Pourquoi les chiffres du chômage sont si différents entre l’Insee et la Dares ?


Jeudi 18 août, l’Insee a annoncé un recul important du taux de chômage trimestriel. Fin juillet, la Dares avait annoncé une légère hausse du nombre mensuel d’inscrits à Pôle emploi. Pourquoi ces statistiques ne disent-elles pas la même chose ?

Quels chiffres croire ? Selon l’Insee, le taux de chômage a reculé de 0,3 point au deuxième trimestre pour descendre à 9,6 % en métropole et à 9,9 % dans la France entière. Ce recul important, le plus fort depuis 2012, intervient après deux trimestres de stagnation.

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Le 26 juillet, au contraire, la Dares, le service statistique du ministère du travail, recensait une nouvelle augmentation en juin du nombre d’inscrits à Pôle emploi en métropole, avec 0,2 % d’inscrits en plus en catégorie A, qui recense les personnes qui n’ont pas du tout travaillé au cours du mois écoulé, et 0,3 % supplémentaire pour l’ensemble des inscrits. Cette hausse suivait une autre hausse en mai, qui elle-même contredisait une forte baisse en mars.

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Alors qui dit vrai ? L’Insee ou la Dares ? Les chiffres qui s’améliorent ou ceux qui s’aggravent ?

Chiffre mensuel, chiffre trimestriel

Globalement, la courbe du taux trimestriel de chômage, publiée par l’Insee, montre une amélioration, ponctuée de stagnations, du taux de chômage depuis mi-2013. La courbe du nombre mensuel d’inscrits à Pôle emploi, publiée par la Dares, montre, elle, plus de hausses que de baisses.

Si les deux courbes divergent, c’est d’abord parce qu’elles ne mesurent pas la même chose. Première différence : l’Insee donne un chiffre trimestriel, quand la Dares fait des recensements mensuels. Depuis quelques mois, la Dares publie d’ailleurs aussi une évolution du nombre d’inscrits à Pôle emploi sur trois mois. Or, mesuré sur trois mois, le nombre d’inscrits à Pôle emploi en juin s’oriente à la baisse de – 0,2 % pour la catégorie A. Mais il reste à la hausse (+ 0,3 %) pour l’ensemble des inscrits.

Deux méthodes différentes

Surtout, les deux organismes ne prennent pas tout à fait en compte les mêmes personnes.

La Dares recense chaque mois les inscrits à Pôle emploi dans les différentes catégories : ceux qui n’ont pas du tout travaillé (catégorie A), ceux qui ont un peu travaillé (B et C), ceux qui ne sont pas tenus de chercher un travail parce qu’étant en maladie, en emploi aidé, ou en formation (D et E). Il s’agit d’une source administrative.

L’Insee tire ses chiffres de son « enquête emploi », où elle interroge en continu un panel de ménages et leur pose des questions sur leur situation par rapport à l’emploi. Pour être au chômage, il faut déclarer chercher un travail, ne pas avoir du tout travaillé dans la semaine de référence et être disponible pour en prendre dans les deux semaines qui suivent. Cette définition est celle que retient le Bureau international du travail (BIT). Elle permet d’effectuer des comparaisons internationales,

Un écart croissant

Grosso modo, pendant de nombreuses années, les chômeurs façon Insee recoupaient plus ou moins la catégorie A de la Dares. Mais, depuis 2013, les deux statistiques semblent diverger de plus en plus. Ainsi, selon les derniers chiffres, on compte près de 2,767 millions chômeurs Insee contre 3,526 millions de chômeurs Dares en catégorie A.

Pour expliquer cette différence, on peut avancer la suppression de la dispense de recherche d’emploi pour les seniors, et la nécessité de s’inscrire à Pôle emploi pour toucher le RSA, qui ont dopé les chiffres Dares. À l’inverse, un nombre de plus en plus grand de chômeurs non indemnisés ne voit plus l’intérêt de s’inscrire à Pôle emploi.

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Ceux qui ne sont ni en emploi ni au chômage

Mais l’ampleur de l’écart reste inexpliquée. Pour tenter de comprendre le phénomène, l’Insee mesure désormais ce qu’elle appelle le « halo du chômage », qui comprend les personnes qui « souhaitent travailler mais sont « classées » comme inactives, soit parce qu’elles ne sont pas disponibles rapidement pour travailler (deux semaines), soit parce qu’elles ne recherchent pas activement un emploi ». Au deuxième trimestre, 1,5 million était dans ce cas, soit 29 00 de plus que trois mois avant.

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Par ailleurs, l’Insee estime que 6,3 % des personnes en emploi sont en situation de sous-emploi, c’est-à-dire qu’elles travaillent, souvent à temps partiel, mais souhaiteraient travailler davantage.


Nathalie BIRCHEM

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