Assurance-chômage : syndicats et patronat entrent dans le dur de la négociation

Intermittents du spectacle, paramètres d'indemnisation… Les sujets controversés sont nombreux.

Le patronat et les syndicats reprennent, ce mardi, leur négociation sur l'épineuse réforme de l'assurance-chômage après deux semaines d'arrêt. Ils avaient en effet annulé leur réunion, la semaine dernière, en pleine crise des «gilets jaunes», et ont depuis obtenu du gouvernement un mois de délai supplémentaire (jusqu'à fin février et non fin janvier) pour boucler leurs discussions. Il reste que les chances d'aboutir à un compromis restent toujours minces tant les sujets sont conflictuels.

Pour cette cinquième séance de renégociation de la convention d'assurance-chômage, les partenaires sociaux prévoient de s'attaquer, une fois encore, au régime spécifique des intermittents du spectacle. Il s'agit de faire participer le secteur aux économies conséquentes - entre 3 et 3,9 milliards d'euros sur trois ans - exigées par l'exécutif dans le cadre de la réforme. Farouchement opposée, la CGT-spectacle a déjà annoncé la couleur en lançant un appel à la grève ce mardi avec un rassemblement devant le siège du Medef à 13 heures, deux heures avant le début de la négociation.

Baisse des droits

Il n'empêche, l'objectif est de trouver un accord sur une lettre de cadrage des économies à faire, qui sera envoyée aux syndicats et au patronat du secteur du spectacle afin qu'ils trouvent une solution à leur niveau. Sauf revirement, il y a de fortes chances pour que la CFDT, la CFTC et la CFE-CGC signent cette lettre. Fidèle à son habitude, la CGT ne s'y joindra pas, comme FO, par principe opposée à l'envoi d'un document de cadrage, une procédure pourtant imposée par la loi.

Autre sujet sensible au menu: la révision des règles encadrant l'indemnisation à l'assurance-chômage. En clair, il s'agit de revoir à la baisse certains droits des demandeurs d'emploi en vue, une fois encore, de réaliser les économies exigées et d'«inciter à la reprise d'emploi durable», selon les termes du gouvernement.

Les discussions, sur ce point, s'annoncent mouvementées. Lors de la séance du 5 décembre, le patronat a mis toutes les options sur la table sans tabou, suscitant la colère des syndicats. «Nous allons continuer à échanger sur tout ce qui est sur la table et faire le tri», explique le représentant de la CPME, Michel Pottier. Côté syndicats, les lignes rouges sont déjà tracées.


«Si le gouvernement veut baisser les droits des chômeurs, c'est à lui de prendre ses responsabilités»
Michel Beaugas, représentant de FO


Par exemple, toutes les organisations y compris la CFDT sont opposées à une mesure touchant au versement de l'indemnisation octroyée à un demandeur d'emploi lorsqu'il a cotisé au minimum quatre mois. Le patronat a proposé que le montant de l'allocation soit moins élevé mais que ce versement soit étalé sur une plus longue période dans certains cas. Controversée, cette proposition pourrait rapporter autour de 900 millions d'euros. Une autre mesure critiquée par les syndicats vise à faire varier la durée de l'indemnisation en fonction de la localisation géographique du chômeur. Par exemple, en prenant en compte le taux de chômage du bassin d'emploi.

Quoi qu'il en soit, aucune avancée significative n'est à attendre lors de cette séance qui s'inscrit dans un contexte social qui reste explosif. «Si le gouvernement veut baisser les droits des chômeurs, c'est à lui de prendre ses responsabilités», lance ainsi Michel Beaugas, le représentant de FO. Et, de toute façon, les syndicats n'ont pas l'intention de lâcher du lest avant la discussion sur la lutte contre le recours excessif aux contrats courts par les employeurs.

C'est l'autre sujet controversé de cette réforme particulièrement redoutée par le patronat: si aucune solution n'est trouvée, l'exécutif pourrait imposer un bonus-malus sur les cotisations patronales. Et «aujourd'hui, on est toujours dans le brouillard sur les contrats courts», indique Marylise Léon, cheffe de file de la délégation CFDT. La réunion du 9 janvier qui devrait être consacrée à ce sujet s'annonce cruciale. «On verra réellement s'il y a des voies de passage», prévient Jean-François Foucard, de la CFE-CGC.



Manon Malhère