Pôle emploi, la fin d'un monopole


LE CERCLE/POINT DE VUE - Les nouveaux chiffres du chômage en août sont plus que décevants. Cette nouvelle hausse est l’occasion de poser la question du placement des chômeurs et, plus globalement, celle du rôle de Pôle Emploi.

Dans le contexte actuel , Pôle Emploi – lui aussi sous le joug de l’ubérisation de notre économie – n’a plus le monopole du placement des personnes sans activité. Ainsi, force est de constater, depuis plusieurs années, l’arrivée sur ce marché de nouveaux acteurs qui ont permis de fluidifier enfin les liens chômeurs/entreprises. Face à la rigidité de l’opérateur public et à la complexité des démarches à la fois pour les entreprises et les demandeurs d’emploi, les sites privés de référencement d’offres ainsi que les réseaux sociaux apportent une réactivité et une simplification inédites et plébiscitées. La multiplication et la mise en concurrence apparaissent dès lors comme irrémédiables et s’accompagnent, ce faisant, de projets innovants.

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Pour les entrepreneurs, aux premières loges des enjeux d’emploi, il est inconcevable que la France compte autant de chômeurs alors qu’en miroir 400.000 offres ne sont pas pourvues chaque année. La co-construction des démarches pour le retour à l’emploi est une absolue nécessité et doit être érigée en priorité de gouvernance, avec en ligne de mire une meilleure cohérence d’actions entre les différents acteurs parties prenantes : État, collectivités territoriales, entreprises et partenaires sociaux. L’objectif étant, in fine, de permettre des recrutements au plus près des besoins des entreprises.

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Plus que toutes autres administrations, l’ancêtre de l’ANPE souffre d’un lourd discrédit dans l’opinion. D’après l’Ifop , seuls 10% des Français interrogés lui font encore confiance pour trouver du travail, contre près de 70% il y a quarante ans. Résultat : le réflexe « Le Bon Coin » – avec près de 200.000 offres en ligne – est désormais de mise pour nombre de demandeurs d’emploi. De surcroît, la Cour des Comptes a également exprimé, en 2015, sa défiance dans un rapport particulièrement sévère . Selon les magistrats de la rue Cambon, « Pôle emploi ne serait à l’origine directe de la reprise d’emploi, selon les déclarations des demandeurs d’emploi, que dans 12,6% des cas ».

S'inspirer du modèle britannique

Dans ce contexte, l’évolution de ses missions parait urgente et nécessaire afin de répondre à trois objectifs majeurs : simplification des démarches, modernisation du service pour répondre à l’évolution conjoncturelle du chômage et aux mutations du marché du travail, proximité accrue des services dispensés.

Pour ce faire, certains économistes n’hésitent pas à proposer des solutions radicales. À titre d’exemple, Nicolas Lecaussin, directeur de l’Institut de recherches économiques et fiscales (Iref), propose de conditionner la rémunération des agents de Pôle Emploi à la performance, quand d’autres prônent le rapprochement de l’opérateur public avec les Conseils régionaux, une idée avancée lors de la réforme territoriale mais finalement abandonnée au cours de la navette parlementaire.

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Côté politique, Bruno Le Maire formule la solution la plus drastique : retirer l’accompagnement des personnes sans activité à Pôle Emploi au profit d’organisations privées, et ne laisser à l’agence que la gestion de l’indemnisation. Une solution certes radicale mais qui a le mérite de mettre les pieds dans le plat. Dans le sillon de sa Big Society, le gouvernement de David Cameron a, quant à lui, franchi le Rubicon en 2010 en confiant les programmes de retour à l’emploi à des cabinets privés spécialisés. En comparant les taux de chômage des deux côtés de la Manche - presque deux fois supérieur en France -, nous aurions tort de ne pas nous inspirer de l’exemple britannique. Avec près de 10% d’actifs sans emploi, dont 25% chez les jeunes, "there is no alternative!".


JEAN-LUC MONTEIL / Président du Medef Provence-Alpes-Côte d’Azur



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