Pourquoi il faut réformer l'assurance-chômage

Aujourd’hui, l’Etat n’a pas la main sur l’une des principales composantes de la politique de lutte contre le chômage : l’UNEDIC.

Voici une proposition majeure portée par Emmanuel Macron en faveur de l'emploi, et sur laquelle je souhaiterais revenir.

Je veux d'abord en expliquer la logique.

Notre pays connaît un niveau de chômage inédit : actuellement, près d'un actif sur dix est sans emploi et, dans certains quartiers, cette situation concerne parfois une personne sur deux.

Face à cela, qui est le garant de l'intérêt général ? L'Etat. Qui dispose des principaux leviers pour enrayer le chômage ? L'Etat. Qui assume chaque mois la responsabilité face à la hausse ou à la baisse du chômage ? L'Etat.

Or aujourd'hui, l'Etat n'a pas la main sur l'une des principales composantes de la politique de lutte contre le chômage : l'UNEDIC. Elle a été conçue pour protéger les salariés à une époque où le chômage ne dépassait pas quelques pourcents. Elle est donc gérée par les partenaires sociaux (patronats et syndicats) dont la raison d'être n'est pas prioritairement de changer la situation des personnes au chômage, mais de défendre les droits des entreprises et des salariés.

C'est ainsi que nous n'offrons pas le filet de sécurité nécessaire aux indépendants pour leur permettre de rebondir et que nous ne permettons pas aux salariés de quitter leur emploi quand les conditions d'exercice sont déplorables. Tout cela entretient des maux, économiques et sociaux, des souffrances humaines, dont les gestionnaires de l'UNEDIC se sont trop longtemps éloignés.

C'est aussi pour cette raison que les règles actuelles de l'assurance-chômage incitent certains demandeurs d'emploi à multiplier les contrats très courts sous le régime de l'activité réduite, ce qui donne une grande flexibilité aux entreprises, mais tend à entretenir la précarité de l'emploi durant des années.

Voilà pourquoi je pense que les pouvoirs publics devraient reprendre à leur charge la stratégie et les décisions relatives à l'UNEDIC. Parce qu'il faut leur donner les moyens d'agir jusqu'au bout. Parce qu'ils sont les garants ultimes de l'intérêt général, c'est-à-dire de l'intérêt de tous les travailleurs et des entreprises, comme de celui des personnes sans emploi. Parce que l'Etat ne peut pas continuer de voir grossir la dette de l'Assurance chômage (qui atteint aujourd'hui 30 milliards d'euros) sans pouvoir agir.

Cette proposition de réforme est nécessaire et ambitieuse. Et comme toutes les réformes ambitieuses, elle génère quelques fantasmes. Voilà pourquoi je voudrais ici lever quelques inquiétudes et conjurer les fausses idées qui pourraient circuler.

Première fausse idée: une nationalisation devra conduire au transfert de la dette de l'UNEDIC (30 milliards d'euros) à l'Etat.

Cette idée est fausse, puisque l'Etat garantit déjà la dette de l'UNEDIC. Aujourd'hui, celle-ci est comptabilisée dans la dette publique. Ainsi, laisser penser que le patronat voudrait transférer la dette à l'Etat n'a aucun sens. L'Etat assume déjà la dette ce qui, en soi, justifierait déjà la reprise en main du régime.

Deuxième fausse idée: le gouvernement pourrait, en fonction de ses orientations politiques, décider de réduire les allocations des chômeurs éligibles.

Cette idée néglige le fait qu'un chômeur sur deux n'est pas éligible à ces allocations chômage à l'heure qu'il est et que beaucoup d'entre eux basculent souvent dans la pauvreté. Ils ne sont aujourd'hui représentés par personne: ni par le patronat, ni par les syndicats salariés.

Rendre sa responsabilité à l'Etat sur ce sujet, c'est justement le sens de la mesure proposée par Emmanuel Macron: elle permettra d'indemniser correctement plus de personnes, dans une logique de solidarité, comme le candidat le propose déjà pour les démissionnaires et les indépendants.

Troisième fausse idée: cette mesure générera la fragilisation des ressources de l'UNEDIC.

Cette idée est incongrue.

Car qu'est-ce qui, aujourd'hui, met concrètement en péril les ressources de l'assurance-chômage? C'est de les faire reposer essentiellement sur le travail, à l'heure où le pouvoir d'achat est en berne et où le chômage de masse ampute ses ressources.

En faisant contribuer équitablement les revenus du capital et certains revenus de remplacement (les retraites les plus élevées) grâce à la CSG, qui substituera les cotisations salariales à l'assurance-chômage, nous la renforçons.

Quant au principe d'universalité budgétaire, il fera que le régime sera garanti par le budget de l'Etat, de façon aussi rassurante pour les acteurs qu'il l'est aujourd'hui.


Richard Ferrand Secrétaire général d’En Marche!



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