Pôle emploi: une tentative de suicide qui interpelle

Une conseillère de Châtellerault (Vienne) a tenté de se suicider dans le bureau de sa direction. Les syndicats dénoncent la pression exercée sur les agents.

La pression subie par les conseillers de Pôle emploi est régulièrement dénoncée par les syndicats de l'institution. Est-ce la raison qui a poussé un agent de Châtellerault à tenter de mettre fin à ses jours?

Les faits se sont produits le 2 février dans les locaux de la direction de la Vienne à Saint-Benoît. Une conseillère indemnisation de 52 ans, 25 ans d'ancienneté, y était convoquée pour un « entretien managérial ». Elle aurait tenté de se jeter par la fenêtre du deuxième étage, dans le bureau de la direction. « Une représentante du personnel, restée dans le couloir, a été alertée par des cris. Quand elle est entrée, notre collègue était en train d'ouvrir la fenêtre », raconte Martine Parédès, secrétaire régionale de « Continuons la Lutte », syndicat national de Pôle emploi. La victime a été transportée aux urgences. Depuis, elle fait l'objet d'un arrêt de travail.

Une enquête a été ouverte

La direction Nouvelle Aquitaine de Pôle emploi confirme les faits. « C'est un événement malheureux, commentait mardi Frédéric Toubeau, directeur régional. Ma préoccupation se porte sur la situation de notre collègue. C'est quelque chose qui nous bouleverse. » Une cellule psychologique a été mise en place pour les collègues de la victime.

Comment en est-on arrivé à cet « événement malheureux »? Les syndicats mettent en cause « la pression exercée sur tous les agents ». Ils dénoncent notamment un dispositif, baptisé « Observation de la relation service » (ORS), mis en oeuvre nationalement depuis le deuxième semestre 2017. L'ORS est censé oeuvrer à l'amélioration du service aux usagers à travers un suivi des conseillers pendant leurs entretiens.

"Risques psychosociaux"

Du flicage? « Il s'agit en fait de scruter tous les actes au quotidien, affirme Martine Parédès. Il y a un manager derrière chaque conseiller. C'est très anxiogène. Ça fait des mois que nous tirons le signal d'alarme sur les risques psychosociaux. »

Dans le cas de l'agent de Châtellerault, les syndicats affirment qu'elle avait « informé de son refus de subir l'ORS », la cause de la convocation du 2 février. « Cet entretien était tout sauf un entretien disciplinaire », assure de son côté Frédéric Toubeau, lequel défend le fameux dispositif: « L'idée, c'est d'avoir des observations sur le service rendu. Dans ce cadre, tous les managers de Pôle emploi ont été formés. »

Depuis la tentative de suicide, une réunion exceptionnelle du CHSCT a été convoquée. C'était jeudi dernier. « Une enquête a été lancée, annonce le directeur régional. Ce genre d'événement est toujours complexe à démêler. Laissons l'enquête aller jusqu'au bout. »

Les syndicats ont alerté, quant à eux, dans une lettre datée du 9 février, la direction générale de Pôle emploi. « Vous êtes responsable de la santé au travail des agents », y écrivent-ils.


Franck Bastard


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