Pôle emploi : l'accompagnement renforcé des chômeurs porte ses fruits

Le dispositif global pour les chômeurs les plus en difficultés affiche des taux de retour à l'emploi encourageants. La clef ? Des entretiens fréquents que l'opérateur ne peut pas répliquer pour les autres publics, faute d'effectifs suffisants.

Faire travailler ensemble conseillers de Pôle emploi spécialisés et travailleurs sociaux des conseils départementaux au service des chômeurs qui cumulent éloignement du marché du travail et galères financières, de transport, d'hébergement ou autres freins dits « périphériques » : c'est l'objectif de l'accompagnement global, un dispositif mis en place début 2014 dans la foulée d'une expérimentation menée auprès de bénéficiaires du RSA. Quatre ans et demi plus tard, l'impact semble positif si l'on en juge par les résultats, récemment publiés, d'une évaluation menée fin 2017.

Trois points supplémentaires

Réalisée auprès de onze conseils départementaux et complétée d'une approche nationale, cette évaluation montre que l'accompagnement global augmente le taux de retour à l'emploi. Précisément, six mois après l'entrée dans le dispositif, le taux d'accès à un CDI ou à un CDD de plus six mois ressort à 13 %, contre 10 % pour une population identique mais qui n'a pas bénéficié du dispositif.

Ces trois points supplémentaires (ou 27 % de hausse) peuvent paraître faibles. Ils doivent être mis en regard des profils concernés. La moitié des 50.000 bénéficiaires de l'accompagnement global recensés fin 2017 avaient au moins douze mois de chômage total sur les quinze derniers mois. Les trois quarts avaient, au mieux, un CAP ou un BEP. Un sur cinq résidait en quartier prioritaire de la ville ou était de nationalité étrangère. Près des deux-tiers, enfin, étaient au RSA.

« Les personnes en accompagnement global rencontrent de grandes difficultés d'accès à l'emploi. Augmenter d'un quart la probabilité d'en retrouver un n'est pas négligeable. L'effet commence à être important », abonde Cyril Nouveau, directeur des statistiques, des études et de l'évaluation chez Pôle emploi.

« Une relation de confiance bien établie »

Au-delà de ces chiffres, l'évaluation met en avant un certain nombre d'éléments de nature qualitative, non moins importants dans le contexte de réduction des effectifs au sein de l'opérateur public . Ainsi, pour pouvoir accompagner globalement des chômeurs encore faut-il... les repérer. Le meilleur moyen reste le bon vieil entretien physique pour que les 960 conseillers spécialisés de l'opérateur public identifient leurs difficultés sociales.

« Ce qui suppose une relation de confiance bien établie », souligne l'évaluation. Ce qui suppose surtout de maintenir une fréquence de face-à-face élevée, complétée par des mails et des coups de fil. Meilleure capacité d'écoute et meilleure connaissance des besoins de la personne découlent de la « disponibilité » du conseiller.

L'évidence ? Assurément, mais une évidence qui vaut aussi pour les autres dispositifs moins intensifs de Pôle emploi, souligne la plupart d'entre eux, tous submergés par la taille de leurs portefeuilles. « Quand on fait de l'accompagnement spécifique, ce qui suppose de voir les chômeurs régulièrement, on obtient des supers résultats. Le problème c'est qu' avec dix demi-journées par mois pour recevoir 300 chômeurs on fait de l'abattage », déplore l'un d'entre sous couvert d'anonymat.


Alain Ruello



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