Quand ma conseillère Pôle emploi m'a suggéré de négocier un emprunt avec mon banquier

LE PLUS. Le président l'a souligné : "Le chômage ne prend pas de vacances." Laetitia B., sans emploi depuis 11 mois, en est le témoin quotidien. Plutôt que de persister dans une voie bouchée, elle a voulu suivre une formation professionnelle subventionnée par Pôle emploi. Elle raconte avec sarcasme le parcours kafkaïen et tout en détours que sa conseillère lui a indiqué.

Cette semaine : l'accès à la formation professionnelle.

Spécialiste des effets spéciaux maquillage pour films d'horreur, je sais que je ne risque pas de trouver un emploi durable dans cette branche. Je me propose donc d'orienter ma recherche vers l'hôtellerie-restauration, un domaine qui recrute encore un peu et dans lequel j'ai, heureusement, un minimum d'expérience.

Mon premier conseiller Pôle emploi avait refusé ; son successeur acceptera mon choix avec réticence et fustigera mon "incohérence". Au fond, peu importe : car je ne trouve que des offres ultra précaires (CDD de moins de deux mois, temps partiels de moins de 20 heures répartis sur 7 jours, travail de nuit rémunéré au tarif de jour...). Bref, les mois passent et je suis toujours au chômage.

Reconversion pour échapper à la malédiction des contrats précaires

Lorsque j'expose mon désir de reconversion à ma troisième conseillère, elle approuve chaudement. Emballée, je lui demande s'il me serait possible d'obtenir une aide à la formation professionnelle, afin de pouvoir à terme postuler à des offres d'emplois qualifiées et échapper ainsi à la malédiction des contrats ultra précaires. Ma conseillère me révèle alors l'affolant processus qui me permettrait (peut-être) d'accéder à une formation en partie subventionnée par Pôle emploi :

- Mon projet de reconversion doit d'abord être approuvé à deux reprises par un conseiller. (Oui, deux fois. Par la même personne. Bienvenue chez Pôle emploi.)
- Il m'incombe ensuite de trouver une formation adéquate parmi les différents organismes de ma région.
- Je présenterai alors un dossier de demande préalable à mon conseiller Pôle emploi, qui validera peut-être mon choix et me remettra le cas échéant un formulaire de pré-accord.

Attention : si je dépose un dossier d'inscription dans une école AVANT d'avoir obtenu ce document, Pôle emploi invalidera automatiquement ma demande et me refusera toute aide financière. Or, compte tenu du ratio places disponibles / nombre de candidats, décrocher une formation professionnelle implique de déposer très rapidement un dossier d'inscription auprès de l'école demandée.

Info amusante : d'après ma conseillère, le délai d'obtention auprès de Pôle emploi de cet indispensable "formulaire de pré-accord" est d'environ deux mois. Aïe.

"Vous savez, même en respectant tout le protocole, cela ne vous garantit absolument pas l'obtention du financement."

"Pôle emploi n'a tout simplement pas assez d'argent"

Ma conseillère précise :

"Honnêtement, il est très rare que Pôle emploi finance des formations professionnelles pour les gens dans votre situation."

(Je suis au RSA, je suis déjà diplômée et je n'ai pas assez travaillé pour avoir droit à une formation par l'employeur.)

"Pôle emploi n'a tout simplement pas assez d'argent, la plupart des dossiers sont rejetés au final. Peut-être pourriez-vous négocier un emprunt avec votre banquier ? Franchement, ce serait encore le plus sûr."

Le surendettement comme solution au chômage, il suffisait d'y penser.

Le gouvernement a décidé, fin juin, de se pencher sur le problème et de débloquer une enveloppe (d'un montant encore indéterminé) pour l'accès à la formation professionnelle de ceux qui, comme moi, ne peuvent se tourner vers leur ex-employeur et ne sont pas franchement en position de négocier quoi que ce soit avec leur banque sans courir le risque de se faire méchamment allumer. On verra ce que ça donnera : j'ai un nouveau rendez vous avec Pôle emploi début septembre.

En attendant, je peux toujours me raccrocher à cette phrase que tout le monde me répète depuis que je suis au chômage : "Ne renoncez jamais."

À la semaine prochaine pour de nouvelles aventures !

Édité par Daphnée Leportois Auteur parrainé par Mathieu Sicard






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