Stephan Jules, directeur régional de Pôle emploi : « Contre le recrutement frauduleux notre meilleure arme, c'est le bon sens »

Pôle emploi vient de lancer une campagne d'information auprès des demandeurs d'emploi et des entreprises afin de prévenir les arnaques au recrutement. Stephan Jules, directeur régional, s'en explique.

En quoi consiste cette campagne d'information contre les recrutements frauduleux ?
Nous venons d'envoyer un courrier par mail et sur les espaces personnels, aux 60 000 demandeurs d'emploi de Guadeloupe et de Saint-Martin ainsi qu'à 20 000 employeurs locaux. Il s'agit d'une note informative et préventive sur les recrutements frauduleux. Nous les mettons en garde sur leur existence et sur les bons réflexes à avoir. Les demandeurs d'emploi sont des cibles privilégiées car ils sont, par définition, en demande et en attente.

À quoi reconnaît-on une arnaque ?
Les fraudeurs sont capables d'aller très loin. Des messages électroniques simulés peuvent être envoyés et donner l'impression que l'offre est bien réelle et lucrative. Les courriels sont sophistiqués et contiennent souvent les noms d'employés authentiques de la société. Toutefois, certains signes ne trompent pas comme des incohérences : des emplois ne nécessitant aucune expérience, mais qui promettent à la fois un salaire élevé et de multiples avantages. Le terme « travail à domicile » dans les titres ou les descriptions d'emploi est souvent utilisé. Les fraudeurs savent ce qui fait qu'un travail est attrayant.

Quelles sont les fraudes les plus courantes ?
L'employeur escroc demande souvent une avance de frais pour participer à la création de poste ou bien l'achat de matériel (type mallette). Une fois la somme versée, le prétendu employeur disparaît. L'autre arnaque courante : la demande, sans préalable, de données personnelles type papier d'identité, RIB (relevé d'identité bancaire), numéro de Sécurité sociale, permis de conduire, numéro de compte etc.

Quelles sont les règles d'or pour éviter de tomber dans le piège ?
Dans ce domaine, la meilleure arme, c'est le bon sens. Tout recruteur qui demande des données personnelles avant même d'avoir rencontré le demandeur doit être considéré comme suspect. Il ne faut jamais envoyer d'argent à un employeur potentiel, encore moins verser une somme d'argent en échange d'un contrat de travail potentiel. N'acceptez aucune rétribution tant que le contrat de travail n'est pas signé. Cessez la communication si vous doutez de la sincérité de l'interlocuteur etc. Il ne faut pas hésiter à faire le signalement sur le portail officiel : www.internet-signalement.gouv.fr.

Les fausses annonces d'emploi sont-elles fréquentes ?
C'est difficile à chiffrer. Au niveau de Pôle emploi, quatre personnes sont venues nous signaler des arnaques depuis le début de l'année (1) (1 000 offres circulent actuellement). L'une d'entre elles a porté plainte contre X pour escroquerie et nous l'avons suivie. C'est un vrai problème, mais qui demeure marginal malgré tout.

Comment Pôle emploi se prémunit-il contre ces fausses propositions d'embauche ?
Les annonces sont vérifiées en amont via plusieurs critères : la cohérence entre le contenu du poste et le salaire et l'absence de discrimination. Nous vérifions aussi le nombre d'offres par employeur et les adresses mail. Nous nous méfions si différentes entreprises utilisent la même adresse. Quand une annonce est jugée non fiable, elle est systématiquement bloquée. Mais certaines peuvent passer à travers les mailles du filet. Les signalements de fraude remontent à la direction régionale et des vérifications internes sont faites. La police et l'inspection du travail peuvent être saisies.
À noter que pour consulter des CV, l'employeur doit d'abord se créer un compte entreprise. Attention toutefois à la psychose! Déposer son CV sur un maximum de portails de recrutement est une bonne chose. Il ne faut pas devenir trop méfiant, mais simplement vigilant.
Les entreprises doivent également tenir compte de l'existence de ces fraudes en adoptant les comportements adéquats pour rassurer les demandeurs.

À l'inverse, certains demandeurs d'emploi ont-ils déjà fourni de faux profils pour justifier de leur recherche ?
Cela peut arriver que le numéro de téléphone ou l'adresse ne soit pas à jour, mais cela n'a certainement rien de volontaire. La majorité des demandeurs d'emploi cherchent vraiment du travail et veulent en trouver. D'autant qu'ils n'ont aucun intérêt à répondre à une offre s'ils ne sont pas intéressés. Ils ne risquent pas grand-chose s'ils répondent non. Le taux de radiation est très faible, moins de 3%.

(1) Au niveau national, en un an, 4 700 offres bidon ont été débusquées et 8 000 comptes de fausses entreprises fermés sur le site de Pôle emploi. (NDLR)


S.B



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