Les chiffres du chômage ont beau être fiables, ils n'en sont pas moins... manipulables

Le patron de Pôle emploi a défendu ce mercredi matin la qualité des données que son agence publie chaque mois. Le problème n'est pas leur fiabilité en fait mais bien ce que les politiques, de droite comme de gauche, tentent de leur faire dire...

Invité ce mercredi matin de la matinale politique sur RTL, le patron de Pole emploi a défendu la fiabilité de ses chiffres mensuels, régulièrement contestés et accusés d'être manipulés pour accentuer une tendance ou en créer une artificiellement. Jean Bassères, qui occupe ce poste depuis décembre 2011, a d'ailleurs ironisé sur le fait qu'on parle plus de manipulation «en général» quand le chômage baisse mais jamais quand il monte. Pour lui, les chiffres mensuels -qui ont été, rappelle-t-il, «labellisés par l'Autorité de la statistique publique»- sont on ne peut plus fiables. Il n'y a même «aucun doute à avoir» sur ce point, affirme le patron de Pôle emploi. Info ou intox?

 


«Pole emploi n'est pas un outil statistique fiable»
François Rebsamen, mars 2016


Jean Bassères dit vrai: les chiffres mensuels ne sont pas manipulés. Ils sont la photographie administrative, un mois donné, des inscrits mais aussi des entrées et sorties, dans les 5 catégories recensées par Pôle emploi et peuvent donc, à ce titre, être perturbés par des erreurs, comme le bug SFR en août 2013. «D'un mois sur l'autre, il est extrêmement difficile de deviner les chiffres, j'espère que la tendance [à la baisse depuis 3 mois, NDLR] va se confirmer, mais il faut de toute façon l'apprécier sur plusieurs mois», a indiqué le patron de Pôle emploi, qui assure ne pas recevoir chaque jour d‘indications sur le nombre d'inscriptions dans ses fichiers.

Pour preuve de la «fiabilité» de ses chiffres -entendez par là la non-manipulation des données-, Jean Bassères a mis en avant le rapport du médiateur de Pôle emploi, une fonction indépendante exercée par le représentant d'une centrale syndicale siégeant au conseil d'administration (aujourd'hui Jean-Louis Walter, pour la CFE-CGC), qui indique parfaitement, par exemple, qu'il n'y a aucune instruction nationale envoyée dans les agences pour radier en masse les inscrits. Et ce afin d'avoir des bons chiffres du chômage un mois donné...


«Les chiffres de Pôle emploi sont contestés en général quand ils baissent, jamais quand ils augmentent»
Jean Bassères, janvier 2017


En fait, les statistiques de Pôle emploi -n'en déplaise à l'ancien ministre du Travail, François Rebsamen, qui a plusieurs fois critiqué leur fiabilité- ne disent rien de plus ce qu'on a envie de leur faire dire. Soit tout... et son contraire. Et ce, à droite comme à gauche. Il suffit ainsi de mettre l'accent sur telle ou telle catégorie plutôt que telle autre (le gouvernement en parle ainsi que de la catégorie A, occultant les évolutions des 4 autres) ou encore de centrer l'analyse sur telle ou telle période plutôt que sur telle autre (l'évolution est ainsi très positive depuis trois mois ou un an, mais beaucoup moins sur trois ou quatre ans) pour tirer une conclusion dans un sens ou un autre. Quand un camp est dans l'opposition (la gauche sous Nicolas Sarkozy et la droite sous François Hollande), il additionne toujours l'ensemble des catégories pour mesurer la hausse du chômage mais ne parle que de la catégorie A quand il est au pouvoir. Et ce, même si cela ne veut rien dire, 700.000 inscrits de la catégorie C (sur un total de 1,2 million) travaillant ainsi au moins à trois quart-temps...

Michel Sapin, le premier ministre du Travail du quinquennat, était le grand spécialiste de cette forme de «manipulation» des données pour démontrer, avant l'heure, que la courbe du chômage était bel et bien en train de s'inverser comme François Hollande le promettait depuis 2012... Myriam El Khomri, qui a emménagé à l'hôtel du Châtelet en septembre 2015 après le retour de François Rebsamen à Dijon, est pour sa part moins coutumière du fait. Et pour cause! Sous son ère, le nombre de demandeurs d'emploi inscrits en catégorie A en France entière (dom compris) a reflué 8 fois en 14 mois, dont 3 fois d'affilée. Sur un an, le reflux est même supérieur à 100.000, du jamais vu depuis 2008. Les prochains chiffres du chômage, pour le mois de décembre et qui donneront une idée du recul sur 2016, seront rendus publics mardi soir prochain. Gageons que les uns et les autres rivaliseront d'inventivité pour leur faire dire précisément ce qu'ils ont envie de leur faire dire...


Marc Landré


A LIRE AUSSI :

>> Le patron de Pôle emploi défend la "fiabilité" des chiffres | L'Express.fr | 18/01/2017



Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir