Assurance-chômage: le projet d'accord du Medef provoque l'ire des syndicats

Le patronat a mis hier sur la table son projet d'accord pour les prochaines négociations sur l'assurance chômage, recevant immédiatement une volée de bois vert de la part des syndicats, qui ont dénoncé un projet "déséquilibré", voire "caricatural".

Le patronat a mis mardi 28 février sur la table son projet d'accord pour les prochaines négociations sur l'assurance chômage, recevant immédiatement une volée de bois vert de la part des syndicats, qui ont dénoncé un projet "déséquilibré", voire "caricatural".

"On est loin d'un accord avec un texte pareil! C'est caricatural": Véronique Descacq, négociatrice de la CFDT, a donné le ton des discussions qui doivent reprendre le 7 mars, neuf mois après l'échec de la négociation.

Denis Gravouil (CGT) est allé dans le même sens, évoquant un texte "totalement déséquilibré" et une "véritable agression contre le droit des chômeurs". De même que Michel Beaugas (FO), pour qui c'est "tout sauf une proposition d'accord équilibrée".

Le projet du patronat, transmis mardi aux syndicats et dont l'AFP a obtenu copie, sera discuté le 7 mars pour "réformer structurellement" le régime de l'assurance chômage.

Hasard de calendrier, l'Unédic, qui gère l'assurance chômage, a annoncé mardi que son déficit se réduirait à 3,6 milliards d'euros en 2017, contre 4,2 milliards en 2016. Parallèlement, le nombre de chômeurs repartirait à la hausse, avec 47.000 chômeurs de plus par rapport à 2016.

Pour réduire ce déficit et l'endettement de l'Unédic, le projet patronal propose plusieurs pistes, dont ramener à deux ans la durée d'indemnisation pour les 50 à 57 ans, un système qualifié de "brutal" par Véronique Descacq.

Actuellement, les demandeurs d'emploi de 50 ans et plus peuvent être indemnisés jusqu'à 36 mois, au lieu de 24 pour les autres actifs.

"Le patronat pousse les seniors dans la précarité", a analysé Denis Gravouil. FO, elle, est opposée "sur toute la ligne", car si les seniors "ont un taux de chômage plus faible, ils mettent plus de temps à retrouver du travail".

"C'est n'importe quoi"

Les contrats courts, point de clivage entre les syndicats et le patronat, figurent cette fois dans le projet. Le Medef propose d'élaborer un "indicateur" pour "caractériser les situations sectorielles de recours" à ces contrats de moins d'un mois.

Les entreprises qui s'écarteront à la hausse de cet indicateur "seront incitées à ouvrir des négociations" et "mettre en place les incitations pertinentes" (juridique ou économique) pour modérer l'utilisation de ces contrats "lorsque cela est possible".

Une proposition a minima, puisque les syndicats réclament depuis des mois une modulation de la taxation des contrats courts. C'est d'ailleurs sur ce dossier que la négociation a buté en juin, le patronat refusant toute nouvelle cotisation sur ces contrats.

La proposition du patronat est insatisfaisante car elle est tributaire de la "bonne volonté des employeurs à s'auto-taxer. C'est n'importe quoi", a estimé Denis Gravouil. Une récente étude de l'Unédic a révélé que le nombre d'embauches en CDD de moins d'un mois, qui plombent ses comptes, avait plus que doublé en 15 ans (hôtellerie, restauration, arts et spectacles, immobilier...).

Dans son document mardi, le patronat propose à nouveau de revoir les modalités de calcul allocation-salaire pour les demandeurs d'emploi qui alternent contrats courts et période de chômage, un système qui va pénaliser "les plus précaires", selon la CGT et FO.

Un calcul "extrêmement violent pour les plus précaires"

D'accord sur le principe d'"uniformiser le calcul", la CFDT considère que le mode de calcul choisi par le patronat est "extrêmement violent pour les plus précaires".

Avec le texte du patronat, "en gros, les demandeurs d'emploi profitent d'un système trop généreux et ces pauvres entreprises sont obligées de répondre aux contraintes du moment comme elles peuvent", a ironisé Véronique Descacq.

Eric Courpotin (CFTC) relativise: "de toutes les façons, ce texte sera amendé par les syndicats".

Le patronat demande également à l'Etat de "prendre ses responsabilités" en révisant la contribution de l'Unédic au budget de Pôle emploi qui "pèse fortement sur la situation financière du régime".

Il souligne que l'assurance chômage finance aujourd'hui "près des deux tiers du budget" de Pôle emploi, contre environ 10% en 2001, alors que l'Etat a vu sa contribution passer de "80%" à "moins d'un tiers aujourd'hui".

Syndicats et patronat espèrent aboutir à un accord d'ici à la fin du mois de mars, pour pouvoir le faire agréer par le gouvernement avant l'élection présidentielle.


(avec AFP)



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