Combien de démissionnaires se tournent vers Pôle emploi chaque année ?

Muriel Pénicaud affirme que 70.000 démissionnaires se tournent vers Pôle emploi chaque année.


La vraie-fausse ouverture de l’assurance-chômage aux démissionnaires.

Emmanuel Macron avait promis d’ouvrir l’indemnisation chômage aux salariés démissionnaires tous les 5 ans, pour changer d’activité, ou monter un projet. Mais seule une infime partie des Français concernés devraient en bénéficier, selon la ministre du Travail Muriel Pénicaud. Si un million de personnes démissionnent chaque année, elle est formelle ; les coûts ne vont pas exploser.

"On a simulé très sérieusement. Chaque année 70.000 démissionnaires demandent une prise en charge à Pôle emploi. Donc on a une idée des flux"

70.000 démissionnaires se tournent vers pôle emploi chaque année. Vrai ou Faux ?

C’est une vision partielle qui donne, au contraire, une idée biaisée des flux, puisque ces 70.000 personnes dont parle Muriel Pénicaud ne représentent que 7% de l'ensemble des gens qui démissionnent chaque année (soit un million de personnes), et qui sont loin de toutes retrouver un emploi : selon l’Unedic, la moitié, donc plus de 500.000 personnes, n’ont toujours pas retrouvé d’emploi stable (qui leur permettrait d’ouvrir de nouveaux droits) au bout de quatre mois. Mais comme elles n’ont pas droit au chômage aujourd’hui, beaucoup ne s’inscrive pas.

En 2016, 210.000 salariés démissionnaires se sont inscrits à Pôle Emploi. Et parmi eux, 70.000 ont demandé à être indemnisées, c’est à dire de bénéficier des dispositions qui le permettent déjà. Dans le détail, 25.000 ont touché le chômage de façon automatique, parce qu’ils sont partis pour suivre leur conjoint, ou pour se marier, c’est une démission légitime. 30.000 autres ont demandé à une commission de leur ouvrir des droits, parce qu’au bout de quatre mois, ils n’avaient rien trouvé, et la commission a accepté, et 15.000 environ, ont été recalés par cette même commission. La promesse avancée pendant la campagne (ouvrir, en théorie, l’indemnité à ces 500 000 démissionnaires qui ne trouvent pas tout de suite du travail) aurait coûté autour de 2 milliards, selon une évaluation de l’OFCE en novembre. Cela explique pourquoi l'idée est écartée.

Combien de personnes sont potentiellement concernées ?

20 à 30.000, selon la ministre, en plus des 55.000 déjà indemnisées, aujourd'hui. C'est dérisoire, car le dispositif va être très encadré. Il faudra cumuler 5 ans de cotisations, et puis le démissionnaire devra porter un projet professionnel, qu’une commission va évaluer, valider… exit, donc, les idées bancales ou les effets d’aubaine. Or ces projets, peu de gens sont susceptibles d'en présenter. Aujourd’hui, ceux qui démissionnent le font rarement pour monter leur entreprise, car les créateurs préfère un cadre plus sécurisant, qui existe déjà : il y a la rupture conventionnelle avec leur employeur, quand c'est possible ou le congé individuel formation, le CIF : il permet de financer sa transition professionnelle, tout en conservant son emploi (et donc son salaire). 38 000 personnes en bénéficient aujourd’hui. Et 20.000 environ sont recalées. C’est ce public que vise la réforme, en priorité, plus quelques milliers de personnes qui pourraient décider de sauter le pas. Soit, au total, 5% seulement de ces démissionnaires qui n’arrivent pas, tout de suite, à retrouver un emploi... On est quand même très loin de la promesse de départ.

Géraldine WOESSNER



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