Elle se retrouve au chômage malgré une promesse d'embauche

REIMS (51). Fausse promesse d'embauche, manque de considération et politique de l'autruche, Stéphanie termine son contrat de conseillère au Pôle emploi complètement écœurée par le système.

Alors que le taux chômage atteint des sommets en France et frise les 11 %, au sein même de Pôle emploi, symbole de la lutte contre le chômage, on refuse l'embauche à certains employés en CDD après leur avoir fait croire à une éventuelle titularisation. C'est l'amère expérience qu'a faite Stéphanie, une mère de famille en situation précaire, qui a travaillé 8 mois durant comme conseillère.

Un CDD puis une promesse d'embauche, puis finalement non, puis un nouveau CDD, nouvelle promesse et puis… au revoir. Ça résume la galère connue par cette Rémoise lors de son passage à Pôle emploi en tant que conseillère.

Stéphanie aimait pourtant son travail et collègues et responsables saluaient tous son efficacité, pourtant le CDI tant espéré et maintes fois promis par le Pôle emploi s'est bel et bien envolé. Après 8 mois de bons et loyaux service, on la remercie pour recruter à sa place… un autre CDD. Une situation contradictoire aux discours et annonces officiels qui prévoyaient l'embauche de 2 000 CDI pour renforcer les effectifs de l'organisme.

Tout commence en septembre 2012, Stéphanie intègre pour une durée de quatre mois un centre d'appel situé rue Roosevelt où son rôle est de prospecter les entreprises et de négocier des offres d'emploi « J'étais épanouie dans mon travail, je m'éclatais », confiait-elle.

Mail de mauvais augure

L'évaluation de ses compétences est positive et les entretiens concluants : l'embauche se profile, le 24 janvier, elle reçoit un e-mail de la part de sa responsable de service : « Une bonne nouvelle, des recrutements en CDI auront lieu pour le 3949 et 3995 (Stéphanie est citée). La date de prise de poste sera déterminée dans les prochains jours ». Ce qui a surtout été déterminé dans les jours suivants, ce n'est pas la date de prise de poste mais bien le fait qu'on ne la titularise plus. En effet, un second mail en date du 28 janvier vient briser tous ses espoirs : « Nous vous informons que notre choix s'est porté sur un autre candidat »… Incompréhensible, sans même un mot d'excuse pour Stéphanie qui croyait dur comme fer à son embauche. Son contrat s'achève alors…

On la rappelle deux mois plus tard pour un nouveau contrat, toujours à Pôle emploi. Mettant son orgueil de côté, la mère de famille qui rencontre par ailleurs des difficultés financières accepte d'y retourner. Le 14 mai, un autre mail circule lui faisant à nouveau miroiter l'embauche en CDI pour l'informer plus tard qu'elle ne sera pas titularisée, l'histoire se répète et commence à agacer sérieusement la principale concernée. « J'ai envoyé plusieurs courriers dont un au directeur régional pour avoir des explications, on ne m'a jamais répondu, c'est Pôle emploi et sa politique de l'autruche… », raconte-t-elle écœurée. « Quand on sait que le leitmotiv de l'organisme c'est d'en faire plus pour ceux qui en ont le plus besoin, ça me fait bien rire ! »

À sa grande déception, son deuxième contrat s'est terminé il y a tout juste quelques jours, le 31 juillet et depuis elle est au chômage : « J'avais une vraie volonté d'intégrer l'entreprise mais au final, j'ai l'impression d'avoir été pressée comme un citron sans la moindre reconnaissance, ni considération. Si je travaillais dans le privé, j'aurais pu obtenir l'embauche après une action aux Prud'hommes, mais comme je suis dans le secteur publique, je n'ai qu'à me taire et sourire… »

Si elle n'attend plus rien aujourd'hui de Pôle emploi, cette mère de famille n'en demeure pas moins démoralisée par la tournure des événements. Bref il est certain qu'avec de telles pratiques au sein même de l'agence censée aider les demandeurs d'emploi à trouver du travail, on n'est pas prêt d'inverser la courbe du chômage si chère à notre Président.


« La responsablen'aurait pas dû envoyer le mail »

Comment peut-on annoncer à une employée son embauche puis l'informer quatre jours plus tard qu'elle n'est pas retenue ?

« C'est une situation exceptionnelle, le souci dans ce dossier est qu'un encadrant s'est précipité sur le sujet. La responsable du service commercial n'avait pas autorité pour annoncer un recrutement en CDI, seul le directeur régional décide. Il y a d'abord un examen de la candidature par le service des ressources humaines puis une décision finale du directeur. Dans ce cas précis, la responsable, même si elle était de bonne foi s'est trop avancée. »

Comprenez-vous la déception et l'amertume de cette ancienne employée ?

« Oui, je peux comprendre la frustration, mais notre choix s'est porté sur un autre CDD correspondant plus au profil mais il n'y a eu aucune discrimination de notre part. Je tiens à préciser que le service des ressources humaines n'était pas informé du précédent mail confirmant l'embauche sinon nous aurions pris d'autres dispositions. Depuis, nous avons essayé de joindre l'intéressée à plusieurs reprises par téléphone pour s'expliquer mais sans succès ».

On a un peu l'impression que Pôle emploi n'a aucune considération pour ses CDD, on s'en sert mais on ne les garde pas. Est-ce la façon de faire ?

« Ce n'est pas du tout le cas, nous avons plus d'humanité que ça à Pôle emploi et ce n'est certainement pas notre manière de faire. Nous sommes très vigilants et nous prenons énormément de précautions avec nos CDD, il est évident que toutes les personnes que nous recrutons ne peuvent pas être titularisées. D'ailleurs nous les informons dès leur arrivée qu'il n'y a pas de possibilité d'embauche sur le long terme, c'est très clair dès le départ, ils savent qu'ils sont là pour une durée limitée ».

 

Par Jean-Godefroy VAROQUAUX



Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir