Contrôle des formations : que fait Pôle emploi ?

Alors que le nombre de demandeurs d’emploi en formation explose, Pôle emploi entend renforcer sa politique de « contrôle qualité ». Mais les syndicats critiquent la faiblesse des formations et dénoncent un manque d’effectifs de l’opérateur public.

L’histoire avait fait grand bruit. En juin, deux demandeurs d’emploi, soutenus par la CGT-Chômeurs, ont déposé un recours contre Pôle emploi pour dénoncer les conditions du stage en cuisine qu’ils avaient suivi. L’affaire ne datait pas d’hier : déjà l’hiver précédent, les stagiaires qui suivaient la formation en question s’étaient mis en grève pour dénoncer l’insalubrité des locaux et l’insuffisante qualification des formateurs, rapporte L’Humanité.

Afin d’atteindre les objectifs du plan « 500 000 formations » mis en place sous François Hollande et confirmé par le nouvel exécutif, le nombre des demandeurs d’emploi entrés en formation explose. Mais les associations de chômeurs dénoncent régulièrement des « formations bidons » conventionnées par Pôle emploi, qui seraient destinées à occuper artificiellement les demandeurs d’emploi pour faire baisser les chiffres du chômage.

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Qu’en est-il réellement du contrôle de la qualité des formations chez Pôle emploi ? L’organisme a détaillé dans une instruction, entrée en vigueur au mois de mai, sa politique en la matière. Une initiative consécutive à la parution du « décret qualité », qui impose aux organismes financeurs de la formation professionnelle (les OPCAs, Pôle emploi, les régions…) de s’assurer de la qualité des formations. A défaut, ils peuvent être tenus pour responsables devant un tribunal.

Une sélection de prestataires mieux encadrée en amont

« On n’a pas attendu ce décret pour agir, fait valoir Audrey Pérocheau, chargée de l’offre de formation à Pôle emploi. Depuis 2016, on réalise systématiquement des enquêtes de satisfaction auprès des demandeurs d’emploi. » La directrice parle d’une « montée en puissance » des dispositifs destinés à contrôler la qualité des formations.

En plus d’une sélection des prestataires mieux encadrée en amont (voir l’article ci-dessous), Pôle emploi entend renforcer le contrôle des formations sur pièces et sur place. Et il y a de quoi faire : selon le rapport 2017 de la Cour des comptes, en 2014, les services de l’Etat ont contrôlé moins de 1 % des prestataires de formation susceptibles de l’être.

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« Deux cents experts qualité ont été formés chez nous au décret pendant le second semestre 2016 », affirme Audrey Pérocheau. Depuis, plus de 100 contrôles ont déjà été effectués chez les prestataires. « On cible en particulier les 25 % des organismes de formation qui concentrent 85 % des demandeurs d’emploi », ajoute la responsable.

Par ailleurs, Pôle emploi a développé avec la région Ile-de-France un outil de notation des formations par les stagiaires (voir ci-dessous).

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La polémique de juin est-elle un simple accident de parcours ou illustre-t-elle un vrai malaise ? « Le stage mis en cause s’est passé en 2016, alors que le décret n’était pas encore entré en vigueur, défend Audrey Pérocheau. Depuis, nous avons arrêté toutes les actions de formation avec ce prestataire. Les demandeurs d’emploi qui identifieraient un défaut de qualité au niveau d’une formation sont d’ailleurs incités à nous en informer. »

Des résultats mitigés

Selon une enquête réalisée par Pôle emploi à la fin de 2016, près de neuf demandeurs d’emploi sur dix sortant d’une formation prescrite par Pôle emploi en 2015 ont déclaré qu’elle répondait à leurs attentes.

Au niveau du retour à l’emploi, les résultats sont plus mitigés : en novembre 2016 (derniers chiffres communiqués par Pôle emploi), 51,5 % des inscrits à Pôle emploi ayant suivi une formation retrouvaient un emploi dans les six mois.

« Qu’il y ait une volonté de mieux contrôler les formations c’est très positif ; en revanche, il y a une difficulté quant aux possibilités réelles de mise en œuvre », soutient de son côté Sylvie Szeferowicz. Cette déléguée centrale FO à Pôle emploi dénonce de « gros problèmes d’effectifs » au sein de l’organisme, alors que le nombre d’entrées en formation des inscrits à Pôle emploi a doublé entre la fin de 2015 et la fin de 2016.

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Au-delà du contenu de la formation, c’est aussi sa pertinence par rapport au parcours du demandeur d’emploi qui est en cause. « Dans l’urgence de la mise en place du plan “500 000 formations”, les conseillers n’ont pas toujours eu le temps de travailler en profondeur sur les besoins du demandeur d’emploi », affirme Sylvie Szeferowicz. La déléguée syndicale dénonce des « formations parfois pas à la hauteur et un peu fourre-tout ».

En face, Audrey Pérocheau met en avant le plan de redéploiement mis en œuvre au sein de Pôle emploi : « nous sommes entrés dans une logique de dématérialisation, qui permet justement au conseiller de se concentrer sur l’aspect de conseil », fait-elle valoir. Rendez-vous dans quelques mois pour faire un premier bilan du plan « 500 000 formations ».


LE MONDE ECONOMIE | Catherine Quignon





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