le combat de l’agent de Pôle emploi accusé à tort d’apologie de terrorisme continue

Auteur d’une « blague » interprétée par sa direction comme un éloge de la cause terroriste, Yann Djail poursuit l’agence pour « dénonciations calomnieuses ». L’audience, qui devait avoir lieu ce lundi, a été renvoyée.

Dix minutes après l’heure prévue de l’audience, Yann Djail est ressorti dépité du tribunal correctionnel de Versailles. L’agent de Pôle emploi comptait y solder ce lundi un conflit avec son employeur qui s’enlise depuis plus de deux ans, rythmé par le traitement de leurs plaintes successives. La première a été déposée par l’établissement public après l’envoi d’un mail de Yann Djail à ses collègues, le 29 août 2016 : « Daech revendique le tremblement de terre en Italie ». « Simple blague » pour son auteur, le message n’a pas fait rire les responsables de l’antenne de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines). Après un passage en garde à vue et la perquisition de son domicile, la plainte pour « apologie du terrorisme » est rapidement classée sans suite. Blanchi judiciairement, le salarié, handicapé et diagnostiqué « anxio-dépressif », n’a depuis plus jamais retrouvé un rythme ordinaire de travail, entre « mutation-sanction » et congés maladie.

Yann Djail et les responsables de Pôle emploi devaient se retrouver devant le tribunal, ce lundi, après la citation directe lancée par le premier aux seconds pour « dénonciations calomnieuses ». L’indisponibilité d’un des avocats pour raisons personnelles a reporté la confrontation au 26 février 2019. Et reculé d’autant le retour à des conditions normales de travail pour Yann Djail. Si sa direction lui a reconnu le droit au télétravail, l’homme est en congé maladie depuis cinq mois et envisage difficilement une reprise avant la prochaine audience : « Je ne peux pas travailler. Je ne me sens pas capable de recevoir des demandeurs d’emploi ».

« Rien ne réparera ce qu’il a subi »

Pour son avocat, rien ne pourra jamais compenser les dégâts causés par l’affaire, pas même une victoire devant le tribunal. « L’audience n’aura qu’un aspect symbolique, regrette Me Diego Parvex. Tout ce qu’on pourra obtenir ne réparera pas ce qu’il a subi avec sa famille. C’est une vraie humiliation. » La demi-douzaine de collègues venus le soutenir à Versailles espèrent au moins que Pôle emploi sera sanctionné. « Ils ne voudront jamais admettre qu’ils ont fabriqué un dossier de toutes pièces à partir d’une blague, dénonce Aissa Djehich, délégué FO. Le moment de vérité n’a toujours pas eu lieu. Il faut que ça s’arrête. » Du côté de l’agence, on réfute tout acharnement. « La situation a été traitée avec équité et professionnalisme », assure Philippe Bel, le directeur régional.

À écouter certains agents toujours en poste à Saint-Germain-en-Laye, les accusations portées contre Yann Djail auraient définitivement rompu le lien entre les salariés et leurs dirigeants*. « L’ambiance est complètement pourrie, décrit Sophie. Jamais un membre de la direction n’est venu présenter ses excuses. C’est odieux de nous avoir rendus complices de ça, on nous a malmenés. Je n’ai plus confiance dans ma direction. » L’audience du 26 février sera l’ultime occasion de mettre fin à la défiance réciproque.



Île-de-France | Oise - Yvelines|Corentin Lesueur


A LIRE AUSSI :

>> Sanctionné après une blague sur Daesh, un employé de Pôle Emploi en grève de la faim | Direct Matin | 12/02/2017



Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir