Jean-Louis Walter : « C’est le chômage qui a changé »

Jean-Louis Walter aura traité l’année dernière près de 30 000 réclamations de chômeurs, pour les deux tiers liées évidemment à l’indemnisation. Il a une conviction : « Demander est le droit du chômeur ».

Jean-Louis Walter, 66 ans, exerce un curieux métier : tenir le bureau des plaintes des chômeurs. L’ancien délégué CGC de Peugeot-Mulhouse, passé par l’Unédic, est devenu en 2010 le médiateur national de Pôle Emploi. Il aura traité l’année dernière près de 30 000 réclamations, la plus grande part transmise par les médiateurs régionaux.

D’abord rassurer

« Quand un salarié est victime d’une rupture de son contrat, après des années sans problème, il peut sombrer dans une forme de désespérance, souligne Jean-Louis Walter. Être au chômage, c’est avoir l’impression de ne quasiment plus servir à rien. Et comme on ne peut pas le dire dans l’entreprise que l’on quitte, on vient le déverser à l’agence Pôle Emploi ».

Pour cette raison, il avait insisté sur une priorité, désormais respectée : « Rassurer les gens sur ce qu’ils vont percevoir, avant même leur premier rendez-vous. Sinon, ils ne sont pas en condition pour réfléchir à la suite, à une formation… »

Depuis toutes ces années, la société a-t-elle changé son regard sur les chômeurs ? La réponse fuse : « C’est le chômage qui a changé ! Il y a quinze ans, c’était une parenthèse dans une vie d’emploi. Aujourd’hui, on est souvent dans une alternance de chômage et d’emploi, en contrats courts… » Dans les années 90, il avait participé à la définition du chômage « avec activité réduite » : « On pensait que cela concernerait 300 000 personnes, il y en a plus d’un million et demi ! »

Fin de la polémique estivale

Il peste volontiers contre la réglementation en retard sur la réalité, ou trop complexe pour être comprise : « Les droits rechargeables, c’est très bien, mais je n’ai pas l’impression qu’on avait réfléchi à la mise en œuvre. »

Jean-Louis Walter aimerait bien sûr devenir inutile. Certains problèmes se règlent vraiment, comme les radiations : « C’était le sujet de l’été ! » Les chômeurs en congés étaient radiés pour avoir manqué le rendez-vous à l’agence. Ses préconisations ont, en 2013, fait disparaître la polémique estivale.

Mais il y aura toujours à faire. Sur les dossiers perdus (« ça s’améliore, avec le scan des documents ») ou, tout simplement, l’accueil de la réclamation du chômeur : « La réclamation n’est pas anodine. Elle décrit souvent une souffrance… Un courrier non répondu peut passer, dans un bureau de Pôle Emploi, pour un acte administratif en retard », écrit le médiateur. Mais l’auteur du courrier, lui, « compte les jours en attendant la réponse, car sa réclamation est souvent tout ce qui polarise son existence à ce moment ». Et de conclure : pour le chômeur, face au service public, « demander est son droit ».

Francis BROCHET

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