Pôle emploi : 300.000 offres non pourvues pour des raisons de compétences ?

LE VRAI-FAUX DE L'INFO EST UNE CHRONIQUE DE L'ÉMISSION EUROPE MATIN DIFFUSÉE LE LUNDI 19 FÉVRIER 2018



Selon la ministre du Travail Muriel Pénicaud, Pôle Emploi propose 300.000 offres non pourvues à cause d'un manque de compétence des chômeurs. C'est faux.

Le Vrai Faux de l’info avec vous Salomé Legrand et aujourd’hui le serpent de mer des emplois non pourvus.

Oui, ces offres d’emploi qui ne trouvent pas preneurs malgré le taux de chômage toujours important (8,6%). Hier, sur BFM, la ministre du Travail Muriel Pénicaud a estimé qu’ils étaient dus à un manque de compétences des chômeurs.

Salomé Legrand vrai ou faux ?

Faux. Pas tant sur le nombre, il y a bien entre 200.000 et 330.000 projets de recrutements qui ont été abandonnés l’an dernier, c’est l’estimation publiée par Pôle emploi en décembre, ça parait beaucoup, mais c’est seulement une petite partie des 3,2 millions d'offres déposées chaque année.

Mais c’est sur les raisons de ces emplois non pourvus, quand elle dit que c’est une question de compétences, que la Ministre extrapole parce que dit comme ça on a l’impression de 300.000 emplois qualifiés pérennes attendent un candidat à la hauteur.

Alors que Salomé la compétence n’est pas la première raison d’abandon du recrutement, loin de là :

Non sur ces 300.000 postes qui n’ont pas trouvé preneur, un abandon sur trois est lié à la disparition du besoin, c’est-à-dire que l’entreprise renonce d’elle-même, soit parce qu’elle a perdu un marché, ou bien qu’elle n’a tout simplement plus le budget. Dans 17% des cas l’entreprise ne trouve pas mais ne baisse pas les bras, la recherche est toujours en cours. Restent donc la moitié, environ 150.000 offres non pourvues. Et quand Pole Emploi interroge les patrons concernés, ce que l’on constate c’est qu’ils reçoivent des candidatures mais pas beaucoup, 5 au maximum. Mais surtout, que la première raison qu’ils mettent eux-mêmes en avant pour expliquer cela, c’est le manque d’attractivité du poste proposé. Ils sont 77% des recruteurs à le reconnaître, soit que l’offre concerne un métier ou un secteur qui souffre d’une mauvaise image (35%), soit que le poste soit en horaires décalés (27%), ou encore que la rémunération n’est pas attractive dans 25% des cas. La proportion d’abandon est sensiblement plus importante dans les petits établissements et pour les postes d’ouvriers.

Et Pôle Emploi ajoute que les emplois concernés sont majoritairement de courte durée, voire très courte durée, quelques semaines dans les services, l’aide à la personne notamment, la restauration, la construction, et qui n'auraient donc pas abouti à la création d'un emploi pérenne, à temps complet sur l'année.

Pour autant, il y a bien un problème de compétences.

Oui pour justifier l’échec du recrutement, les entreprises citent aussi "la nature spécifique du poste", qui requiert une "technicité pointue" ou des "habilitations particulières" peu répandues mais également "le manque d’expérience", "le manque de motivation" du candidat et enfin derrière donc "le manque de compétences". Pour ces cas-là, la formation est donc cruciale d’où d’ailleurs ce plan de 15 milliards d’euros sur 5 ans à destination des chômeurs et des jeunes que défend la Ministre. Mais pour faire reculer le nombre d’emplois vacants, il va surtout falloir que les recruteurs travaillent sur l’attractivité des postes..

Géraldine WOESSNER



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