Contrôle des chômeurs : « le bâton » pour « dégonfler les statistiques » ?

Le chômage est-il « subi » ou « volontairement choisi » ? Le projet de l'exécutif de renforcer les sanctions suscite le débat dans les quotidiens de ce jeudi.

La révélation par Le Canard enchaîné, mercredi 27 décembre, d'une note interne au ministère du Travail proposant de revoir le régime de sanctions vis-à-vis des chômeurs pas assez actifs dans leur recherche d'emploi a suscité une vive polémique dans la classe politique et médiatique. Emmanuel Macron a tenté d'éteindre l'incendie depuis la station de ski de La Mongie, où il s'est octroyé quelques jours de vacances. Contrôler les chômeurs est « normal » et ne signifie pas qu'« on va poursuivre chacun » ou qu'il y a « une suspicion derrière chacun », a fait valoir le président de la République sur LCI. Mais cela suffira-t-il à apaiser les esprits ? « La thématique du contrôle des chômeurs reste une matière hautement inflammable, surtout quand elle revient sur le devant de la scène en pleine trêve des confiseurs, après la fuite d'une note ministérielle », résume Étienne Lefebvre dans Les Échos.

Largement commenté, presque plus que la baisse du nombre de demandeurs d'emploi en novembre, ce changement avait pourtant été évoqué lors de la campagne présidentielle. Marc Landré, du Figaro, rappelle en effet que « le durcissement à venir du contrôle des chômeurs n'est pas une surprise ». Le programme d'Emmanuel Macron promettait « un contrôle accru de la recherche d'emploi », abonde Dominique Albertini dans les colonnes de Libération. Dans Le Parisien, Marc Lomazzi et Pauline Théveniaud constatent d'ailleurs que « le président assume cet engagement de campagne. D'autant qu'il est persuadé d'avoir l'opinion avec lui ». Et pour cause, la cote de popularité d'Emmanuel Macron (54 %) a fait un bond de six points en décembre, ce qui lui permet d'obtenir l'approbation de plus d'un Français sur deux pour la première fois depuis juillet, selon le baromètre mensuel de l'Ifop pour Le Journal du dimanche.

« Mise en examen des chômeurs »

Reste que le projet passe mal, en particulier à gauche. « L'objectif de cette mise en examen des chômeurs répond à l'objectif de dégonfler les statistiques du chômage. Mais elle vise plus fondamentalement à contraindre les privés d'emploi à accepter n'importe quel poste, à s'engager sur un véritable toboggan social, à admettre la précarité comme un nouveau mode d'existence », s'insurge Patrick Apel-Muller dans le quotidien communiste L'Humanité. Au contraire, pour Nicolas Beytout, du site libéral L 'Opinion, « les ordonnances sociales ont commencé à déverrouiller la création d'emplois en allégeant la contrainte sociale pesant sur les employeurs. Sans la phase suivante, celle d'un meilleur contrôle des chômeurs, aucune chance de vaincre ce fléau français » du chômage.

Le reste de la presse rappelle que le chômeur ne doit pas être seul en la matière, car l'État et les entreprises ont aussi leur part de responsabilité dans la baisse du chômage. Florence Couret suggère dans le journal catholique La Croix « que les exigences soient aussi fortes pour l'ensemble des partenaires, administrations, entreprises... Car, si nul n'est en soi responsable du chômage, les chômeurs le sont encore moins que d'autres ». Maurice Bontinck, de La Charente libre, voit dans ce projet « une manière d'annoncer que les efforts doivent être faits par tous, avec l'impression que ceux qui ont moins devront en faire plus que ceux qui ont déjà beaucoup ».


"Le bâton, c'est maintenant ; la carotte, ce sera plus tard."


Dans L'Est républicain, Philippe Marcacci estime qu'« à trop mettre l'accent sur la contrainte, c'est faire sienne l'idée qu'il existerait un chômage choisi alors que, toutes les études le montrent, il est très majoritairement subi ». Pour Le Républicain lorrain, « ce signal est à l'image de ceux qu'envoie le gouvernement d'Édouard Philippe sur les sujets économiques ou fiscaux : le bâton, c'est maintenant ; la carotte ,ce sera plus tard », écrit Michel Klekowicki. « La lutte contre le chômage ne peut se transformer en lutte contre les chômeurs », insiste Jean-Marcel Bouguereau dans La République des Pyrénées.





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