La ministre du Travail boude les chiffres du chômage de Pôle emploi

Muriel Pénicaud compte lancer une réflexion sur la mesure du chômage en France. Elle pourrait mettre de côté les chiffres de Pôle emploi au profit de ceux de l'Insee.

C'est un exercice que Myriam El Khomri et nombre de ses prédécesseurs ont bien connu au cours de leur passage rue de Grenelle. Chaque fin de mois, à 18h, ces derniers se présentaient devant la presse pour commenter les chiffres du chômage fournis par Pôle emploi. Mais Muriel Pénicaud, nouvelle ministre du Travail, compte bien casser les codes et en finir avec cette pratique qui, selon elle, ne permet pas d'établir une réelle tendance pour étudier la santé du marché de l'emploi. Ainsi, elle ne réagira désormais plus à la publication des données mensuelles de l'établissement public.

«Le nombre de personnes inscrites à Pôle emploi, dans toutes les catégories, peut être affecté, chaque mois, par différents évènements de nature administrative, entraînant une fluctuation des inscriptions qui ne reflète pas bien l'évolution du marché du travail.», explique un communiqué publié mercredi sur le site du ministère. Par ailleurs, la périodicité mensuelle donne une «volatilité structurelle de l'information qui brouille plus qu'elle n'éclaire les tendances de fond sur le niveau de chômage». «C'est pourquoi ces données ne sont pas utilisées dans les comparaisons internationales qui reposent, elles, sur le taux de chômage défini par le Bureau international du travail, selon les normes statistiques internationales, et publié tous les trimestres par l'INSEE», peut-on lire.

Au fil de ce communiqué, la ministre du Travail affiche ainsi nettement sa préférence aux rapports trimestriels établit par l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). De là à n'utiliser plus que ceux-là et à en finir avec une pratique qui perdure depuis plusieurs dizaines d'années? La question est légitime puisqu'elle revient de manière récurrente dans le débat du décompte des chômeurs. En fonction de la pluie et du beau temps qui règne sur le marché du travail, les femmes et hommes politiques s'appuient sur les chiffres de l'institut qui leur convient le plus. François Hollande, qui avait conditionné sa candidature à l'élection présidentielle de 2017 si la courbe du chômage s'inversait, n'a pas hésité pendant son quinquennat à se tourner, tour à tour, vers l'indicateur le plus clément.

«Rendre sa juste place» à l'indicateur Pôle emploi

Depuis de nombreuses années, les deux indicateurs divergent. A titre d'exemple, pour avril 2017, Pôle emploi décomptait 3.471.000 de chômeurs contre 2.835.000 pour le relevé trimestriel de l'INSEE. Cette large différence s'explique par le mode de comptabilisation. Pôle emploi délivre chaque mois le nombre d'inscrits dans leur fichier, le tout réparti dans diverses catégories. Alors que l'Insee calcule le taux de chômage au sens du Bureau international du travail (BIT), après une enquête trimestrielle réalisée auprès de 108.000 actifs. Selon le BIT, un chômeur est une personne «en âge de travailler qui n'a pas travaillé, ne serait-ce qu'une heure, au cours de la semaine de référence, qui est disponible pour travailler dans les deux semaines et qui a entrepris des démarches actives de recherche d'emploi dans le mois précédent»

Selon le cabinet de la ministre, il ne s'agit pas de supprimer l'indicateur de Pôle emploi, mais «de lui rendre sa juste place» en le faisant cohabiter avec d'autres chiffres «plus transparents et plus pertinents». Au final, il y aura «plus de données sur la table, pas moins», assure le cabinet, qui n'exclut pas la mise en place de nouveaux indicateurs si les experts mandatés par la ministre le recommandent. François Rebsamen, l'un des prédécesseurs de Muriel Pénicaud, avait déjà décidé de ne pas commenter les statistiques mensuelles, qui n'étaient pas, selon lui, «l'outil statistique le plus fiable». Ce dernier privilégiait le taux de chômage publié trimestriellement par l'Insee. Un rapport sénatorial publié en octobre 2016 concluait, lui aussi, que les chiffres de Pôle emploi n'étaient «pas, à eux seuls, un indicateur fiable et pertinent». Afin d'éviter les «controverses inutiles», il préconisait un rapprochement des thermomètres de Pôle emploi et de l'Insee, pour déboucher sur une publication mensuelle du taux de l'Insee.

«En s'appuyant sur les rapports de grande qualité déjà existants sur cette question», la ministre saisira dès les prochains jours les autorités et organismes compétents de façon à réfléchir, avec eux, aux moyens de mieux éclairer le débat public.


William Plummer

 

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