Les syndicats organisent la riposte face à "l'étatisation" de l'Unédic

Face à la volonté d'Emmanuel Macron de reprendre la main sur l'assurance chômage, les partenaires sociaux, qui gèrent l'Unédic, affûtent leurs arguments pour défendre ce bastion du paritarisme.

Mieux vaut prévenir que guérir. Tel est l'état d'esprit des partenaires sociaux pour défendre l'un des derniers bastions du paritarisme français, l'Unédic, gestionnaire de l'assurance chômage. Le " groupe paritaire politique " de cet organisme (négociateurs mandatés par les partenaires sociaux pour négocier les conventions chômage) doit se réunir le 12 juillet prochain pour évoquer l'avenir de l'institution. Il devrait passer en revue, d'après nos informations, toutes les mesures du nouvel hôte de l'Elysée: extension des droits de l'assurance chômage aux démissionnaires et aux indépendants, instauration d'un bonus-malus pour limiter les contrats précaires… Le but est de faire le point et de peaufiner les arguments pour défendre le statut de l'Unédic lors des réunions bilatérales avec le gouvernement qui auront lieu à partir de septembre prochain. Le président a parlé à plusieurs reprises durant sa campagne " d'étatiser " l'organisme afin de mettre en place son " assurance chômage universelle ". Enfin, pourraient être divulgués aux partenaires sociaux des chiffrages sur les mesures Macron réalisés en interne comme nous l'avions publié en début de semaine. Selon nos informations, l'institution a calculé le surcoût lié à l'ouverture aux démissionnaires (tous les cinq ans) des droits de l'assurance chômage qui s'élèverait entre 2,5 milliards et 4 milliards d'euros. L'Unédic dément formellement l'existence d'un tel chiffrage.

Des mesures plus coercitives

Quoi qu'il en soit, c'est bien le coût de cette réforme, potentiellement très élevé, qui est en question. Selon les calculs de l'Institut Montaigne, think tank libéral, l'extension aux salariés démissionnaires pourrait alourdir le déficit de l'Unédic de 2,7 milliards dans un scénario médian. En cause, un possible " effet d'aubaine ": nombre de salariés, notamment les cadres, pourraient profiter de cette opportunité pour quitter leur job. Emmanuel Macron estime quant à lui le coût de sa mesure à 1,5 milliard d'euros. " Il faudrait que les démissionnaires justifient d'un projet de reconversion professionnelle pour pouvoir toucher l'assurance chômage ", estime Bertrand Martinot, spécialiste du marché du travail. Pour ce qui est des indépendants, autre proposition phare de Macron, leur éligibilité à l'assurance chômage devrait induire un coût entre 0,9 et 3,3 milliards d'euros par an, toujours selon l'Institut Montaigne. " S'il est totalement justifié d'affilier les salariés des plateformes type Uber, c'est beaucoup plus discutable concernant les avocats ou les médecins qui sont eux aussi des indépendants ", poursuit cet économiste, ancien conseiller social de Nicolas Sarkozy. Au total, selon l'Institut Montaigne les deux mesures se chiffrent à 4,8 milliards dans un scénario médian. De son côté, l'Institut de l'entreprise estime que le coût total serait compris entre 1,45 milliard et 2,6 milliards par an. Pour rappel, le déficit de l'Unédic (sa dette est garantie par l'état) s'est élevé à 4,3 milliards l'an dernier.

Pour limiter les effets pervers, Emmanuel Macron entend multiplier par cinq les effectifs du service de Pôle emploi chargés de vérifier si les demandeurs d'emploi ont une recherche active. Toujours selon l'Institut Montaigne, cela " pourrait réduire les dépenses d'Assurance chômage de 500 à 950 millions d'euros. " En parallèle, le nouveau président souhaite instaurer des mesures plus coercitives pour pousser les chômeurs à rechercher activement un job. En clair, ces derniers ne pourront pas refuser plus de deux offres d'emploi " décentes " et correspondant à leurs compétences. Les prestations " seront strictement conditionnées à ses efforts de recherche, avec un contrôle drastique ", avait précisé pendant sa campagne l'ancien ministre de l'Economie. Ce contrôle accru doit limiter l'effet d'aubaine lié à l'ouverture des droits aux démissionnaires.

Autre sujet d'inquiétude pour les partenaires sociaux: le financement de l'assurance chômage via une augmentation de la CSG (+1,7 %) (un impôt qui a une assiette large). Pour redonner du pouvoir d'achat aux salariés, les cotisations salariales (2,4% du salaire brut) seraient supprimées mais pas celles patronales (4% du salaire). Ce changement de paradigme inquiète les syndicats qui y voient la fin de la logique assurantielle de l'assurance chômage. Ils ont aussi peur que cela ouvre la voie à la mise en place de complémentaires chômages qui seraient proposées par des assureurs privés.

De son côté, le gouvernement sous l'égide de Marc Ferracci, conseiller spécial de la ministre Muriel Pénicaud, a mis sur pied un groupe de travail avec les administrations concernées et des experts afin d'étudier la faisabilité de la réforme.

Florian Fayolle



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