrétaire d’État à l’Emploi, Laurent Wauquiez, chargé de superviser cette réforme, promesse de campagne de Sarkozy, manie l’emphase : il s’agit ni plus ni moins que de « constituer d’ici trois ans le service public de l’emploi le plus performant d’Europe ». Inspiré des « Jobscentres Plus » britanniques, avec le principe du guichet unique, « Pôle emploi » est officiellement lancé le 5 janvier 2009, alors que la France commence à voir grimper le nombre de chômeurs, quatre mois après la faillite de la banque américaine Lehman Brothers.

L’Agence nationale pour l’emploi (ANPE), un organisme public de 30 000 agents, et les Assedic organismes privés chargés de l’indemnisation et comptant 14 000 salariés, gérés par le patronat et les syndicats, sont regroupés. Choc de culture et résistances.

À l’époque, Hervé Chapron, est directeur général adjoint de Pôle emploi et vit la fusion de l’intérieur. Auteur d’un livre au vitriol (« Le naufrage de Pôle emploi », 2014) une fois à la retraite, il a lui-même été surpris par les difficultés.


« Je pensais que ça allait être difficile, en réalité cela a été très, très, très difficile ».


« Je pensais que ça allait être difficile, en réalité cela a été très, très, très difficile », explique-t-il dix ans après. De surcroît, « aucun objectif de départ n’a été atteint », assure-t-il, tant sur les effectifs que sur le budget ou le nombre de dossiers gérés par les conseillers.

Un choc de culture entre deux maisons

« Tout le monde croyait qu’avec Pôle emploi, on allait avoir le plein-emploi, et cela a tué l’image » du nouvel organisme, constate-t-il. Pendant sa campagne électorale, Nicolas Sarkozy avait promis le plein-emploi dans une France où le taux de chômage était aux alentours de 8 %.

Entre « pressions permanentes » et « forces hostiles à la fusion », la tâche est colossale et entraîne un vrai « choc de culture » entre deux « maisons », écrit, pour sa part, dans « La tête de l’emploi », Christian Charpy, premier patron de Pôle emploi, dont le nom reste attaché à cette réforme. Au moment de son départ à l’automne 2011, il épingle syndicats et politiques qui, selon son récit, ne lui ont pas facilité la tâche.

Les syndicats dénoncent tous de leur côté une fusion « à marche forcée » et des formations insuffisantes pour le personnel. Les conseillers doivent, en effet, être polyvalents pour devenir des référents uniques.

« Un coup pour rien »

Quelques années après, Pôle emploi reviendra d’ailleurs dessus. « On a recréé deux filières, accompagnement et indemnisation, donc c’était un coup pour rien », relève Michel Beaugas (FO), fin connaisseur des arcanes de l’assurance chômage.

Afin d’harmoniser les statuts des personnels, une nouvelle convention collective est aussi négociée. À l’heure actuelle, environ 10 % ont encore un statut public sur les quelque 50 000 personnes qui travaillent chez l’opérateur.

Pour David Vallaperta, élu CFDT au comité central d’entreprise, « l’organisation du travail a énormément changé en dix ans ». Mais il est vrai qu’on est loin des « 60 chômeurs » par conseiller promis par la réforme, explique-t-il.

Selon les calculs de la CFDT, les conseillers pour l’accompagnement dit « guidé » (c’est-à-dire plus intense que « suivi » mais moins que « renforcé », selon les trois modalités existantes) ont chacun plus de 200 dossiers de demandeurs d’emploi à gérer dans plus de 50 % des agences en France.

Alors, pour lui, avec la persistance du chômage de masse, « dix ans après, la question du sous-effectif est toujours là ».

Un mal-être qui persiste

Dans les premières années, la fusion marque aussi les personnels, dans les corps et les esprits. Certains attentent à leur vie. Face à ces tentatives de suicide, les syndicats dénoncent une organisation du travail « déshumanisée » et « pathogène », alors que les chômeurs affluent au guichet.

Une enquête, après une plainte pour « harcèlement moral, mise en danger de la vie d’autrui, homicide involontaire aggravé et non-assistance à personne en danger » liée au suicide en 2012 d’une conseillère de 32 ans, est toujours en cours.

Le syndicat CFTC, qui a déposé plainte aux côtés des parents de la jeune femme, avait recensé à l’époque 17 suicides d’origine professionnelle chez des salariés de Pôle emploi.









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