« Non, l’assurance-chômage n’est pas en déficit ! »

Après quatre mois de discussions, les négociations entre le Medef et les syndicats sur l’assurance chômage (Unedic) viennent d’échouer, contraignant le gouvernement à proroger l’actuelle convention dans l’attente de nouvelles discussions à la rentrée. L’avenir du régime est-il en danger ? Quelles sont les solutions pour résoudre cette crise ? Les réponses de Bruno Coquet, expert associé à l’Institut de l’Entreprise.

Capital :  Une nouvelle fois, le Medef et les syndicats se séparent sur un constat de désaccord quant aux modalités d’indemnisation des chômeurs. Cela vous surprend-il ?

Bruno Coquet : Malheureusement non. Patronat et syndicats sont restés, chacun, dans des postures caricaturales. Le premier voit dans l’assurance chômage une contrainte pour les entreprises à ne pas alourdir davantage. Et les seconds veulent juste qu’elle soit la plus généreuse possible. Ce n’est pas comme cela, qu’on résoudra les difficultés. Personne n’évoque vraiment ce que doit être véritablement l’objectif de ce système.

Capital : Quel est-il ?

Bruno Coquet : Comme son nom l’indique, c’est une assurance. En cotisant, les salariés se protègent contre le risque du chômage au même titre qu’ils le font contre le vol de leur voiture ou l’inondation de leur maison. Il s’agit donc de maintenir le revenu et donc la consommation des chômeurs jusqu’à ce que ces derniers retrouvent un emploi conforme à leurs compétences

Capital : Même si tout le monde s’entend là-dessus, cela ne résoudra pas le problème du déficit annuel de l’assurance-chômage, 4,4 milliards d’euros, et celui de la dette cumulée ,29,5 milliards d’euros fin 2015 !

Bruno Coquet : Je ne nie pas que ce déficit existe. Pourtant, si on compare les cotisations des salariés à l’Unedic avec les allocations qu’ils touchent en cas de chômage, il n’y a pas de déficit ! Les salariés cotisent plus, à savoir un mois de salaire environ par an, qu’ils ne perçoivent. Le problème, c’est que les dépenses de l’Unedic ne s’arrêtent pas là. Le déficit provient d’abord des régimes spécifiques comme ceux des intermittents du spectacle, soit 1,5 milliard d’euros, ou des intérimaires , 1,5 milliard d’euros également, car ces deux catégories disposent d’avantages dont ne bénéficient pas les autres salariés. Ensuite, L’Unedic finance Pôle Emploi à hauteur de 3,3 milliards d’euros, soit 65% des ressources de ce dernier. Enfin, il faut prendre en compte que de nombreuses entreprises publiques ne sont pas affiliées à l’assurance chômage. Certes, leurs salariés ne risquent pas de perdre leur emploi. Mais il peut y avoir débat car c’est une question de solidarité nationale. Même les personnes qui ne sont jamais malades cotisent pour celles qui le sont.

Capital : Que faudrait-il revoir pour rendre le système plus juste ?

Bruno Coquet : La première règle serait d’accorder un même droit pour tout le monde, en supprimant les régimes spécifiques mais aussi des règles absurdes qui poussent les entreprises à recruter des contrats très courts. Figurez-vous qu’un salarié qui a travaillé six mois à temps plein au cours des douze derniers mois obtiendra autant d’allocations que celui qui n’a travaillé qu’un mois sur deux sur la même période et donc gagné moitié moins en salaire !

Capital : Les critiques portent aussi sur la durée de cotisation et son montant dont les modalités avantageuses n’inciteraient pas les chômeurs à retrouver un emploi rapidement.

Bruno Coquet : Cela n’a jamais été prouvé. En période de crise, réduire le montant et la durée des allocations serait contre-productif, notamment en matière de consommation. Une solution serait de lier la durée de l’allocation à la conjoncture : plus longue en cas de crise et de chômage élevé, plus courte en cas de forte croissance et de plein emploi. Quant au montant, là-aussi, il faut choisir. Certes, les cadres touchent aujourd’hui des allocations élevées. Mais ils cotisent aussi beaucoup. Si on réduit les prestations, il faut baisser d’autant les cotisations.

Capital : Tout cela ne résoudra pas le problème de la dette…

Bruno Coquet : Vous avez raison. Mais c’est à l’Etat de la prendre en charge. De toute façon, elle est déjà intégrée dans notre dette publique. Nous ne risquons donc pas les foudres de Bruxelles…

Propos recueillis par Bruno Declairieux

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