Syndicats et patronat invités à renégocier sur l'assurance-chômage

Le chef de l'Etat demande aux partenaires sociaux de revoir les règles de l'Unédic, en se conformant à un document de cadrage qui sera fixé par le gouvernement.

« Je demande aux partenaires sociaux de réviser les règles d'assurance-chômage. » D'une phrase anodine pour les non initiées lâchée lundi devant le Congrès , Emmanuel Macron a remisé au placard une partie importante du projet de loi « Avenir professionnel » dont l'examen n'est même pas achevé au Parlement : celle sur la gouvernance de l'Unédic et les règles d'indemnisation des chômeurs. Deux sujets clivants entre les partenaires sociaux et le gouvernement d'une part, entre les partenaires sociaux d'autre part.

Pour Emmanuel Macron, les règles de l'Unédic « ont pu involontairement encourager le développement de la précarité ». Un tiers des CDD ne durent qu'une journée , a récemment relevé une étude du ministère du Travail. En cette période de reprise, il faut que leur révision « incite » à la création d'emplois de qualité. Le projet de loi va être modifié en ce sens, pour une mise en vigueur des règles modifiées au printemps 2019, a indiqué le chef de l'Etat.

Changement de cap

En clair, le gouvernement va proposer ( pour la deuxième fois de l'année ) aux partenaires sociaux d'enclencher en septembre une négociation sur l'Unédic. Le changement de cap est patent : jusque-là, il s'agissait d'attendre le résultat des négociations de branches professionnelles pour prendre ou non deux décrets anti-précarité dans les six premiers mois de 2019 : l'un sur l'instauration d'un bonus-malus sur les cotisations patronales, l'autre sur les règles de cumul allocation-revenus d'activité.

Si les partenaires sociaux acceptent de négocier, ce sera en revanche bien en se conformant à un document de cadrage, conformément à la volonté d'Emmanuel Macron de reprise en main de l'assurance-chômage par l'Etat.

Réduire la durée d'indemnisation ?

Le gouvernement a-t-il l'intention d'aller au-delà du bonus-malus et des règles de cumul ? La dégressivité des allocations semble bel et bien passée de mode. La réduction de la durée d'indemnisation en deçà de 24 mois fait, en revanche, l'objet de rumeurs récurrentes. « Il ne faut rien s'interdire. L'objectif c'est le plein-emploi dans une logique d'universalisation de l'assurance-chômage », avance Aurélien Taché, député LREM du Val-de-l'Oise très en pointe sur la question du bonus-malus .

La rencontre d'Emmanuel Macron le 17 juillet avec les leaders syndicaux et patronaux permettra peut-être de lever un coin du voile. En leur proposant de négocier sur l'assurance-chômage, le chef de l'Etat répond habilement à leurs critiques récurrentes d'être tenus pour quantité négligeable. « Les partenaires sociaux demandent avec insistance un agenda social : chiche », avance-t-on au sein de l'exécutif.

Denis Gravouil pour la CGT est loin d'être convaincu. « Le gouvernement veut passer le message qu'il croit à la démocratie sociale alors qu'il va encadrer les négociations de façon serrée, anticipe-t-il. Et si le patronat claque la porte, ce sera un bon prétexte pour reprendre la main. »


ALAIN RUELLO


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