Les partenaires sociaux veulent garder la main sur l'assurance-chômage

L'incertitude qui pèse sur l'élection présidentielle pourrait paradoxalement faciliter la reprise des négociations entre les partenaires sociaux sur l'assurance-chômage, dont patronat et syndicats entendent conserver la gestion.

Les négociateurs de huit organisations patronales et syndicales se retrouvent mercredi après-midi pour décider d'un calendrier de discussions, deux jours après un vote du conseil exécutif du Medef en faveur de cette reprise.

"Ce que nous avons décidé (...) après de nombreuses semaines de réflexion interne, c'est qu'il fallait garder la main sur la gestion paritaire de l'assurance-chômage", a déclaré mardi le président de l'organisation patronale à la presse.

"Globalement, nous ne sommes pas persuadés que les politiques fassent mieux que nous", a ajouté Pierre Gattaz, opposé notamment à la gestion de l'assurance-chômage par l'Etat et à son financement par la contribution sociale généralisée, proposés par l'ex-ministre de l'Economie Emmanuel Macron.

L'échec le 16 juin 2016 des négociations sur une nouvelle convention de l'Unédic, organisme gestionnaire de l'assurance-chômage dont l'endettement approchera les 34 milliards d'euros en 2017, avait permis au gouvernement de Manuel Valls de reprendre la main en prorogeant la convention en vigueur.

Pierre Gattaz avait invité en octobre les partenaires sociaux à tirer les leçons de cet échec.

La question des contrats de travail de courte durée, sur laquelle a achoppé la négociation en 2016, reste en tête des priorités des syndicats et promet d'être encore un point dur.

Interrogé par Europe 1 sur l'idée de taxer ces contrats courts pour favoriser les contrats à durée indéterminée (CDI), Pierre Gattaz a répondu : "C'est non, évidemment."

DISCUTER, OUI, TAXER, NON

"On ne rentre pas dans cette négociation pour augmenter le coût du travail", a-t-il dit. "Nous avons refusé de terminer la négociation au printemps dernier pour cette raison-là."

Le président du Medef plaide pour une "flexi-sécurité à la française" - plus de flexibilité pour les entreprises qui ont besoin de ces contrats courts afin de s'adapter à la demande, amélioration de "certains droits" des salariés.

Il estime aussi que la négociation ne doit pas se concentrer sur ces seuls contrats, "sinon ce n'est pas la peine d'y aller".

C'est une étoile montante du Medef, Alexandre Saubot, qui mènera les discussions du côté patronal. Considéré comme un candidat sérieux à la succession de Pierre Gattaz, il cumule les fonctions de président de la puissante Union des industries et des métiers de la métallurgie (UIMM), de chef du pôle social du Medef et de président en exercice de l'Unédic.

"Parler de la problématique des contrats courts ne nous pose aucune difficulté du moment qu'on est sorti de l'idée que la solution au problème est de les taxer", dit-il.

"On va regarder de bonne foi et avec pragmatisme toutes les pistes possibles", assure Alexandre Saubot, qui juge les conditions plus favorables à un débat serein qu'en 2016.

Il accuse notamment le gouvernement de Manuel Valls d'avoir alors jeté de l'huile sur le feu en plaidant pour une taxation des contrats courts. Depuis, Manuel Valls a démissionné et a disparu de la scène après sa défaite à la primaire de la gauche.

Les tensions créées par la loi Travail sont également retombées et le négociateur du Medef estime qu'une partie au moins des syndicats a évolué dans un sens plus favorable.

Allusion notamment à la CFDT, dont la négociatrice Véronique Descacq disait lundi aux Echos ne pas exiger une surtaxation des contrats courts mais proposer des cotisations dégressives pour les entreprises prêtes à garder leurs salariés plus longtemps.

"LE MEDEF N'A PLUS DE CANDIDAT"

Pour le négociateur de Force ouvrière (FO), Michel Beaugas, et son homologue de la CGT, Denis Gravouil, la proximité de la présidentielle n'est pas pour rien dans ce nouveau climat.

"Tous les candidats ont des idées sur la façon de réformer l'assurance-chômage", souligne Denis Gravouil, qui juge tous ces projets "dangereux", hormis celui de Jean-Luc Mélenchon.

Pour Michel Beaugas, les ennuis de François Fillon, candidat de la droite fragilisé par les soupçons d'emplois fictifs dont aurait profité sa famille, sont une clef de la relance par le Medef des discussions. "Fillon n'étant pratiquement plus dans la course, il n'a plus de candidat et préfère reprendre la main."

FO et la CGT maintiennent des positions qui laissent peu de place au compromis : FO défend un système de bonus-malus et la CGT une surcotisation sur les contrats courts. Mais ni l'une ni l'autre n'entendent laisser en tête-à-tête CFDT et patronat.

Medef et syndicats s'accordent à estimer que conclure ce nouveau cycle de négociations avant la présidentielle d'avril-mai serait "une bonne idée" mais sans en prendre le pari.

François Hollande, en fin de mandat, a déclaré mardi devant le Conseil économique, social et environnemental compter sur "la capacité de dialogue et de compromis" des partenaires sociaux.

"Il y a encore des possibilités pour négocier, y compris jusqu’à la fin du quinquennat et même au-delà", a-t-il dit.


Emmanuel Jarry




Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir