Quand Pôle Emploi & les banques s'engraissent mesquinement sur le compte des chômeurs

Un calendrier d'actualisation précisant diverses modalités des dates et obligations des demandeurs d'emploi paraît chaque 1er janvier. Celui de 2018 semble privilégier quelques mesquineries.

Un demandeur d'emploi se doit, en ligne, de s'actualiser à la fin de chaque mois: il y précise son statut: a-t-il suivi une session de formation? est-il en arrêt maladie? congé maternité? est-il toujours à la recherche d'un emploi?

Moyennant ce rituel informatique mensuel, Pôle Emploi déclenche alors le paiement à venir des indemnités dues pour le mois précédant ladite déclaration.

Gare aux étourdis, gare aux fraudeurs qui se verront alors retoquer voire réprimander et mis à l'amende en cas de fausses déclarations ou de déclarations lacunaires. Ce qui reste, somme toute, logique.

Pas un seul média, sauf erreur ou omission, ne s'est jamais intéressé au système sensé inspirer honte ou vergogne (selon le degré d'amour propre que chacun revendique pour son propre sort et aux regards parfois soupçonneux d'autrui) à celle ou celui qui doit se contenter de ces seules ressources pour passer le gué d'un mois l'autre.

Or, on peut constater, au fil des ans, une sorte de lente dérive dans le fonctionnement de ce système d'actualisation.

Car si le calendrier publié en début d'année civile précise les dates d'ouverture et de fermeture de celles-ci et la première date de l'ordre du paiement des prestations pour chaque mois, seule cette dernière semble obéir aux caprices d'on ne sait quelle logique.

Exemples:

-pour 2018, quasiment (à part pour le mois de février qui ne comptait que 28 jours) tous les mois, le demandeur d'emploi susceptible d'être rétribué se doit de s'actualiser dès le 28 de chaque mois (cette date différait de façon plus notoire, les années précédentes). Presque invariablement.

Le 28 d'un mois peut très bien se situer un samedi, un dimanche, voire un jour férié: cela ne change rien. Plus tôt vous vous actualisez sur le site dédié, plus vite seront versées les indemnités sur votre compte.

Or, si la date d'actualisation est désormais presque immuable, il n'en va pas de même pour celle du virement des prestations dont le calendrier est, chaque fois, plus fantaisiste et flexible.

Exemples:

-au mois d'août, un chômeur s'étant actualisé normalement le 28 juillet, percevra ses indemnités le 1er août qui tombait un mercredi. Car Pôle Emploi, bien sûr, n'indemnise jamais un candidat avant la date du 1er du mois (ce qui semble logique)... sauf si celle-ci tombe un vendredi, un samedi, un dimanche, auquel cas le virement interviendra les 2 ou 3.

On se demande bien pourquoi des algorithmes ne chôment pas pour demander des comptes aux demandeurs d'emploi et ainsi recueillir à toute heure du jour ou de la nuit leurs actualisations, et pourquoi ces mêmes algorithmes paraissent avoir droit à des jours fériés pour différer le virement des indemnités.

Au mois de novembre prochain, le versement des indemnités chômage par Pôle Emploi est programmé le ... 5 novembre. Parce que le jeudi 1er novembre (férié) interdit aux machines de dispenser la généreuse rétribution mensuelle. On ignore pourquoi celle-ci ne peut être effectuée le vendredi 2? l'algorithme ou la personne responsable de commander, via un bouton le paiement des indemnités ont-ils droit à un pont de congés? Ainsi, le demandeur d'emploi se verra devoir se serrer la ceinture en octobre pendant 5 semaines au lieu de 4 habituellement et cette réalité est de plus en plus notoire.

Toute aussi inexplicable est le versement des allocations dues pour le mois de septembre, ce mardi 2 octobre (un mardi) et non pas ce lundi 1er octobre ? qu'est-ce qui justifie cette acrobatie, voire cette ruse qui permet à la fois à l'UNEDIC de retarder même de quelques jours, les paiements, mais qui profite également aux banques, qui ne verront pas d'un mauvais oeil de devoir facturer, même pour 24, 48 ou 72h, quelques agios à leurs clients chômeurs, en cas de découvert autorisé dépassé, de chèques émis sans provision mais en prévision du versement prochain des indemnités qui absorberont ainsi la dette contractée.

Pourquoi ce calendrier est-il si capricieux et opaque quant aux raisons des dates si fluctuantes et donc sources de difficultés supplémentaires pour essayer d'équilibrer un budget, tandis que ce même calendrier est absolument inflexible pour obliger les demandeurs d'emploi à rendre des comptes? Le fait de devoir rendre des comptes n'est pas ici objet de polémique.

Seules interrogent ces mesquineries de plus en plus fréquentes qui permettent à l'Unedic et aux établissements bancaires d'éventuellement, parce qu'il n'y a pas de petites économies pour elles, de jongler de manière aléatoire avec leurs finances. Toujours sur le dos des coupables: les fainéants, les "rien" qui ne sont pas fichus de traverser la rue. Qui furent déjà contraints d'accepter sans broncher la mesquinerie du rognage de 5 euros d'allocation logement depuis un an.

Mises bout à bout, ces mesquineries finiront par coûter très cher aux précaires. A les décourager tout à fait.

Tandis que banques et Etat, eux, se frottent les mains, en tirant de plus en plus avidement et cyniquement sur leurs cigares formant des ronds de fumée de plus en plus épais, alors que les citoyens basiques, doivent se résoudre, eux, à de simples et de plus en plus chiches... clopinettes dont le prix, comme on le sait depuis un an, a plus que sensiblement... flambé...


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DENYS LABOUTIÈRE



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